Ça y est, les enfants sont couchés, là ? Je m’en vais vous entretenir cinq minutes d’un moment (court mais bon !) de l’histoire de ce qui a rarement aussi peu ressemblé au “7ème art” qu’en ces années-là… (quand même, je regrette l’absence de notre grand érotomane Léo…). Tout le monde se souvient du gigantesque scandale provoqué en 1974 par la bourrine Liliana Cavani et son si subtil Portier de nuit, qui voyait un vieux SS, Dirk Bogarde, recyclé portier de nuit dans un hôtel, tomber un jour nez à nez avec une cliente juive (Charlotte Rampling) qui fut jadis sa prisonnière dans un camp de concentration. Entre eux vont vite s’instaurer de malsains rapports sado-maso…

Ah, si tous les gardiens de camp avaient pu être gaulés comme Charlotte…

 

Très gros succès commercial à l’époque (pour être juste, Visconti, avec Les Damnés, avait été le premier, 5 ans auparavant, à associer ainsi perversité nazie et “déviations sexuelles”…) qui va bien sûr vite donner des idées aux professionnels du “sexe sur écran”, qui commence alors à faire florès et à envahir toutes les salles (c’est l’époque de l’explosion du porno et de la création de la classification X, qui visait notamment justement à éviter que tous les exploitants ne se mettent à programmer du cul, évidemment beaucoup plus rentable que le cinéma “classique”). Pour être exhaustif, Portier de nuit n’inspirera pas seulement les demi-pornocrates, mais aussi le grand David Sylvian et sa chanson Night porter.

 

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Et c’était pourtant AVANT le virage gay friendly de TF1 !

Dans ces cas-là, qui est le premier à s’emparer du nouveau filon juteux (ooops, pardon, ça m’a échappé… euuuh, de mieux en mieux !) ? Tinto Brass, évidemment, qui allait ainsi se faire un nom, en 1976, en poussant un peu plus loin le bouchon “cul” que sa compatriote avec Salon Kitty, l’histoire d’un bordel sous le nazisme (il est vrai que notre homme est né en 1933, il avait donc une certaine prédisposition), avec, tiens, tiens, Helmut Berger et Ingrid Thulin, soit deux des stars sulfureuses des… Damnés (dans lequel jouaient aussi, oh comme c’est étrange, Bogarde et Rampling !… et l’on dira encore que les producteurs n’ont pas d’imagination…).

 

salon kitty

Rendre les SS glamour et sexy, fallait quand même oser !

Trois ans plus tard, Tinto fera encore plus fort en tentant de ressusciter le peplum avec un Caligula très fortement sexué… mais quand même un peu moins que ce qu’en a fait son producteur Bob Guccione, l’homme de Penthouse (Bornu pourra vous en dire un peu plus…). Un Caligula qui engendrera lui aussi moult productions transalpines pseudo-antiques et fort peu vêtues (le peplum a cet avantage que, même habillées, les actrices y sont déjà au moins à moitié nues, ça accélère un peu les choses, quoi !). Mais ceci est une autre histoire…

bob guccione

Il ne respire pas la classe Bobby franchement ?

Revenons donc un peu à nos SS ! Et cantonnons-nous ici aux productions plutôt françaises (même si, à l’époque, tout le film de cul commercialement un tant soit peu ambitieux se devait de mélanger capitaux français, italiens, allemands, etc.). Un nom s’impose : Eurociné ! C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup, parce que ce mini-empire du portnaouak sur pellicule est aujourd’hui entre les mains d’un très bon et vieil ami de… mon père ! Fondé par Marius Lesoeur (je vous jure que ce n’est pas un pseudo !), un ancien forain et propre père de l’ami susdit, Eurociné se signala assez vite par un coup de maître (à l’échelle du cinéma bis, hein !), la production, en 1962, de L’Horrible Docteur Orloff, version clairement horrifique des fameux Yeux sans visage de Georges Franju (mâtiné aussi du M le maudit de Fritz Lang), signé Jesus “Jess” Franco (auteur ô combien pléthorique dans absolument tous les genres que le cinéma B ou Z a pu connaître… mais aussi assidu assistant de Welles dans sa période espagnole !), avec Howard Vernon dans le rôle-titre. Ce film-là témoignait encore d’une certaine ambition cinématographique (allez, osons même le mot… “artistique”), dont les productions qui nous occupent aujourd’hui n’ont jamais croisé le chemin.

