Ressortie en salles du "Prix d’un homme", de Lindsay Anderson

Contemporain de la Nouvelle Vague française, et même antérieur de quelques années, la Grande-Bretagne eut son Free Cinema, qui présentait beaucoup de points communs avec la NV (rejet du conservatisme du cinéma de studio, appel à de jeunes comédiens, tournage en décors naturels, utilisation de pellicules plus sensibles…) mais aussi quelques différences. Parmi les deux principales, une approche plus documentaire (avec Humphrey Jennings, grande figure du documentaire made in UK depuis les années 30, en figure tutélaire) et surtout une conscience sociale et politique beaucoup plus aigue.

Le Prix d’un homme, qui ressort le 2 décembre (mâtin, quelle belle date !), est à la fois l’une des plus marquantes réalisations du Free Cinema et son quasi chant du cygne. Quand Lindsay Anderson porte à l’écran This Sporting Life de David Storey pour son premier long métrage de fiction, le Free Cinema a déjà presque vécu. Les films suivants de ceux qui en sont certainement les plus illustres représentants, Karel Reisz et Tony Richardson, seront en effet plus “traditionnels”, souvent aussi moins intéressants, s’éloignant en tout cas de ces portraits d’”angry young men” dont des films comme Samedi soir, dimanche matin ou La Solitude du coureur de fond s’étaient fait la spécialité.
Quand on parle de jeune homme en colère, Le Prix d’un homme est probablement le film le plus emblématique de ce courant. Jeune prolétaire (mineur de fond) du Nord de l’Angleterre, Richard Harris devient adulé du jour au lendemain par son statut de joueur vedette de son club local de rugby à XIII. Il accède à l’argent facile (ce sport est alors déjà professionnel), aux femmes qui ne le sont pas moins, mais tout ça n’assèche pas sa rage sans réelle cause, ni son attirance presque animale pour sa logeuse, veuve encore séduisante, qui se refuse à lui.

"Le Prix d'un homme"

Même s’il venait de décrocher un rôle important dans le remake, signé Lewis Milestone, des Révoltés du Bounty (aux côtés de Marlon Brando et Trevor Howard), Richard Harris, à l’image de son personnage de Frank Machin (clin d’œil au Frankie Machine joué par Sinatra dans L’Homme au bras d’or ?), va voir son statut de comédien considérablement évolué après ce film qui lui vaudra un prix d’interprétation à Cannes.
Révélée trois ans plus tôt par le Samedi soir, dimanche matin de Reisz (ici producteur), Rachel Roberts retrouve ici un rôle très marquant, qui ne sera pas pour autant suivi d’une grande carrière internationale, même si elle connaîtra à nouveau quelques beaux rôles, aux Etats-Unis, chez Blake Edwards (Deux hommes dans l’Ouest), en Grande-Bretagne, encore avec Lindsay Anderson (O Lucky Man !) et surtout en Australie, grâce à Peter Weir et son très culte Picnic at Hanging Rock.

La carrière de réalisateur de Lindsay Anderson connaîtra des hauts (particulièrement, If…, bien entendu, Palme d’or cannoise en 1969) et des bas, et sera marquée par une collaboration au long cours avec l’écrivain et scénariste David Storey, notamment pour la télévision britannique, inaugurée par This Sporting Life.

A propos de Cyril COSSARDEAUX

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