En 2004, le réalisateur et scénariste Mick Garris avait eu une idée qui avait fait saliver tous les fans de films d’horreur : créer une série télévisée dont les épisodes seraient tous mis en scène par les grands noms du genre. Ainsi naquît Les Maîtres de l’horreur (Masters of Horror), une série qui n’a survécu que deux saisons et qui, il faut bien l’avouer, n’est pas tout à fait à la hauteur de ce qu’on attendait de la part de légendes tels que Dario Argento, John Carpenter, Tobe Hooper ou encore John Landis, pour ne citer que ceux-là. Le concept fut alors racheté par la société de production Lionsgate (Saw) et renommé Fear Itself. Ainsi libérée des contraintes de l’horreur pure et des attentes d’un public (trop ?) exigeant, la série qui devait être la troisième saison des Maîtres de l’horreur renaît de ses cendres sous un nouveau nom même si on y retrouve des metteurs en scène connus du genre et au-delà : Darren Lynn Bousman, Stuart Gordon, Brad Anderson, Ronny Yu, John Landis, Mary Harron, Breck Eisner, Larry Fessenden, John Dahl, Ernest Dickerson, Rob Schmidt, Mick Garris et Rupert Wainwright.
Dans ce type de format télévisé américain chaque heure de programme, subit trois coupures publicitaires toutes les 20 minutes dont l’emplacement reste visible (en général un rapide « fondu au noir ») opérant le plus souvent un effet de rupture quelque peu artificiel au sein même de la narration. Chaque épisode dure donc à peu près quarante minutes et l’avantage est la même que dans une nouvelle littéraire où il faut aller droit à l’essentiel. La difficulté est de rendre l’histoire captivante et d’approfondir les personnages. Mais tous les metteurs en scène présents ici sont bien rôdés à l’exercice, peu importe le nombre de métrages à leur actif. Il faut quand même ajouter qu’ils sont aidés par des scénaristes de talent qui méritent tout autant de voir leurs noms cités, tels Steve Niles (30 Jours de nuit), Mick Garris lui-même, Daniel Knauf (la série Carnivale et Spartacus), Victor Salva (Jeepers Creepers) et aussi quelques uns ayant déjà travaillé sur Les Maîtres de l’horreur comme Drew McWeeny, Richard Chizmar ou Max Landis.
Comme son nom l’indique, la série explore cette fois la peur. Celle qui naît au creux de vos entrailles face à l’inconnu, celle qu’explorait déjà Hitckcock ou Polanski dont les œuvres ont marqué nombre des réalisateurs ci-présents, la peur qui vous envahit et ne vous lâche plus d’une semelle quand l’inimaginable se produit sous vos yeux. Pourtant, nous ne sommes pas dans un terrain si éloigné que cela des Maîtres de l’horreur car il faut bien le dire, les sujets traités restent classiques dans l’ensemble. Aucun ne renouvelle le genre ni ne va au-delà d’une ambiance horrifique générale où le suspense prend trop souvent le pas sur ce qui aurait pu (dû ?) être un véritable travail sur un sentiment qui existe en chacun de nous. Certains réalisateurs rôdés à l’exercice dans leur œuvre personnelle se démarquent visiblement de ceux qui ont tendance à se reposer sur des effets horrifiques ou visuels qui provoquent plus de sursauts ou de rires nerveux qu’une impression de malaise.
