Fidèles partenaires des éditions Coin de Mire, nous vous proposons en ce joli mois de mai 3 nouveaux titres à gagner.

On commence avec une délicieuse sucrerie de 1957 réalisée par Henri Decoin. Charmants garçons (1957) est un peu ce qu’on pourrait qualifier de bluette, gentiment satirique puisqu’elle s’attache à égratigner gentiment l’inconstance masculin à travers une galerie d’hommes tous plus veules et menteurs les uns que les autres. Le film est surtout l’occasion d’entendre chanter et de regarder danser Zizi Jeanmaire, les chansons étant signées Guy Béart et les chorégraphies de Roland Petit. Apprenant que son soupirant tant aimé est marié, Lulu désespère de l’amour, rencontre d’autres soupirants tous plus médiocres dragueurs les uns que les autres, mais tombe sous le charme d’un cambrioleur moins gentleman que franc du collier. C’est en quelque sorte la première fois qu’un homme ne cache pas son jeu, ne promet rien et dévoile d’emblée ses défauts. Si Charmants garçons ne prétend pas au chef d’œuvre, il n’en demeure pas moins charmant dans son atmosphère et sa savoureux défilé d’acteurs plus ou moins désagréables :  Daniel Gélin, Henri Vidal, François Périer, Gert Fröbe, Jacques Dacqmine et même Jean-Pierre Marielle dans un petit rôle. Sans oublier Maurice Biraud qui prête sa voix au narrateur.

Coin de mire met également en lumière le travail d’un cinéaste quasiment oublié, et c’est fort dommage : Maurice Delbez; La roue (1957) co-réalisé par André Haguet, est une adaptation du chef d’oeuvre d’Abel Gance de 1923 La rose du rail. Plus ramassée, moins feuilletonnesque, avec des relents d’Emile Zola, elle se concentre sur son même héros conducteur mécanicien conducteur de locomotive, traversant les années, de l’héroïsme à la déchéance. Pendant la guerre dans une gare, le valeureux Pierre Pelletier sauve une fillette dont il a vu mourir la mère sous ses yeux pendant un bombardement. Il l’adopte, l’envoie en Bretagne rejoindre son fils jusqu’à la fin de la guerre. Lorsqu’il la retrouve, après des années, elle est devenue une belle jeune fille, portrait craché de sa mère, troublant Pierre, qui peine à refouler des sentiments qui ne sont pas tout à fait ceux d’un père. Vampirisé par un travail qui le saisit comme une passion, il se révèle incapable de consacrer vraiment du temps à sa famille, jusqu’au jour où un accident vient altérer sa vue et plonger graduellement son monde dans les ténèbres. Jean Servais est fabuleux en héros meurtri, sombrant dans les ténèbres, de la bonté d’âme à l’irascibilité. L’une des plus belles qualités de La Roue est sans doute, la subtilité et la pudeur avec laquelle il aborde tous ses thèmes, entre le père adoptif qui se rêverait amant, hanté par la mort d’une jeune femme qu’il aurait pu aimer, l’idée d’une ère où le travail aliène les êtres sans même qu’il s’en aperçoivent, mais aussi d’une évolution des machines vers la disparition des vieilles locomotives, laissant la place aux trains à grande vitesse. Aussi discrètement romanesque que politique La Roue est parfois sombre, parfois lumineuse, toujours superbe.

L’humanisme du cinéaste transparaît plus que jamais dans Rue des cascadesun gosse de la butte (1964), avec cette sensibilité si particulière confirmant un cinéma de l’empathie qui pose un regard attentionné sur ses personnages. Cette adaptation du roman de Robert Sabatier Alain et le nègre, suit les aventures d’un gamin de 10 ans, s’amusant avec d’autres gosses de Ménilmontant où il habite. Hélène, sa mère qui tient une épicerie tente de refaire sa vie avec Vincent, un antillais, mais cette relation fait murmurer, jaser, et les clients imbibés ne se gênent pas pour pour proférer des propos de racisme ordinaire, plus encore lorsqu’ils sont jaloux. Parmi ses clientes, il y a l’ancienne prostituée qui philosophe, l’amie qui s’ennuyant en ménage voir son petit cœur palpiter pour son neveu… Porté par la superbe photo de Jean-Georges Fontenelle et immergés dans les merveilleux décors de Pierre Guffroy (Alphaville, Le Locataire) esthétiquement superbe, Rue des cascades ne se contente pas de plonger dans un Paris révolu, qu’on croirait tout droit sorti de Robert Doisneau. Car ce qui empêche Rue des Cascades d’être mièvre, c’est son absolue sincérité, et un regard toujours en prise avec la réalité contemporaine. Humeur candide et naïveté juvénile – où le gentil Vincent raconte des histoires de savane avec en arrière-plan la rue et les premières cités HLM –  ne masquent pas un constat très frontal de l’époque. Tout d’abord, y transparaît l’évidence d’une xénophobie qui s’installe tranquillement et dont les formules ne paraissent hélas absolument pas archaïques.  Alain ne fait pas juste l’apprentissage de l’intolérance, il y participe d’abord avec son regard d’enfant, écoutant toutes les paroles des adultes. Puis il apprend à observer et à aimer. La puissance singulière de Rue des Cascades tient aussi à ses portraits de femme, au constat de leur condition, de leur destin tragique, d’une conquête d’indépendance douloureuse qu’elles payent de leur personne, par les quolibets, l’impuissance, ou la mort. Une femme infidèle découverte assassinée par son mari ne « l’avait pas volé » peut-on entendre pour excuser l’acte. Il n’y aurait pas assez de mots pour décrire la beauté de Madeleine Robinson, la subtilité de son jeu, sa manière de faire passer sa douceur et son désarroi avec une justesse bouleversante. Elle trimballe sa silhouette hésitante, entre amour et tentation de baisser les bras (qui rappelle quelque peu la Louise de Philippe De Broca cette autre quarantenaire se sentant trop vieille pour être aimée) et infuse au film toute sa mélancolie sourde. Un film rare et précieux.

En partenariat avec les éditions Coin de Mire, nous vous proposons de gagner un des ses trois films, si vous répondez au questionnaire suivant avant le 27 mai, 0h00.

Quel musicien français a enregistré un magnifique album intitulé « Rue des cascades » ?
Dans quel film tiré de Sébastien Japrisot, Madeleine Robinson donne-t-elle la réplique à Dany Carel ?

Quel est le point commun entre « Ou est passé la 7e compagnie ? » et « La roue » ?

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A propos de Olivier ROSSIGNOT

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