Les leçons de l’affaire Scorsese ou la tentation du jugement a priori – 2

2. Le film de Martin Scorsese
 

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il est important de connaître un peu la personnalité de Martin Scorsese, cinéaste de renommée mondiale qui a réalisé entre 1967 et 2011 30 longs métrages et documentaires. Né en 1942 à New York, Martin Scorsese est un italo-américain issu d’une famille modeste d’origine sicilienne. Dans ses entretiens avec Richard Schickel il nous apprend beaucoup de choses non seulement sur sa carrière dans le 7ème art mais aussi sur ses convictions, ses goûts et ses expériences de vie. Etant donné ses racines familiales le petit Martin a été éduqué dans la religion catholique même si ses parents n’étaient pas particulièrement pratiquants. Il a fréquenté l’école catholique primaire de saint Patrick, le lycée cardinal Hayes et a été marqué par le catholicisme irlandais. L’appartement familial était très petit et à cause de son asthme il ne pouvait pas se livrer aux activités habituelles des enfants de son âge comme le sport ou les jeux de rue. Trois lieux lui servaient de refuge, des lieux où il trouvait la paix et la sécurité : les salles de cinéma, la bibliothèque et la cathédrale saint Patrick. « On avait la foi en entrant dans une église, comme on avait la foi en entrant dans une salle de cinéma[1] ». Pendant deux ans il a servi la messe et a même pensé sérieusement à entrer au séminaire pour devenir prêtre. Un jeune prêtre de 23 ans, le père Principe, l’avait beaucoup marqué car ce prêtre avait une grande ouverture culturelle, il lui parlait de musique et de cinéma[2]. Bien plus tard, à l’époque de Taxi Driver, le père Principe dira au jeune réalisateur : « Trop de vendredis saints et pas assez de dimanche de Pâques[3] ». Le catholicisme irlandais pouvait par bien des aspects paraître sévère voir terrifiant avec par exemple des « sermons sur le sexe » ou la menace des flammes de l’enfer. C’est la lecture d’un livre de Joyce, Portrait de l’artiste en jeune homme, ainsi que le contenu de certains sermons qui a inspiré à Scorsese une scène de Mean Streets[4]. Malgré cela le jeune Martin était profondément croyant : « L’essentiel pour moi à l’époque, c’était vraiment l’Eglise, et ma relation à l’Eglise. J’y allais ; j’y croyais »[5]. Il a gardé une image positive de la plupart des prêtres qu’il a connus durant son enfance et sa jeunesse : « Les prêtres prêchaient l’amour et la compassion. […] Je n’ai pas oublié d’où je viens ni les prêtres qui ont compté pour moi, et je pense que notre société manque de gens comme eux[6] ». C’est en entrant au Washington Square College de l’université de New York, après son lycée, que Martin va abandonner l’idée de la vocation sacerdotale. En suivant les cours d’histoire du cinéma de Haig Manoogian et en s’initiant aux rudiments techniques du 7ème art dans le cadre du Washington Square College, la passion de Martin pour l’Eglise s’est « transposée dans le cinéma »[7]. En lisant ces Conversations on pourrait qualifier Martin Scorsese d’agnostique[8] ayant reçu une éducation catholique, mais certainement pas de personne antireligieuse. Les goûts littéraires comme cinématographiques du réalisateur sont le signe de son attrait constant pour l’univers chrétien. En littérature il cite la Bible et particulièrement l’histoire du roi David[9], Bernanos et son Journal d’un curé de campagne (1936)[10], Graham Greene et Dostoïevski[11] sans parler bien sûr de Nikos Kazantzakis. Parmi les références aux cinéastes relevons Roberto Rossellini (et son film Europe 51)[12], Pasolini (Accattone, Saint Matthieu)[13], Carl Dreyer (La passion de Jeanne d’Arc, Ordet)[14]et Alfred Hitchcock, très souvent cité, « un autre artiste élevé dans la tradition catholique » dont Scorsese apprécie particulièrement le film Le faux coupable[15]. Entre ce dernier et Scorsese il y a quelques points communs. La mère et la grand-mère paternelle d’Hitchcock étaient d’origine irlandaise et c’est naturellement dans le catholicisme de tradition irlandaise qu’il a été éduqué. Il a fréquenté, comme Scorsese le fera plus tard, les écoles catholiques, en particulier le collège jésuite St. Ignatius et enfin le petit Alfred a eu une enfance plutôt solitaire à cause du handicap physique constitué par son obésité[16]. Il est clair que Scorsese devenu adulte a perdu la foi catholique de son enfance. Mais toute sa vie d’homme et de cinéaste demeure profondément marquée par ce qu’il a appris en fréquentant l’Eglise.

