Décédé le 12 octobre 2011 à l’âge de 90 ans en Suisse, où il avait élu domicile depuis les années 1970, le comédien allemand Heinz Bennent aura connu une carrière assez singulière. Débutée une dizaine d’années après la Seconde guerre mondiale (durant laquelle il servit dans la Luftwaffe), elle se consacra longtemps quasi exclusivement à la télévision. Et ce sont finalement étrangement plutôt des cinéastes français qui lui offrirent ses premiers vrais rôles au cinéma, dans des films parfois un peu confidentiels : Les Rendez-vous en forêt (1972), d’Alain Fleischer, Une femme fatale (1974), de Jacques Doniol-Valcroze, Section spéciale (1975) et Clair de femme (1979), de Costa-Gavras…
Mais c’est plutôt son rôle de docteur dans L’Honneur perdu de Katharina Blum (1975), de Volker Schlöndorff et Margarethe Von Trotta, qui lui ouvrira d’autres portes et des rôles plus conséquents, à près de 55 ans. Il jouera ensuite ainsi avec Ingmar Bergman (L’Œuf du serpent, 1977, et De la vie des marionnettes, 1980), à nouveau Schlöndorff (Le Tambour, 1979) et Von Trotta (Les Sœurs, 1979), Walerian Borowczyk (Lulu, 1980), Andrzej Zulawski (Possession, 1981)… En France, c’est néanmoins son rôle du directeur de théâtre juif Lucas Steiner, mari de Catherine Deneuve, dans Le Dernier métro (1980), de François Truffaut, qui le fait connaître d’un très large public.

Catherine Deneuve et Heinz Bennent dans "Le Dernier métro"
Avec Catherine Deneuve dans "Le Dernier métro"

La suite de sa filmographie fut malheureusement moins intéressante, hormis quelques rôles avec des cinéastes de son pays d’adoption, comme Michel Soutter (L’Amour des femmes, 1982), Claude Goretta (La Mort de Mario Ricci, 1983) ou, beaucoup plus récemment, Alain Tanner (Jonas et Lila, à demain, 1999). Il retrouva Catherine Deneuve pour la télévision dans Princesse Marie (2004), dans lequel Benoît Jacquot lui confia le rôle de Sigmund Freud analysant Marie Bonaparte. Ce fut sa dernière apparition à l’écran.
Heinz Bennent était également le père de deux comédiens avec qui il joua plusieurs fois : sa fille Anne (Lulu, L’Amour des femmes, Princesse Marie) et son fils David, l’inoubliable enfant qui ne voulait pas grandir du Tambour.

A propos de Cyril COSSARDEAUX

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