Le bestiaire délirant de Gilles Bachelet

Le problème avec les albums de Gilles Bachelet, c’est qu’ils sont parfaitement inutiles, pas du tout éducatifs et qu’ils plairont autant aux enfants en âge de rire qu’aux parents ayant un minimum d’humour. A la lisière entre le livre illustré pour adultes et celui pour enfants, ils sont donc difficiles à classer. Mais très faciles à lire.

Apparemment, Gilles Bachelet a développé un goût fantasque pour les animaux décalés, du singe à l’autruche en passant par le “chaléphant”.
Tout d’abord, le “chaléphant”. C’est un animal difficile à définir. Disons que, du point de vue de l’auteur, il appartient au royaume des félidés, animaux de compagnie casables en appartement, même petit. Sauf que ce fameux matou est le chat le plus bête du monde ; et ça n’est pas peu dire. Un chat aussi maladroit qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine. Un chaléphant, donc.
Parce que l’animal de compagnie de Gilles Bachelet est plus proche du pachyderme que du félin. Et lorsqu’un directeur du Muséum d’Histoire Naturelle fait remarquer à l’auteur qu’il a “commis une regrettable erreur scientifique en affublant ‘d’os de trompe fantaisistes et surnuméraires’ un squelette d’éléphant”, Gilles Bachelet persiste. Il n’y a pas d’éléphant dans son album mais bel et bien un chat. Même s’il a bien du mal à déterminer la race de son félin à trompe.
Il nous raconte comment il l’a choisi dans la portée de bébés chaléphants à pelages divers et variés : tigrés, rayés, à tâches ou tout simplement gris et sans poil, comme tout éléphant qui se respecte. Puis il l’observe au quotidien. L’animal joue avec une peluche, se lave avec application, grandit, s’ennuie, fait des bêtises bien souvent proportionnelles à sa taille ou retombe sur ses pattes (ou pas), comme n’importe quel chat de plusieurs tonnes.

"Mon chat le plus bête du monde"

Ensuite, il y a les autruches. Prévert nous avait déjà prévenu. L’autruche est un animal idiot. Non seulement l’oiseau bouffe tout ce qui traîne sans discernement mais en plus il a un petit pois dans le crâne. Désormais on connaîtra toutes les (bonnes) raisons pour lesquelles l’autruche n’a jamais
figuré (et ne figurera jamais) dans un conte de fées. La première de toute étant un sens inné du ridicule. De l’autruche au bois dormant, dont les pieds dépassent largement du lit, à la vilaine petite autruche qui, de toute façon, ne sait pas nager, en passant par la merveilleuse autruche de Nils Holgersson qui ne sait pas non plus voler et devra donc voyager en train, une bonne partie du répertoire y passe à raison d’une planche par conte. Heureusement, comme il le conclut, cela n¹empêche pas l’autruche de se marier, de vivre heureuse et d’avoir beaucoup d¹enfants.

Et puis il y a le singe à Buffon. Ou le singe Bouffon. Buffon, naturaliste français, outre ses recherches en taxinomie, était connu pour son élégance et le faste de son train de vie. Puis un jour, il acquiert un singe. Et le lointain cousin de singer le maître en faisant le clown pour mieux le rendre chèvre. Le singe à Buffon moque l’élégance empruntée de son maître, parfois avec cruauté, parfois avec bonhomie, un peu comme un enfant pourrait tourner en dérision le sérieux d’un adulte. Et ça, les enfants, ils vont
adorer.

A propos de Marion Oddon

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