Pascale Ferran – "L'amant de lady Chatterley"

Pascale Ferran transforme un classique de la littérature érotique en hymne à la libération des sens et à la communion des corps. Charnel et précieux.

Le classique de D.H. Lawrence a été mainte fois adapté, bien moins pour sa charge métaphorique et thématique que pour le potentiel érotique et provocateur. Si le porno soft réalisé par Just Jaeckin de 1981 satisfaisait l’amateur de nudité photogénique en dévoilant à nouveau pour le plaisir de l’oeil le corps de Sylvia Kristel, soupoudré de pétales de fleurs, il n’allait pas dépasser le parfum de scandale qui se dégage de l’argument de départ : une aristocrate anglaise s’ennuyant de son mari qu’une blessure de guerre a rendu impotent, s’envoie en l’air avec le garde de chasse. …
Dans le Lady Chatterley de Pascale Ferran, les corps ne sont pas esthétiques, parfaits, ils sont juste vrais. Si le cinéma érotique en général stimule le spectateur en jouant avec ses propres interdits sociaux-cul(turels), il ne s’agit pas pour la cinéaste de briser des tabous mais de les effacer, de mettre en scène des personnages qui agissent comme si le monde venait de naître, sans interdits à enfreindre puisqu’ils n’auraient jamais existé.
ll est rare que le cinéma aborde la sexualité en tant que métaphysique, en faisant table rase de toutes les régles morales pour n’écouter que l’appel de sa propre peau, les battements du coeur qui réclament le rapprochement de la chair. Se poser du côté de l’amoralité – et non de l’immoralité – c’est résolument redécouvrir une essence originelle de l’homme entre son innocence et son animalité.
Lady Chatterley est l’éloge du désir sans fard, intense, débarrassé de toute culpabilité, l’initiation de deux individus à entendre la voix de leur chair, un appel naturel, beau, intense et panthéïste. Parvenir à écouter son désir, c’est savoir retourner à la vraie vie, primitive, première dans lequel l’homme lui même affirme son harmonie avec la terre, qui l’unit aux saisons, à la pluie et aux arbres. Emerge alors une vraie pureté de la sexualité, débarrassée de tout contexte judéo-chrétien. Ils sont des Adam et Eve retrouvant le plaisir dans un Eden sans péché originel en un acte qui confine au sacré.

Derrière la libération du corps sommeille également celle du carcan social. Pour Constance, aimer cet homme des bois constitue tout à la fois le signe d’une conquête de son indépendance, de lutte contre la place subalterne de la femme, et un acte d’engagement politique contre la classe dominante incarnée par un mari ne cessant d’affirmer qu’il existe des maîtres et des esclaves puisque “cela a toujours été comme ça”.
S’il fallait chercher des influences, ce serait peut-être du côté du cinéma de Truffaut qu’il faudrait se pencher et en particulier des Deux anglaises et le continent. Même construction littéraire, même intervention de la voix off monocorde (avec une voix tout de même moins séduisante que celle de Truffaut) et même sensation d’un cinéma tout à la fois littéraire et sensuel. Pascale Ferran allie avec beaucoup de tact érotisme suggéré et sensualité brûte, donnant au geste simple une tonalité érotique (un mouvement d’habit, une main sur une hanche) ou au contraire se focalisant sur les expressions de visage lors de l’acte charnel ; en multipliant les ellipses par fondus au noir elle semble également abandonner les amants à leur intimité.

Par un autre choix d’une grande subtilité érotique, la cinéaste dévoile la nudité au spectateur à mesure que les amants découvrent leurs propres corps. Les sens s’éveillent un à un ; de la première étreinte pulsionnelle, presque aveugle, où l’ouïe prédomine au toucher timide de la peau qui suit celui du vêtement, jusqu’au regard sur le corps nu comme ultime étape de la connaissance de l’autre, Pascale Ferran parvient à capter tout l’apprentissage de la désinhibition.

Connie et Parkin aspirent à savoir écouter et satisfaire leur désir charnel, l’envie qu’ils ont l’un de l’autre. Leur ultime réplique, qui résonne comme une règle à suivre – “tu m’appelleras quand tu auras besoin de moi” – peut-être prise dans tous les “sens” du terme.

A partir de cette attirance même, va pouvoir éclore le sentiment. Dans Lady Chatterley, l’Amour naît de la chaleur des corps .

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A propos de Olivier ROSSIGNOT

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