Archive "Controlling crowds part 4"

Un mot en préambule sur cette détestable manie de prendre l’auditeur pour une vache à lait et sortir ainsi par exemple, pour le cas qui nous occupe, un album du nom de Controlling Crowds en début d’année, album présenté sous forme d’un simple CD et dont le tracklisting scindait les morceaux en 3 parties avant de sortir ce mois-ci une part 4 du même nom sans oublier évidemment, l’édition limitée (et au prix d’un seul album) incluant l’intégralité de ce vaste projet !!!!

La crise du disque en tant que support physique décuple certes (et c’est tant mieux) la créativité musicale (c’est un argument, du moins c’est le mien) et favorise le disque-objet (avec un inégal bonheur évidemment) mais pareil procédé déconcerte.

 
          L’option problème de timing le disque est pas fini et la tournée bookée désolé?
          L’option Come-back to the roots baby puisqu’avant les groupes sortaient un disque génial par an voire tous les 6 mois (avant c’était du temps des sixties) et qu’Archive voulait retrouver cette bonne vieille vibe ?
          L’option déconsidération totale du support musical une fois la musique enregistrée et donc sortie au petit bonheur (mouais) ?
 
Le fait est qu’il est assez agaçant d’avoir à évoquer cette part IV à la lumière des multiples supports disponibles, on a envie pour le coup de vanter les mérites du numérique et du format mp3 ce qui est tout de même le comble !
 
Passons.
 
En même temps gloser sur ce nouvel opus est une chose facile et convenue car ce superbe groupe anglais a désormais et depuis nombre d’albums son propre style, la preuve encore une fois avec ce Controlling Crowds part IV. Certes ce style emprunte différents itinéraires au gré des sorties (entre you look all the same to me et noise par exemple) mais au final la destination est la même : ce bon vieux rock poisseux et lancinant qui plane haut, ces mélodies enfumées qui éblouissent et cette sensation continue d’un seul et même bloc qu’on se prend en pleine figure et qui fait taper du pied ou dodeliner de la tête au gré des turpitudes tempoïsantes.
 
 

 
Ici pas de surprise pour qui a aimé (ou détesté, et oui) ce Controlling Crowds. On retrouve donc cette synthèse de tout le travail passé du groupe, ce retour au hip hop marécageux et à ces volutes trip-hop qui aèrent l’atmosphère pop rock étouffante (chez Archive on cuit le rythme à l’étouffé) et simultanément légère, cette ambiance pompière mais jamais trop lourde, cette musique ambitieuse sans être complexe, toujours ramenée à la vibe et à cette pulsation mélodique primale.
 
Comme à son habitude encore le groupe entame cet album par un de ses sommets, ce Pills qui trace la route comme une litanie qui nous prend à la gorge dés les premières secondes pour ne plus nous lâcher. Il y aurait une thèse, ou à défaut une compilation, à faire avec les premiers morceaux de tous les albums d’Archive, on aurait là l’un des disques de l’année sans l’ombre d’un doute.
 
Ce disque ne fera pas vaciller nos convictions sur le groupe on l’a dit on le répète : Qui aime leur musique aimera ce disque et qui n’aime pas ne l’aimera pas plus. Le son se reconnait de suite, les constructions aussi avec toujours ces amorces minimales et modestes, (par exemple le duo piano/voix de The Feeling of losing everything) et cette lourde menace latente qui définit leur musique et qui explose ensuite après une courte accalmie (Empty bottle ou Come on get high) ou qui s’estompe jusqu’à se perdre dans les nuages (Remove, To the end). On ajoute les intermèdes rappés (enfin intermèdes à la lumière du tracklisting, ce sont des chansons à part entière du groupe même si pour ma part ce n’est pas là ce qu’ils font de mieux) et on tient là une nouvelle fournée de chansons d’Archive.
 
Notons que comme souvent encore chaque morceau ou presque pourrait faire l’objet d’une extended version de 10, 15 voire 20 minutes, pourquoi alors The Empty Bottle culmine à 7 minutes quand Come on get high se limite à 4 ? Mystère, la qualité de la mélodie peut-être. Notons aussi que les chansons de la fin de l’album donnent l’impression d’approcher la queue de la comète, l’atmosphère générale tendant à se diluer et la musique à s’évaporer, à se délester de ses lourdes assises rythmiques pour ne garder que la substantifique moelle céleste et mélodique, planante aussi. Un mot enfin sur l’excellent Come on get high, un morceau où la voix se fait plaintive et la mélodie cerclée de petites notes répétitives de synthés avant que la cavalerie rythmique n’arrive comme toujours exactement quand il le faut c’est-à-dire en milieu de morceau, du grand œuvre !
 
Voici un charmant To be continued à l’œuvre creusée sillon après sillon par Archive avec les mêmes qualités (sans le pic émotionnel du morceau titre Controlling Crowds cela dit, sans même parler de la moitié de deux ou trois sommets du même disque précédent). Il faut quand même saluer la régularité qualitative assez bluffante du combo, Archive est plus que jamais l’un des groupes majeurs de notre époque et tant pis s’il n’y a que la France ou presque à s’en rendre compte.

 

A propos de Bruno Piszorowicz

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