Culturopoing aura mis un peu de temps mais il n’était pas question de ne pas lui rendre un discret mais tenace hommage (en forme de coussin péteur installé sur un siège de l’église lors de ses funérailles).

 

 A l’annonce de sa mort le premier réflexe fut en effet d’avoir envie de chanter du Nicoletta.

” Il est mort

Il est mort le pouët “

Personnage croquignolet et truculent de la petite lucarne télévisuelle (du genre les Jeux de 20h, La  Classe sans doute et d’autres) comme du théâtre de boulevard son parcours mérite tout de même d’être esquissé voire (petitement, faut quand même pas déconner ce n’était pas Lolo Terzieff) défendu. Car le personnage abonné aux opérettes (sic), aux comédies de boulevard (mouais) fut aussi le fidèle compagnon d’un théâtre plus exigeant avec des participations à certaines productions de Ubu Roi, Pygmalion ou encore le Barbier de Séville. Vous allez me dire que ca ne fait pas beaucoup en plus de 40 ans de carrière et vous aurez raison (ah on peut aussi évoquer ses nombreux rôles dans plusieurs pièces de Molière ouf).

Passons au cinéma alors ?

Au cinéma Pierre Doris donne l’impression d’avoir accepté systématiquement les rôles refusés par le Michel Galabru de la grande époque , celle de la comédie franchouillarde tendance nanarde. Des noms ? Vous y tenez vraiment ?  Disons qu’il fut associé au meilleur de cette “scène” qui consterne depuis des milliers de cinéphiles (mais fait le bonheur de RTL 9) avec des rôles dans des films de Philippe Clair, le Steven Spielberg de cette génération tenait là son Harrison Ford, pour “Déclic et des claques” mais de Max Pecas et son mythique “On n’est pas sorti de l’auberge” introducing le couple fatal Jean Lefebvre/Bernadette Laffont, mais également “On l’appelle catastrophe” de Richard Balducci ou encore “Ca va faire mal” de l’érotomane Jean-François Davy

Bref comme le disait le titre d’un autre de ces films auxquels l’ami Pierre prêta bonhommie et rondouillarde gaudriole: “Si vous n’aimez pas ça, n’en dégoûtez pas les autres”  (Raymond Lewin, 1978). On concluera cet discrète évocation en disant que  l’un de ses premiers rôles au cinéma fut dans “Le triporteur” de Jack Pinoteau en 1957. Un chemin tout tracé.

Son meilleur rôle de cette navrante période est sans l’ombre d’un doute celui du sélectionneur de l’équipe de France de football (en fait l’armée française dans le film mais chut) finement cintré dans un ensemble discret képi+débardeur kaki sur son short couleur sable et ses crampons de 18, et qui éructe ses consignes à travers un mégaphone vintage ses consignes au trio Anelka/Henry/Ribery de l’époque (soit donc Patrick Topaloff, Luis Rego et Maurice Risch). Le film s’appelle “Le Führer en folie”, il est de Philippe Clair, il ne se raconte pas, il se vit.

 

Il joua sinon le rôle de Berurier dans une adaptation bancale des oeuvres de San Antonio réalisée en 1980 par le trop méconnu Joël Séria avant de venir saloper le méprisable “Les rois du gag” de Claude Zidi (le Gérard Oury du pauvre). Notons tout de même que le film suivant qu’il honora de sa présence est “Dressage” de Pierre Reinhard, une comédie érotique. tendance fin de soirée sur M6 le dimanche (ou Direct 8 en acces prime time  le mardi au choix). Pas mal comme grand écart ! Sa dernière apparition au cinéma fut dans “Outremer” de Brigitte Rouan ce qui sauve l’honneur (soit précisément ce qu’il reste quand tout est perdu) d’une carrière cinématographique en mode farces et attrapes .

Redorons tout de même son blason (et validons ainsi cet article) en relevant sa présence dans le film de 1968 “La Permission” de Melvin Van Peebles alors en “exil” du côté de l’hexagone. Les deux comparses se retrouveront d’ailleurs devant la caméra de Pierre Grimblat pour son mémorable “Slogan” avec le couple Gainsbourg/Birkin. Ce Michel Galabru du pauvre eut son “Juge et l’assassin” à lui avec le feuilleton télévisé réalisé par Maurice Pialat en 1970, La Maison des bois, le premier rôle qui plus est de ses sept épisodes de l’une des plus belles oeuvres du réalisateur, l’une des plus “sereines” aussi.

Pour ce qui est du film de Melvin van Peebles il est sans doute exagéré de voir en Pierre Doris un citoyen de son temps tout imprégné du combat mené par le grand Melvin pour un black power de masse et une égalité civique de bon aloi. La notion de “Travail au black power” ou de simple job alimentaire reste la piste la plus sérieuse quand à une meilleur appréhenson du mariage de la carpe poitevine et du chaud lapin américain. N’empêche que ca pète bien  sur un CV et que ca évite au condamné la peine capitale pour la commuer en réclusion criminelle à perpétuité dans des sous-films de genre.

Mais Pierre Doris en-dehors des prestations scéniques ou cinématographiques, c’était surtout le tenant d’une veine féroce de l’humour, un humour noir à la papa si l’on veut que des gens comme Coluche et Pierre Desproges (même si pour lui il convient de citer l’écrivain Alexandre Vialatte Ajoutons pour l’anecdote que l’animateur téléradio Laurent Ruquier le cite toujours comme sa première et principale influence.

Que cela soit dans les cabarets parisiens, dans certaines échoppes lettrées (“Histoires méchantes” par exemple, en vente dans les meilleurs rayons Littérature de chez Emmaüs) ou bien encore sur 45T (le superbe “J’ai pas eu peur” par exemple autour d’un ado frondeur qui brave le martinet mais encore ses adaptations “twist” (sic) des contes de Perrault) il se fît ainsi une place toute modeste mais reconnue (du moins sur les marchés et dans certains bistrots) du paysage populaire français.

Pierre Doris, de son vrai nom Pierre Tugot, allait avoir 90 ans.

  

A propos de Bruno Piszorowicz

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