Cet enseignement il ne l’a pas renié. Et il affirme même que certaines valeurs chrétiennes sont pour lui essentielles afin de bien mener sa vie : la notion de transcendance (« une partie de nous tend vers quelque chose qui est… »), l’empathie (le « fait de comprendre autrui – c’était le discours que j’entendais à l’église »), l’aptitude à la compassion et à la bienveillance, et enfin l’expérience de l’amour (« mes premières expériences de l’amour, essentiellement, je les ai vécues avec mes parents. Puis le concept de l’amour lui-même m’est venu à travers l’enseignement de l’Eglise, au début des années 1950 »)[17]. Il est impossible de comprendre l’œuvre de Scorsese sans tenir compte de son attachement à sa culture catholique : « Une bonne part de mon travail provient de la façon dont j’ai perçu certains aspects de la religion et de la morale. La réalité du monde masculin que représentait mon père, alliée à la morale de cette religion patriarcale – toute cette façon de penser-, venait s’opposer à ce que je ressentais en allant à l’église, qui représentait à mes yeux un versant plus féminin et plus bienveillant de la religion »[18]. Chez Kazantzakis nous avons relevé la lutte entre la chair et l’esprit, ici nous percevons l’opposition entre un aspect sévère et un aspect bienveillant de la religion catholique. Dans certains de ses propos Scorsese montre aussi que ce qui est au cœur de son œuvre c’est une réflexion philosophique sur la condition humaine, réflexion de type existentialiste. La culpabilité est par exemple l’un de ses thèmes favoris, celle « qui accompagne le simple fait d’être vivant »[19]. Que l’on soit croyant, athée ou agnostique, la conviction de Scorsese c’est que l’amour demeure la seule clef qui nous permet de déchiffrer l’énigme de notre condition humaine : « Lorsque je me penche sur ce que nous sommes en tant qu’espèce, l’amour me semble bel et bien être la seule réponse. Comment cultiver cet amour ? Comment croît-il en nous en tant qu’êtres humains – dans nos actions, en particulier ? »[20]. L’ironie du sort a voulu que le jeune Martin connaisse dès son enfance la réalité de la censure dans le cinéma. Tout d’abord la censure civile, celle de l’Etat, avec le code Hays (1934-1968) qui établissait des règles précises concernant la sexualité, la décence, la patrie, la religion et que les studios devaient respecter. Mais aussi la censure de l’Eglise avec la liste C de films censurés par la Légion catholique de la décence (dans cette liste il y avait des films de Kazan, de Bergman mais aussi Les lettres de mon moulin de Marcel Pagnol !).[21] Le petit Martin, passionné de cinéma dès son plus jeune âge, se conformait à la liste C et évitait généralement les films interdits. Cependant, un jour, il voulut voir un film censuré par l’Eglise, Sourires d’une nuit d’été de Bergman (1955), et pour ce faire il alla demander au prêtre en confession l’autorisation, ce que le prêtre lui accorda en ajoutant : « Oh, tu t’intéresses au cinéma ! C’est très bien, ça »[22]. Si La dernière tentation du Christ tient une place unique dans l’évocation de la religion, d’autres films de Scorsese relèvent du même registre et témoignent de la recherche spirituelle du cinéaste : Kundun [23](1997), A tombeau ouvert (1999). L’un des projets de Scorsese est aussi un film lié à l’univers chrétien, portant « sur l’essence même de la chrétienté » : Silence[24]. Ce film s’inspirera d’une histoire vraie, décrite dans un livre[25] et se déroulant dans le Japon du 17e siècle : « Deux jésuites d’introduisent en secret au Japon pour retrouver un professeur disparu qui est devenu apostat. […] C’est un film sur l’amour – sur l’amour lui-même. Et sur le fait de savoir ravaler son ego, ravaler son orgueil. Sur l’essence du christianisme ».


