Roman Polanski – "Le couteau dans l’eau" (DVD)

Sur la route pour aller faire un tour en voilier, un couple aisé manque renverser un jeune autostoppeur. Ils l’avancent jusqu’au lac et finissent par l’inviter sur leur bateau.
Ce premier long métrage de Roman Polanski affirme déjà son intérêt prononcé pour la façon dont les lieux, surtout lorsqu’ils isolent les personnages qui les occupent, catalysent leurs émotions et leurs attitudes (Répulsion, Le locataire, Rosemary’s Baby, …) et révèlent d’eux une part latente auparavant maintenue secrète. Sans jamais tomber dans l’excès de formalisme, Polanski parvient à rendre compte des interactions entre ces trois personnages sur le bateau, pris dans un jeu guidé par la séduction et l’affrontement.

Le film est conçu très simplement, en aller-retour. Voiture, ballade en bateau, voiture. Entre les deux scènes en voiture, quelque chose s’est passé ; quelque chose d’assez indistinct qui ne semble pas avoir changé le couple en apparence ; tout au plus quelque chose a-t-il été révélé simplement, qui était là au départ et que la présence de cet autostoppeur (sans nom, comme un “agent”) dans ce bateau a catalysé.
Le bateau/huis clos, filmé avec une intelligence rare et une diversité de plans remarquable, propose un découpage de l’espace en quatre plans entre lesquels la navigation des personnages constitue la dynamique du film. Autour du pont, surface dégagée où se déroulent les rapports de force (commandant/matelot, mari/femme, âgé/jeune), la cabine, espace favorisant la promiscuité et l’intériorité, en constitue une échappatoire plutôt féminine à l’inverse du mât, refuge solitaire, qui en est une plutôt masculine. Reste l’eau, qui enserre tout le reste, engloutit ce qu’on lui donne, élément sensuel et morbide dont on ressort changé.

Catalyseur, le film l’est pour la lente progression dans les attitudes des personnages, qui, peu à peu, apprennent à voir et voient ; voient ce qui n’était que latent ; expriment ce qui était retenu (et retenu par faiblesse, par convention, par bourgeoisie… le personnage positif est l’autostoppeur, pauvre mais libre).
La beauté de Krystyna va crescendo dans le film. De son apparence bourgeoise sévère au départ (pantalon, lunettes strictes), la lutte pour la séduire entre Andrezj et l’autostoppeur la fait advenir véritable objet de désir, objet qui trouve son climax habillé d’un simple pull en laine, cheveux mouillés et esprit embrumé par une dispute avec son mari. Et si Andrezj invite l’autostoppeur sur le bateau, c’est avant tout pour se mettre en valeur, affirmer une autorité qu’il sent ne plus posséder sur sa femme. Dans le combat, il veut recouvrir sa virilité (c’est elle qui conduit au début du film) ; le bateau est à nouveau là pour distribuer les coups.
Nécessairement, les différents plans de l’espace du bateau et les actions qu’on y mène, correspondent à un état intérieur réel, parce que les personnages se les sont appropriés et leur ont attribuent du sens. Monter au mât pour l’autostoppeur correspond à une situation et à un état des relations autre que descendre dans la cabine pour la femme.

L’air de rien, Polanski met en place un univers riche, chargé de sens ; un sens profond, quasi métaphysique, celui qui est tapi au coeur des lieux que nous parcourons innocemment tous les jours. Un film qui, par sa simplicité éclatante, affirme justement la vacuité des formes trop complexes et invite à une contemplation et une acuité patientes du présent.

Le couteau dans l’eau, un film de Roman Polanski
avec Leon Niemczyk, Jolanta Umecka, Zygmunt Malanowicz
édité par Filmedia

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