Ne tournons pas plus longtemps autour du pot : avec Tropic Thunder (que vous me permettrez de privilégier au titre français Tonnerre sous les Tropiques, au parfum très “dernière séance” charmant mais plutôt hors sujet), ce cher Frat Pack franchit un sacré palier !
Et le réalisateur Ben Stiller en premier lieu, bien évidemment.
Jusqu’ici, ses deux réalisations les plus proches de l’esprit Frat Pack (The Cable guy / Disjoncté, 1996, avec Jim Carrey et Matthew Broderick, Zoolander, 2001, avec lui-même et Owen Wilson), pour sympathiques qu’elles soient, peinaient à emporter totalement l’adhésion. Particulièrement Zoolander, grand moment de délire ultra-régressif sombrant parfois dans un n’importe quoi joyeusement assumé, mais limitant de fait le film au statut de film culte pour public disons “averti” (et pas bégueule), de nanar navrant pour tous les autres (hélas plus nombreux).

Ben Stiller en top model international dans “Zoolander”

Rien de tout ça ici. Au-delà de sa verve (ô combien !) comique, Tropic Thunder est aussi un vrai film d’action, spectaculaire à souhait, dont la production (cossue) et la réalisation se montrent parfaitement à la hauteur, contribuant ainsi à la “crédibilité” du propos (bon, on se comprend, hein…) et donc à l’efficacité de ses ressorts comiques.
Du coup, on pouvait légitimement craindre l’écueil assez classique de l’embourgeoisement, du politiquement correct, du bon goût, histoire d’assurer autant que possible ses arrières financiers.
Si, en effet, le film en rabat un peu sur le côté “on délire entre potes et tant mieux si ça fait rire des spectateurs”, son côté régressif et souvent assez “débile” (au meilleur sens du terme, pas pour nous déplaire ici) lui confèrent une vraie force subversive et, allons-y carrément, pourrait bien marquer une date dans l’histoire de la “kolossale” comédie hollywoodienne.
Signe que Tropic Thunder ne brosse pas son spectateur dans le sens du poil, le film a été classifié “R” (pour “Restricted”), catégorie assez rare pour un film (qui plus est une comédie) d’un budget de 92 millions de dollars ! On n’est pas dans la tête des censeurs (grands dieux !) mais on peut imaginer que cette classification est moins due à sa violence (c’est aussi un “film de guerre”, après tout, avec quelques scènes assez gore, même si pour rire) qu’à son language souvent particulièrement salé.
On s’ébaubit à l’époque de la dernière réplique du Eyes wide shut de Kubrick (“Let’s get fuck !”… on aurait tous voulu être Tom Cruise, à ce moment-là !) mais la première de Tropic Thunder n’est pas mal non plus : “I love pussy !”. Et que dire de cette scène de sevrage narcotique difficile de Jack Black où il demande à ses camarades de galère de le soulager de son manque en lui faisant… allez, non, je vous laisse la surprise 😉

Les bidasses en folie version Hollywood

Avec tout ça, je ne vous ai rien dit de l’histoire !
Quelques acteurs plus ou moins successful (ne surtout pas arriver en retard à la projo pour goûter les bandes-annonces absolument hilarantes des derniers films des acteurs en question, tout particulièrement l’histoire de moines homosexuels avec Robert Downey, Jr. et l’apparition clin d’oeil de Tobey Maguire… un monument !) se partagent l’affiche d’un film censé retracer l’épopée d’un héros de la guerre du Vietnam. Sur les conseils de ce dernier, le réalisateur, aux prises avec les égos et les caprices de star de ses comédiens, se résout à les lâcher dans la jungle en mode “Koh-Lanta” pour les filmer en caméra camouflée et ainsi faire le premier film de guerre/cinéma-vérité.
Le problème, c’est que nos héros se retrouvent en pleine zone contrôlée par les narco-trafiquants du Triangle d’or, qui voient en eux des agents des stups américains. Ils vont jouer à la guerre, oui, mais en vrai !

Nick Nolte en Viet Vet

Sur le papier, ça ressemble un peu à un Three amigos ! / 1 001 pattes / Galaxy Quest à l’envers (trois films ayant pour point commun d’avoir des acteurs/saltimbanques pris pour de vrais soldats/mercenaires), mais en fait, pas vraiment, car l’ennemi reste tapi dans l’ombre, avant de capturer l’infortuné Ben Stiller, en qui il reconnaît l’interprète du seul film dont ils ont la cassette, le Simple Jack pour lequel il visait l’Oscar en interprétant un arriéré mental (autres moments d’anthologie que ceux où Stiller joue Simple Jack !).

Le décor est posé, mais ce sont surtout les personnages (et leurs interprètes) qui emportent le morceau : Stiller, donc, en acteur bourrin se croyant génial, Jack Black en acteur, cocaïné jusqu’à l’os, de comédies très très grasses essayant de changer son image, Downey (au-delà du grandiose !) en grand comédien australien tellement imprégné de la “Méthode” (celle de l’Actor’s Studio) qu’il va jusqu’à se faire pigmenter intégralement la peau pour interpréter un sergent noir, Nick Nolte en “Viet Vet” à la voix plus rauque que jamais, Matthew McConaughey drôlissime en agent artistique aussi décervelé que ses vedettes capricieuses… On ne vous dévoilera pas le nom de l’interprète du producteur ordurier et cynique (sinon pour dire qu’il ne jure plus que par Ben Stiller depuis le tournage !), car c’est une surprise assez saisissante, ma foi 😉

Don Cheadle ? Non, Robert Downey, Jr. !

La meilleure nouvelle dans tout ça, c’est le carton monumental que le film est en train de réaliser aux Etats-Unis, où il est sorti le 13 août, qui devrait ouvrir quelques perspectives aux studios hollywoodiens…
La France, elle, devra attendre le 15 octobre. Mais si, cette fois, elle ne fait pas un triomphe à un film à l’esprit Frat Pack, alors c’est vraiment à désespérer de tout 🙁

Une bande-annonce :

A propos de Cyril COSSARDEAUX

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