Il n’est pas nécessaire d’ajouter grand-chose à la critique de William Lurson qui dit déjà tout sur l’inaltérable beauté d’Une question de vie ou de mort, magnifique fable fantastique dans lequel les inséparables Powell/Pressburger  s’adonnent à la fois à la beauté du technicolor et à celle du noir et blanc, couleur de l’au-delà.  On se replongera donc avec délice dans ce conte de la seconde chance, où un valeureux pilote entamant une histoire d’amour avant de mourir au combat s’estime le droit de contester les rouages du destin : alors que cette affaire bouleverse les affaires du ciel, il devra prouver la vérité de son amour pour conquérir son droit de revenir sur terre.

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Si Une question de vie ou de mort permet de retrouver cette texture si particulière de l’esthétique du duo il est peut-être leur film le plus excentrique, aux expérimentations visuelles étonnantes, en particulier dans la représentation du Paradis. A partir d’un film de commande destiné à raviver le moral des troupes anglaises pendant la deuxième guerre mondiale, Powell / Pressburger s’échappe des contraintes pour une fable toute aussi irrévérencieuse que poétique, ode à toutes les libertés contre tous les pouvoirs autoritaires, dont la plus insondable déclare la survie de la foi en la poésie et l’imaginaire.

 Avant-dernier long métrage de Michael Powell,  La Conquête du bout du monde (They’re a weird mob) constitue également sa dernière collaboration avec Emeric Pressburger qui co-écrit le scénario sous un pseudonyme. S’il ne prétend pas rivaliser avec les grandes œuvres du cinéaste, il s’avère bien plus qu’une charmante comédie anodine. Car They’re a weird mob camoufle bien sous son habit de légèreté et de burlesque un peu trivial une drôle d’initiation au monde, aux préjugés, aux rapports de classe et aux erreurs de jugement. Les aventures de ce rédacteur italien distingué débarqué en Australie triviale pour y co-diriger un journal avec son cousin avant de s’apercevoir que celui-ci a fui en douce avec une foule de dettes, sont au moins aussi émouvantes que loufoques. Beau personnage naïf et volontaire, Nino découvre un pays qui est son opposé avant de l’aimer et de l’adopter. Le délicat héros lettré s’improvise maçon pour rembourser ses dettes, passant de l’homme au complet blanc à l’ouvrier en sueur.

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Il tombe amoureux de l’ennemie à qui il doit l’argent, sorte d’incarnation ambigüe du pouvoir et d’une féminité conquérante dans un pays d’hommes. They’re weird mob reste une œuvre joliment complexe car échappant subtilement aux archétypes, jouant sur toutes la complexité humaine, les dualités et les trompes l’œil. En 1971, Wake In Fright évoquera l’Australie pittoresque avec des éléments locaux identiques (voir par exemple la fameuse coutume du du coup offert amenant à payer un autre verre en retour) dressant le portrait d’un pays viril avec grands buveurs et amateurs de chasse. Mais là ou Ted Kotcheff accouchera d’une œuvre terrifiante et poisseuse, la vision de Powell est plus lumineuse : elle incite à l’apprentissage d’une mentalité à travers une galerie de personnages rustres et lourdingues, mais surtout purs et simples beaucoup plus intéressants que ne le laissait présager leur apparence. C’est finalement tout l’altruisme de Powell qui ressort de They’re a weird mob, comédie singulière qui laisse à l’arrivée une sensation de douceur ensoleillée.

 

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A propos de Olivier ROSSIGNOT

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