 

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Le démiurge fauché

 

En 1977, Eurociné prend donc en marche le train du “nazi-porno” avec, justement (ahahah !), Train spécial pour SS, d’un certain Alain Payet, signant alors (pratique monnaie courante dans le monde du cul sur pellicule) James Gartner (la claaaasse, non !). En vedette, une obscure Belge du nom de Monica Swinn, d’un potentiel sexuel disons, peu apparent…

 

Monica Swinn

Ou la preuve qu’on peut faire carrière dans le cul avec la coupe de douilles à Mireille Mathieu !

 

La même année, le même Alain Payet (qui signe cette fois Alain Garnier !), réalise aussi (tenez-vous bien), Helga, la louve de Spilberg (hihihi ! c’est l’année des Rencontres du 3ème type), avec, dans le rôle-titre, une “vieille routière” italienne de la spécialité, Malisa Longo (serait-ce la sœur cachée d’une autre vieille routière dans son genre ?…).

 

Malisa Longo

Miss Nuisette mouillée 1975

Signalons aussi, toujours en 77, Elsa Fraülein SS (un titre qui n’est hélas pas tombé dans l’oreille des horribles Porte-Mentaux, que nos oreilles à nous auraient préféré ne jamais croiser…), toujours avec la très classe Malisa (à côté de qui Audrey Hepburn paraissait la dernière des radasses), qui était aussi dans Salon Kitty (un p’tit monde, hein ?), mais aussi la mythique Claudine Beccarie, celle qui, avec Jean-François Davy et Exhibition, fit entrer le X français dans une autre dimension, en 1975 (ce qui, pour une native de Créteil, n’était pas gagné d’avance, vous en conviendrez…). Ce film-ci était signé Patrice Rohm (le chaînon manquant entre Rommel et Rohmer ?), auteur la même année d’un spirituel Touchez pas aux zizis (quelque chose me dit que le titre n’y est pas respecté à la lettre…), avec notre Brigitte Lahaie nationale !

 

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Elsa Fraulein ne savait pas jouer mais elle savait chanter

Finissons avec, en 1978 (eh oui, déjà ! les modes cinématographiques ne sont parfois pas plus longues que les jupes de Christina Aguilera), Nathalie, rescapée de l’enfer, la Nathalie en question répondant au sexy patronyme de… Jacqueline Laurent ! Imaginez une actrice de X avec un blaze pareil, aujourd’hui… débandage garanti ! Elle se fit parfois appeler Madeleine (!!) Laforet, tu parles d’une alternative… A la réalisation, qui d’autre que notre cher Alain Payet (quel homme !) ? Alain Payet est d’ailleurs toujours en activité (il signe aussi John Love, parfois… mais où va-t-il chercher tout ça ?!?), toujours vert à 57 ans. C’est par exemple à lui que l’on doit un spirituel remake des Visiteurs dès 1993 (Les Visiteuses), avec une scène assez mémorable de la très cathodique mais fort peu catholique essonnienne Tabatha Cash (Céline Barbe, de son vrai nom, ça le fait moins… encore que, finalement !). Egalement, en 2000, il remit trois légendes du X à la papa sur le turbin, dans le bien nommé Les Tontons tringleurs, soit Jean-Pierre Armand (50 ans !), Alban Ceray (55 ans !) et Richard Allan (sans doute pas loin de 60…). Est-ce bien raisonnable ?…

A propos de Cyril COSSARDEAUX

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