On entend rarement les maquilleurs Effets Spéciaux. D’ailleurs, on les imagine plus volontiers en train de tripatouiller des restes humains dans quelque cachot. Parce qu’il s’agit, dans ce métier plus qu’ailleurs, de passion, il était logique pour continuer ce dossier de sonder un orfèvre en la matière ( jetez donc les deux yeux sur Horsehead et tous les autres histoire de vérifier… ). D’une rare prolixité dans ses débordements sur les écrans, David Scherer commente sans détours les excès de Frank Henenlotter et des goûts et des pratiques cinématographiques peu avouables ailleurs que chez Culturopoing ! Coup de chance, l’homme derrière les masques est un cinéphile de la pire espèce. En espérant, un jour ou l’autre, sa rencontre avec le père d’Elmer le remue méninges, dévorons ses propos et guettons ses futures victimes…

Quel est ton plus ancien souvenir de cinéma d’horreur et qu’as tu éprouvé?

En fait j’en ai plusieurs…. Je dirai en premier celui qui a suscité ma vocation , la séquence des cadavres dans la piscine de PoltergeistLes Griffes de la Nuit que j’ai découvert en seconde partie de soirée sur M6 et qui m’avait vraiment impressionné …. Les Frissons de L’Angoisse de Dario Argento, pour sa façon de jouer avec le spectateur et Inferno du même Argento pour ce coté “cauchemar” et ce coté très déconstruit mais tellement puissant…. Je pourrais citer en vrac aussi Possession de Zulawski , La Malédiction ( je crois que c’est la première fois qu’une BO m’avait autant épatée) et bien d’autres…

Qu’est-ce qui t’a amené vers les effets spéciaux?

En fait, j’ai toujours voulu travailler dans le cinéma…. Je n’étais pas particulièrement attiré par une activité plutôt qu’une autre, mais par le cinéma fantastique en général… C’est au moment où j’ai découvert le film Poltergeist de Tobe Hooper que j’ai eu le déclic de vouloir travailler dans les effets spéciaux maquillages…

Quelle est ta relation au corps humain, aux organes?

Alors c’est marrant parce que la vue du sang – du vrai sang – me rend malade ! (rires par ordi interposés) J’ai une grande admiration pour les films de Cronenberg par exemple… Ceux qui montrent la modification du corps humain… C’est pour cela par exemple que ma collaboration avec Eric Falardeau sur Thanatomorphose a été très intéressante… J’aime les réalisateurs qui “maltraitent” le corps humain dans leurs films, qui utilisent cela pour raconter quelque chose dans leurs histoires…

J’aime la façon dont Peckinpah filmait la violence et les dommages faits au corps humain , notamment dans sont superbe Croix de Fer, son unique film de guerre… J’aime le fait que les morts vivants chez Lucio Fulci racontaient quelque chose. Fulci filmait toujours ses morts-vivants en état de putréfaction avec les yeux aveugles ou crevés. Ils rendaient aussi leurs apparitions “fantomatiques”. En cela, la frontière entre mort-vivant et fantôme chez Fulci est mince… Il ne justifiait pas leur présence de façon rationnelle, il en faisait des éléments à part entière…

Je fais parfois des films qui traitent de la modification du corps humain comme le court-métrage Blattaria de Thomas Pantalacci ou le très singulier L’Etrange Couleur des Larmes de ton Corps d’Hélène Cattet et Bruno Forzani… J’aime beaucoup leur point de vue, c’est très important pour moi de travailler avec des réalisateurs qui utilisent vraiment les effets spéciaux pour raconter quelque chose, donner de l’impact a une idée ou une image…

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Quel est le premier film de Frank Henenlotter que tu as vu et qu’est-ce qui t’a marqué?

Basket Case…. Je l’ai découvert en VHS et j’ai été très interpellé par un coté assez cheap par moment, mais un coté jusqu’au boutiste assez prononcé… Je sentais déjà une vraie patte de réalisateur et des thématiques qui l’intéressaient…. Avec son style singulier il m’a fait penser à Evil Dead, Maniac ou Massacre a la Tronçonneuse, dans lesquels l’absence de moyens ne nuit pas au film mais lui donne encore une patine supplémentaire…

Comment qualifierais-tu son style?

