Tsai Ming-liang est un drôle de petit plaisantin. The Hole ou La Saveur de la pastèque nous avaient déjà donné un avant-goût de sa conception assez personnelle de l’humour, particulièrement distanciée. Mais son dernier Visage pousse le bouchon plusieurs crans plus loin. Tsai Ming-liang invente aujourd’hui le “navet arty pour rire”.

Bon, ça, c’était le début de la version optimiste de ce que j’aurais pu écrire sur ce film. La vérité des intentions du cinéaste taïwanais est probablement toute autre. Certes, Visage recèle quelques trouées comiques délibérées. Mais noyées dans un océan de prétention artistique rarement atteint et que même l’évolution du cinéma de Tsai, plutôt à la baisse après des débuts assez foudroyants (je tiens The Hole pour un des films les plus brillamment jouissifs de la fin des années 90), ne laissait pas présager.

Jean-Pierre Léaud et Fanny Ardant

Jean-Pierre Léaud et Fanny Ardant

Aucun changement radical ici, au contraire, plutôt un catalogue des tics et figures (visages ?) du style du cinéaste. Qui tournent ici singulièrement à vide (et à un niveau d’ennui d’un fort beau gabarit), faute d’être soutenus par une quelconque nécessité ou tension, même pas narrative (le narration n’est pas obligatoire dans le cinéma, surtout dans celui qui se veut “moderne”), mais simplement esthétique.
De l’esthétisme, le film n’en manque pourtant pas (la moindre des choses pour une co-production du Louvre) et certains plans ou scènes pris isolément sont objectivement superbes. Mais des tableaux vivants ne font pas un film en eux-mêmes. Tsai eut été bien inspiré de voir ou revoir le brillant L’Hypothèse du tableau volé de Raul Ruiz avant d’entreprendre Visage, il aurait vu comment jouer de l’artifice pour le plus grand plaisir du spectateur.

Car rarement aura-t-on pu voir un film laissant à ce point son spectateur à la porte, fonctionnant autant en autarcie, en circuit fermé, sur les obsessions habituelles de son auteur (l’eau et les fluides en général, les étreintes homosexuelles, l’érotisme, la comédie musicale, la cinéphilie, l’inceste, François Truffaut…). De grands cinéastes ont bien évidemment bâti leurs carrières entières sur leurs obsessions, mais en les transcendant, en les sublimant en un geste artistique de partage de soi. Rien de ça ici.

Laetitia Casta

Laetitia Casta

Les dialogues sont généralement rares chez Tsai Ming-liang. Dans Visage aussi, mais encore trop nombreux tellement les échanges entre les comédiens sont d’une pauvreté qui fait peine. Aucun des acteurs n’à rien à défendre ici (quelle tristesse que cette scène censée émouvoir entre Fanny Ardant et Jean-Pierre Léaud, et pas seulement parce que ce dernier semble plus que jamais en piteux état physique… on souhaite de tout cœur se tromper mais il y a un côté voyeur dans le regard porté sur Léaud dans ce film), parfois simplement présents pour leur seul passé truffaldien (Jeanne Moreau et Nathalie Baye, en plus d’Ardant et Léaud).
Le summun du ridicule est quand même atteint par l’une des dernières scènes du film, celle de la danse de Salomé de Laetitia Casta devant Lee Kang-sheng (le Jean-Pierre Léaud de Tsai Ming-liang, de tous ses films). Oui, le film est fort généreux sur la superbe anatomie de la Casta – et les deux danseuses qui l’accompagnent n’ont pas grand-chose à lui envier – mais il vous faudra endurer 2h10 de pensum avant et la scène en question est bien plus grotesque qu’érotique.

Je ne vais pas me faire que des amis dans la rédaction mais ce film me fait le même effet de vanité et de vacuité absolues que le cinéma de Peter Greenaway. Avis aux amateurs, puisqu’il en reste…

A propos de Cyril COSSARDEAUX

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