La littérature dite « de gare » est un vaste continent que les éditions Artus ont entrepris de défricher. Après un riche volume consacré à la collection « Gore » du Fleuve noir, c’est au tour des éditions du Bébé Noir et de La Brigandine d’être décortiquées par notre collaborateur Vincent Roussel.

Lancées par Henri Veyrier en 1979, les éditions du Bébé noir (qui deviendront les éditions de la Brigandine après des démêlés avec la censure) semblent, dans un premier temps, s’inscrire dans le sillage de cette littérature policière et érotique qui fleurissait à l’époque. Pourtant, sous l’impulsion de son directeur de collection Jean-Claude Hache, elles vont acquérir une identité forte et singulière.

Plutôt que de faire appel aux vieux routiers du roman de gare rompus à la tâche, Hache aura l’idée de fédérer des individualités n’ayant jusqu’alors jamais écrit (du moins, dans ce domaine), venant d’horizons divers (le journalisme, la critique de cinéma, l’illustration, l’univers de la BD…) mais partageant les mêmes idéaux libertaires.  Pour la petite histoire, le grand théoricien Raoul Vaneigem aurait participé à l’aventure le temps de deux romans.

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Très vite donc, ces auteurs (Jean-Pierre Bouyxou, Raphaël Marongiu, Frank Reichert, Alain Paucard, Pierre Dubois…) vont se détacher d’un cahier des charges assez strict (du policier + 30% d’érotisme explicite) pour proposer des romans lorgnant vers le fantastique, la satire sociale, le pastiche feuilletonesque, la science-fiction… avec une verve anarchisante jubilatoire.

Avec ce livre, Vincent Roussel et ses collaborateurs reviennent sur cette histoire et analysent les 124 romans aux titres farcesques publiés sous ces bannières. Des entretiens avec les auteurs ainsi que des témoignages (l’entarteur belge Noël Godin, le spécialiste de la censure Bernard Joubert, la comédienne Monica Swinn…) complètent ce panorama richement illustré par des documents inédits.

Véritable terrain de jeu au carrefour de nombreuses tendances (le néo-polar, l’érotisme émancipateur, le cinéma bis, la BD), ces collections apparaissent aujourd’hui comme l’un des derniers feux d’une certaine contre-culture née dans le sillage de mai 68.

De quoi donner envie de s’y replonger…

A propos de Olivier ROSSIGNOT

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