Mamoru Oshii – "The Sky Crawlers" (2008)

Après Tachiguishi Redsuden, The Sky Crawlers fut le second long métrage d’affilé de Mamoru Oshii à sortir directement en vidéo, signe de la disgrâce relative de celui qui fut considéré comme le nouveau maître du cyberpunk…Il faut bien avouer une chose pourtant avant de crier au scandale: cette fois le résultat est assez inégal dans son mélange entre animations 2D et 3D,  pas vraiment au niveau des merveilles précédentes du studio I.G en la matière.
 
On se demandera par moment d’ailleurs si l’œuvre est vraiment achevée, si elle n’a pas subi une importante coupe budgétaire comme lors de ces scènes d’atterrissages qui donnent le sentiment d’une vulgaire maquette informatique incorporée au montage final pour combler un manque. Tout celà est tout juste du niveau attendu pour une OAV. Le film n’en  souffre pas outre-mesure ceci dit, son essentiel se déroulant expressément au travers de scèquences anti-spectaculaires qui représentent 80% de l’ensemble.

Les décors en eux-même sont très soignés et imposent leur subtilité au fur et à mesure que l’on découvre la nature de cet univers de prison en plein air: un résidu de souvenirs et de fantasmes surfant sur les représentation des guerres des années 40, ou les conquêtes aériennes allant des fifties aux années 90 (cela va de L’Etoffe des Héros à Top Gun), dans une embiance rétro et intemporel très marquée par les influences européennes. Cet espèce de mélange entre l’Allemagne, la Grande-Bretagne et les  Etats-Unis s’avère complètement déserté  humainement, hormis les pilotes et les quelques seconds rôles habituels des bases aériennes, comme placés là tragiquement.

On serait tenté ici de reprendre l’éternel débat du "film malade", quand à savoir si les défauts techniques ne servent finalement pas l’ensemble? Terrassant le film aurait peut-être été trop pesant au vu de son narratif restreint. Toute les séquences de vol révèlent en prime une nature d’artefact et de jeu vidéo où ces grossièretés et largesses graphiques ne sont pas forcément sans pertinence dans l’assimilation de l’œuvre finale… Il n’en reste pas moins que si l’on est habitué aux défis techniques en tout genre et aux méchas-designs sophistiqués du cinéaste, il est difficile de se convaincre qu’Oshii puisse s’en être contenté. Recul dommageable frustrant quand juste après,un Avatar pille allègrement (ou rend hommage dira t’on poliement) dans le design des engins volants et robots qui firent la renommée du réalisateur de Patlabor

Petit film très épuré et abstrait, évacuant tout le barnum contemporain lié aux récentes fictions S.F inspirées de K.Dick (la découverte de l’univers fabriqué, son vertige et ses défis narratifs)  The Sky Crawlers est surtout une sorte de condensé minimaliste  du cinéma d’Oshii, là où Ghost in the Shell 2 et Avalon étaient outrancièrement foisonnant. Les aphorismes y sont moins nombreux et ne visent pas cette fois à créer une dimension supplémentaire, en profondeur, mais à soutenir une ligne très clair.
 

Le film n’en est pas un tournant plus accessible pour autant… Si le public et la critique ont pu être largué par un cinéaste qui de visionnaire était devenu pour beaucoup abscons et égotiste, autant ici pointeront-ils peut-être des insuffisances au niveau de la matière exploitée et des redondances thématiques; en gros un certain ennui devant une lenteur et un dépouillement qui ont été très peu exploités à ce degrés dans un film d’animation. On peut le voir comme un accomplissement pourtant, car rarement Oshii aura eu moins de gras pour montrer ce qu’il avait à montrer. Rarement aussi l’animation n’aura à ce point paru aussi paradoxale: souvent invisible dans ses effets, mais essentielle à la croyance et à la fluidité de ce récit particulier.

Le ciel bleu et la stratosphère flirtent ici surtout avec l’enfer, et l’aérien dans sa vivacité n’est conçu ni comme une respiration, ni comme une bouffée enivrante. Les personnages traités, des enfants figés dans un éternel présent, sont peut-être parmi les plus fascinant et tristes de l’auteur, car ils retournent aussi cruellement l’enthousiasme de certain héros des premiers animes du réalisateur (du côté de Patlabor et de Lamu). Si on est d’apparence très loin du Neverland de Peter Pan, la base aérienne et les nuages de Sky Crawlers en expriment peut-être directement la noirceur et le tragique intrinsèque, son absurde. Le "professeur" étant un capitaine Crochet du ciel réduit à l’état de concept terrifiant…

Si on se laisse porter par son rythme lancinant et singulier, qu’on ne rejette pas non plus son écrin  il est vrai très déprimant, on pourra se permettre de reconnaître dans The Sky Crawlers l’un des meilleurs successeurs à Blade Runner… Ce qui n’est pas mal pour un film apparaissant au prime abord assez mineur.

The Sky Crawlers est édité en France en DVD et Blu-Ray par Wild Side depuis janvier 2010.

 

A propos de Guillaume BRYON

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