Mort du scénariste et producteur Gerry Anderson

Aux moins de trente ou trente-cinq ans, il n’est pas certain que le nom de Gerry Anderson évoque grand-chose. A ceux qui ont passé cet âge, peut-être pas davantage. Mais, pour peu qu’ils aient passé un certain temps devant la télévision à la fin des années 1970 (lorsque celle-ci ne comptait que trois chaînes), Les Sentinelles de l’air et Cosmos 1999 évoquent forcément des souvenirs plus ou moins éblouis.
C’est par la première série, Thunderbirds dans son titre original, que l’on découvrit en France le travail du scénariste-producteur (parfois aussi réalisateur) britannique Gerry Anderson, indissociablement lié alors à celui de sa femme Sylvia. Ce que l’on croyait être un début était plutôt une forme d’aboutissement créatif : celui du perfectionnement d’une technique d’animation de marionnettes, réellement sophistiquée, que le couple Anderson avait joliment baptisée Supermarionation (1). Pour les gamins du monde entier (enfin, de ceux ayant eu la chance de voir à l’époque les Thunderbirds mais aussi les séries animées du même acabit qui les précédèrent – Supercar, Fusée XL5, L’Escadrille sous-marine – ou leur succédèrent – Capitaine Scarlet, Joe 90, Service secret), c’était comme si un merveilleux Noël leur avait offert la panoplie complète des Action Joe, Big Jim et autres poupées du même style et que quelqu’un avait filmé leurs aventures dans les lieux les plus délirants. Un véritable rêve de gosse et un enchantement permanent, à un âge où l’on n’est pas encore trop regardant sur la solidité des scénarios… Sans compter que Lady Penelope, à laquelle Sylvia Anderson elle-même prêtait sa voix, a fait fantasmer quelques petits garçons, toute figurine inanimée (?) qu’elle était. En revoyant aujourd’hui ces figures de cire un peu trop disproportionnées par rapport à la taille des corps qui les portent, on est frappé par la ressemblance avec Kratwerk lorsque les quatre musiciens allemands se grimèrent en robot, à la fin des années 1970 !

Sylvia et Gerry Anderson entourant Lady Penelope

Sylvia et Gerry Anderson entourant Lady Penelope

La France dut attendre une dizaine d’années pour découvrir Les Sentinelles de l’air, depuis longtemps cultes dans leur pays d’origine. Elle attendra moins longtemps pour faire connaissance avec l’autre grande série (non animée) de Gerry (et Sylvia) Anderson, Cosmos 1999, qui plongeait le couple, à la ville comme à la scène (dans la première mouture de Mission : Impossible, notamment), constitué de Barbara Bain et Martin Landau (2). Assez philosophique (en tout cas dans sa première saison) et préoccupée (déjà !) par le devenir nucléaire de la planète, Space : 1999 était une sorte de réponse britannique à Star Trek qui se serait inspiré du 2001 de Kubrick. La série symbolisait en tout cas la passion de toujours de Gerry Anderson pour l’espace, matérialisée par d’autres séries comme UFO, alerte dans l’espace, au début des années 1970 (avec notamment Gabrielle Drake, la sœur comédienne du chanteur folk Nick Drake !) ou par des films comme Danger, planète inconnue, que sa femme et lui écrivirent et produirent en 1969 et que Robert Parrish réalisa. Anderson fut même sollicité par les producteurs de James Bond pour l’écriture de Moonraker mais le projet tarda et le film fut finalement réalisé plusieurs années plus tard, avec un autre scénario, pour le résultat que l’on connaît…
Ses séries phares Stingray (L’Escadrille sous-marine), Capitaine Scarlet et les Thunderbirds feront par la suite l’objet de plusieurs suites ou sequels télévisés (de moult produits dérivés aussi), jusqu’à un douteux film pour le cinéma avec des acteurs en chair et en os (et pas des moindres : Bill Paxton, Anthony Edwards, Ben Kingsley…) pour les Thunderbirds en 2004, auxquels Gerry et Sylvia Anderson (séparés entretemps) ne participèrent heureusement pas directement. La même année, les affreux jojos de South Park, Trey Parker et Matt Stone, rendait un meilleur hommage à la Supermarionation en utilisant cette technique pour leur Team America, police du monde.

Barbara Bain, Barry Morse et Martin Landau dans "Cosmos 1999"

Barbara Bain, Barry Morse et Martin Landau dans “Cosmos 1999”

Alors qu’il travaillait sur une nouvelle série animée, cette fois en CGI, Gerry Anderson commença à développer les symptomes de la maladie d’Alzheimer. Il en est mort le 26 décembre 2012, à l’âge de 83 ans.

(1) On jurerait que le pape des game designers japonais Shigeru Miyamoto s’en est souvenu pour nommer sa plus célèbre création, Super Mario, mais il semble que non…
(2) Citons aussi la série
Poigne de fer et séduction (The Protectors), elle aussi diffusée très rapidement en France, qui reprenait le modèle de Chapeau melon et bottes de cuir ou Amicalement vôtre et voyait Robert Vaughn faire équipe avec une comtesse italienne et un Français pour combattre le crime.

A propos de Cyril COSSARDEAUX

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