Si pour André Bazin, le cinéma est une fenêtre sur le monde, le réalisateur néerlandais Maurice Dekkers, lui, n’hésite pas à franchir le pas de la porte du Noma, invitant cinéphiles et fins gourmets à se rencontrer autour de la célébration de l’art culinaire. Elu meilleur restaurant du monde quatre années de suite, le Noma émigre de Copenhague, au Danemark, vers le Japon pour quelques mois.  Son chef cuisinier, René Redzepi se lance sans cesse de nouveaux défis et, dans sa quête de saveurs inconnues, avec son goût pour les ingrédients insolites et les assortiments non moins étranges, il part à la découverte de l’autre, de nouvelles cultures et d’arômes inédits. Avec son équipe, ils auront deux mois pour proposer un menu exceptionnel, à la fois original et en phase avec la culture japonaise.

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Alors que Richelieu fait une subite et inattendue réapparition dans l’actualité, 500 ans après sa mort, Noma au Japon ne marque cependant pas le retour de Maïté et de La cuisine des mousquetaires. Téléaste à l’origine d’une émission culinaire récompensée par de nombreux prix, Maurice Dekkers signe un premier long-métrage sophistiqué et prenant où la cuisine rapproche les peuples au lieu de diviser les individus comme dans Un dîner presque parfait.

Maurice Dekkers met en évidence, dans une mise en scène fluide et rythmée, le travail d’équipe et l’esprit de fraternité qui animent les complices de René Redzepi. Originaires des Etats-Unis, d’Allemagne ou même du Mexique, les cuisiniers forment une brigade internationale de la gastronomie où chacun apporte sa touche, son savoir-faire ou ses idées de recette les plus pittoresques. Le réalisateur les suit dans leurs gestes, des réunions à leurs expérimentations et même jusque dans le peu de vie privée qu’il leur reste.

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Au-delà de faire l’éloge d’une gastronomie qui rapproche les peuples, Noma au Japon dresse le portrait de personnes qui se vouent corps et âme à leur passion. Derrière le défi relevé par René Redzepi, dans l’espace confiné et à l’esthétique de science-fiction des cuisines de ce restaurant éphémère, chacun d’eux redouble d’inventivité et d’effort, mais surtout fait preuve d’une véritable abnégation, se surpassent pour offrir ce qu’il y a de mieux.

Le film de Maurice Dekkers offre aussi la possibilité de découvrir les différentes saveurs du Japon à travers une petite visite guidée. Loin de s’enfermer dans la facilité, René Redzepi reste curieux et ouvert. Par son regard, il invite à découvrir la façon dont sont cultivées les différents ingrédients auxquels il fait appel.

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Avec sa construction en flashback, Noma au Japon gère un certain suspens, à la façon d’un film policier, et en devient un documentaire passionnant. Surtout, le film montre qu’il serait dommage de se restreindre à la choucroute comme unique horizon culinaire.

Noma au Japon
(Pays-Bas – 2016 – 93min)
Titre original : Ants on a Shrimp
Scénario et réalisation : Maurice Dekkers
Direction de la photographie : Hans Bouma
Montage : Cette Asselbergs
Musique : Nicolas Jaar, HalhdanE, Shigeru Umebayashi
Avec René Redzepi, Lars Williams, Rosio Sanchez, Dan Giusti, Thomas Frebel, Kim Mikkola

En salles, le 26 mars 2017.

A propos de Thomas Roland

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