Après cet excursus qui me semblait nécessaire pour interpréter correctement l’œuvre de Scorsese, venons-en maintenant au film lui-même. Nous savons déjà que c’est lors du tournage de Boxcar Bertha que Barbara Hershey, la future Marie-Madeleine de La dernière tentation du Christ, offre à Scorsese le roman de Kazantzakis. Le projet d’adapter pour le cinéma l’œuvre de l’auteur grec est donc ancien. C’est même un projet qui « tenait très à cœur[26] » Scorsese, il en avait fait son « principal objectif[27] ». « Je brûlais d’envie de le faire », confie-t-il à Richard Schickel[28]. Ce film est donc le résultat d’une passion de Scorsese pour le thème abordé : « J’ai investi tout ce que j’avais dans ce film »[29] et le tournage qui a eu lieu au Maroc fut le plus éprouvant de toute sa carrière : « le pire tournage de ma vie »[30]. Quel était donc le but de Scorsese en adaptant le roman de Kazantzakis ? Dans son enfance il avait vu au cinéma beaucoup de péplums bibliques. Il ne voulait surtout pas imiter ce genre de production. Sa source d’inspiration se situait plutôt du côté du Saint Matthieu de Pasolini. Même si dans un premier temps Scorsese avait eu l’idée de filmer la vie du Christ dans un décor contemporain, celui de Manhattan, en noir et blanc, et de « filmer la crucifixion sur les docks de New York[31]». Ce qui aurait été génial ! Le but était de donner à voir aux spectateurs un « Christ contemporain », très différent de celui que l’on peut voir représenté sur un vitrail d’église. Bref il s’agissait d’actualiser dans notre monde la figure historique du Christ, à l’opposé d’une reconstitution historique. L’idée d’un Jésus prêchant sur la 8e avenue ayant été abandonnée, Scorsese est revenu à un cadre plus conventionnel, situé il y a 2000 ans en Palestine. Cependant l’intention première demeure très forte dans la deuxième version : « Au début des années 1980, j’ai compris qu’il était temps d’adopter une autre approche – de réfléchir à ce que Jésus représentait vraiment, et à ce qu’il avait déclaré. Sa parole était un appel à la compassion et à l’amour. Il était temps de s’y confronter réellement, et de façon à faire réagir les spectateurs – à les impliquer[32] ». Finalement le projet de Scorsese n’est pas si éloigné que cela du projet des Evangiles, même s’il passe à travers l’interprétation qu’en fait Kazantzakis. Les évangélistes n’ont pas écrit de jolies histoires sur Jésus pour édifier. S’ils ont mis par écrit les actes et les paroles du Christ, c’était pour amener le lecteur non seulement à la foi mais à un changement de vie radical, à une conversion. L’idée d’impliquer le spectateur va dans ce sens. Scorsese n’est certainement pas un provocateur. Il sait que des gens se sont sentis menacés dans leur foi par ce film mais il n’avait « aucunement l’intention d’ébranler la foi de qui que ce soit[33] ». « J’ai été très affecté d’entendre certaines personnes affirmer que ce film était une insulte à leur foi. Je n’ai jamais eu l’intention d’ébranler la foi de qui que ce soit. Si vous avez la foi, c’est très bien. Personnellement, je suis en lutte permanente avec moi-même pour savoir si j’ai la foi ou non. Mais il y a une différence entre avoir la foi et poursuivre une certaine quête spirituelle – une grande différence[34] ». Ce rapport entre foi religieuse et spiritualité est la grande question qui tourmente Scorsese et en ce sens on peut affirmer qu’il est assez représentatif du questionnement spirituel de beaucoup de nos contemporains dans les pays de vieille tradition chrétienne : « La question que je me suis posée, et que je me pose toujours d’ailleurs, est de savoir s’il est nécessaire d’adopter une religion pour mener une vie spirituelle[35] ». Fidèle à ce qu’il a entendu à l’église dans sa jeunesse Scorsese ne peut pas séparer la spiritualité de sa mise en pratique concrète dans l’amour du prochain : « J’ai beaucoup de mal à comprendre les gens qui se vouent corps et âme à leur vie spirituelle – ceux qui se soucient uniquement de leur propre spiritualité sans se préoccuper d’autrui[36] ». Il y a donc eu un grand malentendu à propos du film. Richard Schickel, qui est athée, mentionne le souvenir qu’il a des réactions de certains chrétiens aux USA (mais il y a eu le même genre de réaction en France, j’y reviendrai) : « Je me souviens d’être allé au cinéma, et d’avoir vu des catholiques à l’air sombre en train de manifester avec des crucifix et des pancartes couvertes de propos haineux[37] ». Quelle était donc l’attente, déçue, de Martin Scorsese en proposant ce film tant attendu et désiré au public ? Diamétralement à l’opposé des réactions qu’il a suscitées auprès de certains chrétiens : « Je croyais aussi qu’il donnerait lieu à un débat salutaire. […] Je pensais que le débat serait intelligent. J’espérais que le film donnerait lieu à des discussions et à un dialogue[38] ». Si Scorsese a voulu impliquer le spectateur dans son œuvre, il faut souligner aussi à quel point il s’est impliqué lui-même personnellement dans la préparation et le tournage, avec un budget très serré, de La dernière tentation du Christ. Un jour Barry Diller lui a demandé pourquoi il tenait tellement à faire ce film. La réponse de Scorsese se passe de tout commentaire : « Parce que je veux apprendre à mieux connaître Jésus[39] ». Plus loin dans l’interview il ajoute : « C’est devenu une expérience religieuse pour chacun d’entre nous – et je pèse mes mots[40] », une expérience « tellement intense[41] », « une sorte de voyage spirituel avec ce film[42] ». Nous sommes très loin du divertissement hollywoodien avec effets spéciaux et la Bible comme toile de fond, le récit biblique étant perçu comme simple prétexte pour raconter une belle histoire. Venons-en d’un peu plus près au contenu du film. Mon but n’est pas ici de le raconter. Vous trouverez sur Internet tout ce qu’il faut pour vous faire une idée générale du déroulement de l’action[43]. J’aimerais plutôt mettre en avant les grands thèmes phil
osophiques et théologiques qui y sont abordés. Etant donné que le film est d’abord une adaptation de l’œuvre de Kazantzakis (et pas une adaptation des Evangiles) il n’est pas étonnant de constater que ce qui en constitue le noyau c’est une réflexion christologique. La dernière tentation du Christ est en premier lieu une magnifique méditation sur l’identité de cet homme unique dans l’histoire de notre humanité. Scorsese se réfère clairement à la foi de l’Eglise catholique sur ce point essentiel : « Il est entièrement homme et entièrement Dieu. Il faut être extrêmement prudent du point de vue de la christologie. […] C’est toute la beauté de la chose. Acceptons-le comme complètement divin et complètement humain.[44] ». Scorsese respecte donc le dogme catholique défini dans le symbole de Nicée-Constantinople. A la suite de Kazantzakis il s’intéresse plus particulièrement à l’humanité du Christ et à sa signification réelle : « Par conséquent, il a ressenti tout ce que ressent un être humain. […] L’idée, c’est justement que, en tant qu’homme, il craint la mort[45]». C’est à partir de cette méditation sur Jésus « vrai homme » que le film va s’attacher essentiellement à deux thèmes présents dans les Evangiles : la tentation bien sûr, et le sacrifice de la croix. « Jésus est donc tenté – c’est la tentation ultime – de devenir comme nous et de mener une vie normale. L’idée, bien sûr, c’est que Jésus est entièrement divin et entièrement humain. C’est le dogme, et c’est l’approche que j’ai adoptée pour le film[46] ». Alors que Jésus est sur la croix, un ange (en fait le démon se manifestant sous une apparence angélique) vient le tenter une dernière fois en lui présentant la possibilité d’une vie normale et facile, d’une vie simplement humaine. C’est la suite de ce passage qui a fait scandale car on y voit Jésus tomber amoureux de Marie-Madeleine, avoir avec elle une relation sexuelle, avoir une progéniture etc. J’ai vu le film et je n’ai été en aucun cas scandalisé. Car il est évident, si l’on comprend le scénario, que ces scènes ne sont pas réellement vécues par le Christ, elles ne sont que le cinéma de la dernière tentation, et à la fin, comme dans le roman de Kazantzakis, une fois l’illusion dissipée et la tentation repoussée, le Christ se retrouve sur la croix et peut dire avant de mourir : Tout est accompli ! Dans la morale catholique être tenté ce n’est pas un péché, cela fait partie de notre condition humaine, comme avoir des « pulsions sexuelles »[47]. Ce qui constitue le péché, c’est de consentir et de succomber à la tentation, ce que ne fait pas le Christ de Scorsese, vrai Dieu et vrai homme. A la question de la dernière tentation est liée la question du sens du sacrifice du Christ sur la croix. C’est la question posée par Judas à Jésus : « Qu’est-ce que ta mort va bien pouvoir nous rapporter ? » Et Scorsese de commenter : « Judas parle pour chacun d’entre nous. Que signifie ce sacrifice au bout du compte ? Ce sont des questions sur lesquelles il m’a été tout simplement délicieux de travailler – c’est le seul mot qui me vienne à l’esprit[48] ». Une autre caractéristique du film est la place particulière tenue par l’apôtre Judas. Il apparaît dès le début, se mettant en colère contre Jésus, parce que ce dernier, en tant que charpentier, fabrique des croix que les romains utiliseront pour crucifier des juifs.