C’est toujours une représentation de la chair meurtrie, en sculpture aussi. Quelque chose de brisé, de coulant… Il me fait penser avec ses thématiques et son style visuel à une fusion entre William Lustig et un David Cronenberg underground.

Qu’est ce qui caractérise ses créations : liberté, matière, excès…?

Je dirais qu’il va vraiment au bout de son sujet ce qui rend ses films bien plus intéressant qu’un film d’horreur lambda. Elmer le Remue Meninges par exemple est une très belle métaphore sur la dépendance et le manque….

A-t-il eu une influence ( thématique, plastique, technique ) sur ton parcours artistique et professionnel? Par exemple pour tes recherches dans la création de Notre dame des hormones?

Pour Notre Dame des Hormones, j’ai suivi les indications et les dessins de Bertrand Mandico… C’est très plaisant lorsque le réalisateur a une vision précise…. J’essaye dans la mesure du possible d’adapter mon style créatif par rapport a la vision du réalisateur…. Pour Thanatomorphose d’Eric Falardeau on a misé sur une approche très organique et très graphique avec beaucoup de gros plans et de fluides corporels en tout genre, ainsi qu’une lumière assez sombre qui laisse des parties dans l’ombre, ce qui a permis aussi de jouer beaucoup sur le son… C’est vraiment quelque chose qui m’a plu…. Quand je bosse avec François Gaillard par exemple ( David a travaillé sur  quatre de ses films dont le tout dernier 13 Notes en Rouge ndlr ), on multiplie aussi les recherches, on va aller parfois dans un style assez excessif, très influencé “Giallo” avec du sang rouge vif, des très gros plans de texture…. Mais ça fonctionne très bien car il sait rendre ça cohérent dans son film… Un effet qui peut avoir l’air grossier sur le plateau sera sublimé ensuite à l’image et c’est ce qui me plaît avec ce genre de réalisateur…. Sur Horsehead de Romain Basset, j ‘ai eu le même style d’expériences. Il y a différents effets prosthétiques dans son film, avec un style et une façon de les mettre en scène spécifiques… La scène de crucifixion a beaucoup de gros plans très crus, avec de la chair et du sang très sombres, tandis que l’effet final ( que je ne spoile pas ! ) est filmé plein cadre et a un rendu hyper organique. Je suis vraiment heureux de cette scène, je la trouve magnifique dans le film, visuellement et thématiquement…
Récemment, j ‘ai bossé sur un court-métrage, Margaux de trois jeunes réalisateurs ( Joséphine Hopkins , Rémy Barbe et Joseph Bouquin ) qui m’ont assez bluffé de par leur maturité et leur manière d’utiliser les effets spéciaux dans leur histoire… Il y quelque chose de très organique dans ce qu’ils m’ont demandé et une volonté de tout faire en direct sur le plateau. J’étais très impressionné et j’espère vraiment que ce court aura une belle vie en festival…

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Gabe Bartalos est particulièrement renommé pour sa touche organique, que penses-tu de son travail?

J’aime beaucoup son travail naturellement !! Et j’apprécie beaucoup cette façon qu’il a de passer de très grosses productions comme Gremlins 2 à des films à budgets beaucoup plus réduits comme Basket Case 2 et 3… C’est un état d’esprit qui m inspire beaucoup !

Vois-tu une évolution entre les débuts ( Basket case, Brain damage ) et leurs collaborations ultérieures?

Il y a toujours cette volonté qui reste d’utiliser au maximum les effets en direct… Après, je pense que les techniques de Gabe Bartalos évoluent de plus en plus et on retrouve des choses très impressionnantes dans Basket Case 2, dans l’animation des masques et des prothèses par exemple….

Qu’as-tu pensé de son retour à l’underground avec Bad biology?

J’ai trouvé ça intéressant ! On retrouve son style et ses thématiques, avec un petit coté provoc très sympathique… Il arrive a tirer le maximum de son manque de budget, ce qui rends ses films tellement singuliers et sympathiques. Je ne suis pas sur par exemple, qu’un remake de Basket Case serait une bonne idée. Ces films font partie de l’histoire du cinéma….

 

Il est vivement recommandé de fouiller dans la filmographie chaude et humide de David Scherer ( trop grouillante pour être reproduite ici ! ). Côté coulisses, suivez son travail et ses actus sur son site

A propos de Pierre Audebert

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