Avertissement : la critique qui suit ne va probablement pas être rigoureusement objective. Et ce pour deux raisons : pour aimer ce film, il faut très certainement être à la fois complètement sous le charme de Zooey Deschanel et avoir été la victime (oh, consentante, hein…) de siècles de littérature, musique, peinture, cinéma romantiques, de ceux qui vous conduisent à tomber amoureux d’une idée (l’Amour, avec un grand A, s’il vous plait) avant de tomber amoureux d’une personne. Et il se trouve que je me classe dans les deux catégories.

Zooey Deschanel a le charme irrésistible de ces femmes incontestablement jolies mais d’une beauté aucunement surnaturelle, pas plus apprêtée que ça, à mille lieux d’une quelconque représentation de la perfection. Que Nicole dorme tranquille : ses juteux contrats Schweppes ou Chanel ne sont pas menacés (et Zooey devrait-elle la remplacer que le charme en serait immédiatement rompu). Nonobstant des yeux renversants, Zooey, c’est d’abord autant une voix qu’un visage. Une voix un peu éraillée, incroyablement sexy, dont elle nous a déjà démontré sur disque tout le parti qu’elle savait en tirer (le Vol. 1 du duo She & Him qu’elle forme avec M. Ward, petite merveille de 2008).
On ne sait pas si ce rôle de Summer Finn (hommage aux frangins de Crowded House ?) fut spécifiquement écrit pour elle, mais il lui va comme un gant et elle est 100% crédible dans le rôle de la fille à la fois suffisamment jolie pour charmer son entourage sans aucun effort, sans l’être trop pour ne pas paraître inaccessible à un type pas franchement expert en séduction. Crédible, enfin, dans le rôle de la fille à qui vous seriez prêt à consacrer votre vie dans la minute mais qui n’est disposée à ne vous accorder que ce que son absence de romantisme permet. C’est-à-dire infiniment moins que vous et même moins que les 500 jours que le titre français laisse supposer, très mauvaise adaptation du titre original.

Zooey Deschanel et Joseph Gordon-Levitt

Zooey Deschanel et Joseph Gordon-Levitt

(500) Days of Summer, car, dès le premier jour où leurs regards se croisent, Tom Hansen est rempli de son obsession pour Summer, qui ne se démentira pas quand ils seront effectivement “ensemble” (enfin, lui étant un peu plus “ensemble” qu’elle…), mais prendra des proportions névrotiques quand ils ne le seront plus pour de bon.
Car Tom est donc ce genre de jeune homme s’autopersuadant en une fraction de seconde que cette femme qu’il ne connaît pas sera celle de sa vie, “the one”. Ce genre de jeune homme s’investissant émotionnellement infiniment plus que l’objet de son désir dans leur relation amoureuse (au risque d’une rupture devenue inévitable). Ce genre de garçon incapable de passer à autre chose une fois la rupture consommée (et sombrant dans le syndrome dit “mancunien” du “Heaven knows I’m miserable now”), jusqu’à la rencontre avec la suivante, qui effacera (presque) tout. Ce genre de garçon fan des Smiths et d’une certaine tradition de la pop anglaise (on pourrait tout aussi bien convoquer le souvenir de Jackie Quartz et son “pour toutes les victimes du romantisme, comme moi” mais on vous connaît, vous en ricaneriez…).
En un mot, ce genre de garçon “sensible”, probablement assez typique du début de ce siècle et de la fin du précédent, ayant cultivé une idée de l’Amour d’un romantisme au fond très “wertherien” (et le film fait d’ailleurs un joli clin d’œil à Goethe), que l’on a davantage l’habitude de rencontrer chez des héroïnes.

Zooey Deschanel et Joseph Gordon-Levitt

Zooey Deschanel et Joseph Gordon-Levitt

Sur ce sujet, qui constitue quand même l’essentiel de son propos, (500) Days of Summer est d’une justesse de tous les instants, sachant à la fois émouvoir et faire rire, le film ayant l’élégance de dédramatiser tout ça sans jamais tourner ces sentiments en dérision pour autant.
Au-delà de Zooey Deschanel, l’interprétation de Joseph Gordon-Levitt dans le rôle de Tom et de la belle révélation Geoffrey Arend dans celui de son collègue et confident McKenzie sert parfaitement ce traitement subtil.
A contrario, le film souffre un peu de la limite de son sujet, qui en fait plutôt un “petit film” sans grande prétention (mais qui nous repose tellement de grands prétentieux…), mais également d’une facture très “Sundance”. L’originalité scénaristique est érigée en dogme, sans que l’on soit absolument convaincu de sa pertinence ; la chronologie n’est pas strictement respectée mais, au final, le récit retombe sur les pattes des trois classiques étapes, un début, un milieu et une fin.
Mention spéciale tête à claques aussi pour la petite sœur du héros (le personnage, pas son interprète, Chloe Moretz, une de ses enfants de la balle pleine de métier dont Hollywood regorge), tellement plus jeune mais tellement plus mature que son frère. Marc Webb ne l’a pas affublée d’un tee-shirt Little Miss Sunshine mais on sent que ça a dû le démanger.

De Marc Webb, justement, on ne savait rien, puisqu’il s’agit de son premier long-métrage. De ses deux scénaristes, Scott Neustadter et Michael H. Weber, on était en droit de ne rien attendre du tout, leur précédente référence étant l’écriture du script de La Panthère rose 2.
Pas sûr qu’il faille donc durablement miser sur ces trois nouveaux venus, mais on les remercie déjà pour le charme fou d’un film ayant su faire resurgir des souvenirs doux-amers plus ou moins enfouis…

A propos de Cyril COSSARDEAUX

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