Notons que certains vitraux ou certaines peintures de nos églises représentent l’enfant Jésus dans l’atelier de Joseph en train de fabriquer une croix. Ce qui est pure imagination par rapport au texte des évangiles canoniques. Bref Judas est présenté comme un zélote, un juif qui veut renverser le pouvoir romain par la force de la foi. Il va devenir au fur et à mesure du récit l’un des meilleurs amis de Jésus. Le traitre devient le « personnage clé » qui permet au Christ d’accomplir son sacrifice : « Judas, lui, a écopé du rôle de bouc émissaire. Il est le seul en qui Jésus puisse avoir confiance, alors c’est lui qui doit trahir Jésus, et lui faire comprendre que lui, Judas, sera maudit jusqu’à la fin des temps et considéré comme le pire des hommes[49]». En reprenant Kazantzakis Scorsese réinterprète positivement la figure de Judas. C’est une tendance de la culture contemporaine. En 1978 on a découvert dans le désert égyptien l’évangile apocryphe de Judas. Contrairement à ce que beaucoup ont d’abord pensé, cet évangile ne donne pas forcément une image positive de l’apôtre[50]. Toujours est-il, pour ne citer qu’un seul exemple, qu’Eric-Emmanuel Schmitt a repris dans son roman L’Evangile selon Pilate (2000) la même thèse à propos de Judas : « Il (Judas) avait saisi l’ampleur du sacrifice que je lui demandais. Il devait me vendre. Je soutins son regard pour lui faire comprendre que je ne pouvais demander qu’à lui, le disciple préféré, ce sacrifice qui précéderait le mien. […] Je le regardai dans les yeux et je lui dis, avec autant d’affection que je le pouvais : ‘Merci’[51] ». A côté du personnage de Judas Jean le baptiste et Marie-Madeleine tiennent aussi une place importante dans le film. Scorsese avoue aussi s’être intéressé à la difficile question de « la genèse des Evangiles », donc des sources de la révélation chrétienne et du canon des Ecritures : « La vérité, c’est qu’ils ont choisi les livres qui allaient rester[52] et ceux qui devaient disparaître[53]. Pourquoi ces livres ont-ils été écrits ? Pourquoi certains livres sont-ils dans le Nouveau Testament, et d’autre pas ?[54] ».


