Concours Spectrum Films / Culturopoing : “The fake” de Sang-ho Yeon

The Fake devrait apporter un démenti définitif à ceux qui identifient encore le cinéma d’animation à un public jeunesse. Tout aussi ancré dans le réel qu’il soit, le paysage de The Fake a d’emblée quelque chose de tragiquement apocalyptique, avec son lieu désolé éloigné de la ville et ses visages hagards. Ce sont ceux des oubliés, des exclus, de ceux qu’on peut berner à l’envi. Alors que leur village va bientôt être englouti pour les besoins d’un barrage, un escroc – pourtant recherché par la police – se fait passer pour un messager de Dieu et avec l’aide d’un pasteur bien faible tente de leur extorquer les indemnités propres à garantir leur salut. Lorsque Min-Chul, une brute alcoolique, prototype de l’homme sans qualité détesté de tous s’en aperçoit, évidemment, personne ne le croit.

Incroyable et déstabilisant, The Fake nous fait suivre un personnage d’antihéros détestable et provoque pourtant notre désir de faire triompher la vérité. Soit. La vérité du juste sera aussi celle du salaud. Quelle désagréable sensation que de devoir espérer la survie de celui qui violente, insulte tout le monde, vole l’argent des études de sa fille, face au fanatisme, à la manipulation des villageois courant à leur perte. Une forme de victoire du mal contre le moindre mal , en quelque sorte. Quelle belle métaphore de l’idée même de révolte et de lutte qui ne se plie à aucun manichéisme. The Fake n’est donc pas un film aimable et porte indiscutablement la marque des tourments du XXIe siècle, lorsqu’il évoque les dangers d’une religion qui fascine, hypnotise et fournit le remède imaginaire à des êtres qui crèvent de faim, meurent de maladie dans l’indifférence de tous. Pourtant, le monde de The Fake est un monde sans Dieu, qui laisse l’individu seul et désemparé. Une colère incroyable traverse ce vrai film rebelle qui dénonce l’injustice universelle tout en proposant une vision nihiliste du monde. Porté par une animation simple et belle, The Fake frappe également par la fluidité de sa mise en scène épurée malgré les expressions souvent exacerbées de ses personnages.

Si Sang-ho Yeon est surtout connu en France pour son très beau film d’apocalypse et de morts-vivants qu’est Dernier Train pour Busan il a pour habitude d’alterner animation et film en prise de vue réelle, avec une prédilection pour un cinéma de genre extrêmement ancré dans la réalité sociale et politique. Il rappelle la manière dont la série B, dans les années 70, se servait de l’épouvante, par exemple, pour dresser des constats terribles sur son époque, à l’instar des morts-vivants de Romero en pleine guerre du Vietnam . The Fake prend donc l’apparence d’un thriller pour mieux imposer une fable terrifiante sur le fanatisme religieux et la manipulation des masses les plus pauvres, les moins éduquées. Si vous avez besoin d’humour, passez votre chemin, car le film de Sang-ho Yeon est aussi sans issue et glaçant qu’il est magistral.

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A propos de Olivier ROSSIGNOT

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