Cependant, nos réalisateurs ont bien été inspirés par le sujet. Certaines peurs sont extérieures et se rapportent à des monstres humains ou imaginaires bien connus alors que d’autres sont plus internes, comme celle qui s’insinue au sein de la famille. L’instinct de survie et de protection doit prendre le pas sur l’amour mais comment se résoudre à tuer froidement son conjoint, son enfant, son parent ? Dans Le Ranch Maudit, Larry Fessenden explore le mythe du Wendigo, cet esprit amérindien qui s’empare d’une personne et la transforme en créature avide de chair fraîche. Cet épisode fait partie des plus réussis grâce à une ambiance tendue au possible et surtout à l’acteur principal Doug Jones qui prête ses traits particuliers à un père de famille émacié et dévoré par une faim impossible. Pourtant, Fessenden n’a pas de films vraiment marquants sur son CV et le seul dont le nom nous évoque quelque chose est Cabin Fever 2. Autant dire que le pari n’était pas gagné à l’avance mais le jeune homme s’en sort avec toutes les honneurs possibles. Il en va de même pour l’épisode mis en boîte par Ronny Yu (Freddy Versus Jason) et qui reprend pour thème principal la famille. Quel dommage cependant d’avoir traduit le titre original Family Man par Volte-face, comme pour mieux souligner la similitude entre cette histoire et l’excellent film éponyme de John Woo. On ne peut nier une certaine ressemblance au niveau du fond mais cela n’empêche pas le plaisir que l’on prend au visionnage de cette histoire où l’âme d’un tueur en série est échangée avec celle d’un père aimant.
Bien que dans l’ensemble, les épisodes soient moins gores que dans Les Maîtres de l’horreur, ce ne sont pas les idées qui manquent et certaines histoires prennent directement naissance dans le sol fertile des classiques de l’épouvante. Ainsi, dans Morsures, Ernest Dickerson a choisi de traiter le mythe du loup-garou en y ajoutant une bonne dose d’humour puisque l’homme qui subit la transformation est un vétérinaire noir et en surpoids ! Ses sens aiguisés donnent lieu entre autre à une séquence amusante où il est capable de savoir de quoi souffre ses patients à quatre pattes rien qu’en les reniflant ou en les touchant. Mais Dickerson ne rechigne pas à placer quelques effets gore bien sentis ni à terminer sur une note optimiste dans cet épisode qui ressemblerait à un mix improbable entre Dr Dolittle et Un loup-garou à Londres ! Le vampire fait également une apparition sous la forme du goule qui décime la distribution dans Le Sacrifice de Breck Eisner. Mais la peur évoquée concerne plutôt celle de la gent féminine au travers des magnifiques créatures qui ne laissent aucun homme indifférent et qui en profitent pour offrir ce qui devient vraiment le sexe faible au monstre qui vit parmi elles. Quant à Stuart Gordon et son Dévoreur, c’est du côté de la mystérieuse Nouvelle Orléans qu’il faut en chercher les origines. L’histoire concerne un tueur cannibale capable de prendre l’apparence de ses victimes. Cet homme est arrêté par la police et les agents s’apprêtent à vivre une nuit de terreur en sa compagnie. Le réalisateur qui peut être fier d’avoir comme premier film à son actif l’indémodable Re-Animator livre ici un épisode au suspens implacable et mené par un tueur charismatique et une jeune policière fan d’horreur et au courage admirable.