 

 

[1] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 22.
[2] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 40.
[3] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 52.
[4] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 50.
[5] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 42.
[6] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 342.
[7] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 99 et 105.
[8] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 574.
[9] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 235.
[10]  Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 234.
[11] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 95.
[12] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 59.
[13] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 268.
[14] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 125 et 568.
[15] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 463 et 579.
[16] http://fr.wikipedia.org/wiki/Alfred_Hitchcock
[17] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 58.123.577 et 580.
[18] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 577.
[19] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 578.
[20] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 580.
[21]  Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 26.
[22] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 53.
[23] Il affirme à propos du film qu’il pouvait constituer « une sorte d’expérience religieuse ou spirituelle pour certains spectateurs » (p.334).
[24] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 560.561 et 579.
[25] C’est l’archevêque Paul Moore, de l’Eglise épiscopale, qui a donné ce livre à Scorsese.
[26] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 230.
[27] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 258.
[28] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 276.
[29] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 275.
[30] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 277.
[31] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 268.
[32] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 266.
[33] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 279.
[34] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 266 et 267.
[35] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 333.
[36] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 340.
[37] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 274.
[38] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 274 et 276.
[39] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 272.
[40] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 277.
[41] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 279.
[42] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 280 et 281.
[43] Par exemple sur CINECRI : http://cinecri.artblog.fr/r7198/Retro/11/ ou sur Film de culte : http://archive.filmdeculte.com/culte/culte.php?id=66
[44] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 278.
[45] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 278
[46] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 268.
[47] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 277.
[48] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 269.
[49] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 270.
[50] http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89vangile_de_Judas
[51] Eric-Emmanuel Schmitt ; L’Evangile selon Pilate ; Albin Michel, p. 105.106. Voir aussi p.74.
[52] Les 4 Evangiles dits canoniques parce que insérés dans la Bible.
[53] Les Evangiles dits apocryphes parmi lesquels il y a l’Evangile de Judas.
[54] Richard Schickel ; Conversations avec Martin Scorsese ; Sonatine, 2011 ; p. 277.

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