La peur sous toutes ses formes… ou presque.

 
La police est encore à l’honneur dans Ames errantes de Brad Anderson où Eric Roberts incarne un flic aux méthodes musclées qui perd son travail et se voit poursuivi par les âmes de ses victimes mais aussi un drame personnel ayant eu lieu dans son enfance. Les monstres sont parfois humains mais personne ne naît ainsi, nous le devenons suite à certains évènements qui nous emprisonnent. Anderson a déjà exploré le terrain de l’horreur psychologique dans l’excellent Session 9 et ses talents de metteur en scène se confirment encore une fois ici. Tout comme ceux de John Dahl qui nous livre un épisode noir et cynique comme à son habitude. Son segment Double Chance concerne un jeune couple en manque d’argent. Le mari va voir un antiquaire dans le but d’être payé un max pour un vase mais il s’est fait avoir et l’objet ne vaut finalement pas grand-chose. Un seul coup d’œil dans un miroir ancien et son double maléfique se matérialise et accomplit ce que Chance n’aurait jamais osé faire. Dahl explore à la perfection les thèmes du remords et de la culpabilité dans cette histoire où la peur de manquer conduit à des actes désespérés.
Evidemment, toute anthologie ne peut contenir que de bonnes choses et quelques épisodes s’avèrent plutôt faibles, à commencer par celui qui ouvre le bal, Le Réveillon de la fin du monde. Réalisé par Darren Lynn Bousman, l’homme qui garda en vie la série Saw pour quelques épisodes, l’histoire est encore une fois racontée au travers de multiples effets visuels et techniques. Utilisé avec parcimonie, c’est une bonne façon de plonger le spectateur dans l’univers qu’on lui propose mais la frontière entre efficacité et soûlant est mince… Et ici, le spectateur finit par se perdre entre présent, flashbacks et diverses images en flashcut, ce procédé au rythme staccato qui infligerait l’épilepsie à un paralysé. Le scénario écrit par Steve Niles sur le thème de la solitude et de la trahison est donc malheureusement desservi par un réalisateur qui se préoccupe davantage par les apparences que le contenu. La Lettre de John Landis, Spiritisme de Rob Schmidt et Réincarnation de Rupert Wainwright viennent rejoindre le petit club des ratés. Les trois épisodes sont très correctement réalisés mais les scénarii sont trop faibles et déjà-vus pour retenir toute notre attention.
Heureusement, il y a aussi de l’excellent et il s’agit tout d’abord de Résidence Surveillée de Mary Harron. Un jeune couple emménage dans une banlieue d’apparence idyllique. Mais ils vont très vite se rendre compte du grand nombre de serpents vivant dans ce paradis et l’histoire bascule dans une paranoïa totale où les mots « vie privée » n’ont plus aucune signification. Observés en tous lieux par des caméras de surveillance, les images sont retransmises sur toutes les télés de la communauté. Mais c’est dans le contrat de propriété qu’il faut chercher le pire. Même sans signer de son sang, on offre son âme à la communauté. Le thème de la conformité forcée n’a rien de nouveau ni celui de l’intrusion dans notre vie des caméras et autres appareils de filmage à portée de main. C’est même un thème de plus en plus préoccupant avec l’arrivée des nouvelles technologies à la disposition même des enfants. Mais ces technologies ne seraient rien sans les êtres humains et l’épisode de Harron va jusqu’au bout de son propos, nous livrant une image finale glaçante. La palme du lot revient à l’épisode Le Cercle, réalisé par Eduardo Rodriguez. Un écrivain part en weekend avec sa femme dans une cabane isolée. Ils sont rejoints par son agent et éditeur. Des enfants viennent sonner à la porte pour réclamer les traditionnels bonbons de Halloween mais à la place, ils laissent un livre dont le titre est celui de l’épisode. Rodriguez est un quasi inconnu au bataillon. Son court métrage Daughter a fait le tour des festivals et l’a fait remarquer par le studio Dimension avec qui il a signé un contrat de trois films. Son long métrage sera attendu de pied ferme car à en juger par le talent exprimé ici, le jeune homme en a sous le capot ! Le Cercle est un vrai petit film d’horreur où l’humour n’a pas sa place. On pense à Stephen King, Evil Dead ou encore L’Antre de la folie avec cet épisode cauchemardesque dont la chute fait frémir de plaisir horrifique.

La section suppléments n’a pas grand-chose à offrir au niveau du contenu. Chaque épisode a droit à un making of qui d’environ cinq minutes comprenant images de tournage et interviews d’acteurs et des réalisateurs. Autant dire que cela laisse le spectateur curieux sur sa faim. Dans le menu, on peut sélectionner certains réalisateurs et ainsi avoir droit à la bande annonce de l’un de leurs films (Repo ! The Genetic Opera de Bousman, American Psycho de Harron, Freddy Versus Jason de Yu, Bones de Dickerson et Re-Animator de Gordon).

A propos de Marija NIELSEN

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