Génération 90 est sorti aux Etats-Unis le 18 février 1994. Ecrit par la néophyte et “one script wonder” Helen Childress, le film se voulait clairement le portrait d’une génération (comme le titre français n’en fait pas mystère), la fameuse Génération X, assez vaste puisqu’englobant les personnes nées dans les années 60 et 70. En l’occurrence, ici, plutôt celles nées au début des années 70, peu en phase avec la transformation yuppie de l’Amérique reagano-bushienne (père) et ayant du mal à s’y faire leur place, à supposer qu’elles l’aient même seulement vraiment voulu. Le symbole (malgré lui ? on ne le saura jamais vraiment) en était évidemment Kurt Cobain, dont un coup de fusil bien placé abrégea les affres métaphysiques moins de deux mois après la sortie du film. Reality Bites, indeed, pour en reprendre le titre original…

Voir ou revoir ce film aujourd’hui provoque forcément un sentiment assez étrange.
Au-delà de sa troublante proximité temporelle avec la mort de celui qui, comme d’autres musiciens “indie rock” (dont Evan Dando, qui fait un caméo rigolo dans le générique de fin), a forcément inspiré en partie le personnage de Troy Dyer (interprété par Ethan Hawke), Génération 90 étonne surtout en tant que premier film du réalisateur Ben Stiller.
Quand on connaît Zoolander, Tonnerre sous les Tropiques ou même Disjoncté (film charnière de sa filmographie à bien des égards), il est certain que ce premier opus a de quoi surprendre. Alors comédien à la notoriété encore hasardeuse (il était surtout connu dans les milieux de la télé), il est probable que Stiller se cherchait aussi en tant que cinéaste naissant, aussi bien dans son style que dans ses thèmes. Faisant lui-même partie de cette fameuse Génération X (né en 65, quelle belle année !), on peut supposer que Stiller s’est senti concerné par le sujet, particulièrement par le personnage principal, Lelaina Pierce (Winona Ryder), aspirante cinéaste. Terriblement premier degré, intimiste, assez feutrée, sa mise en scène demeure plutôt impersonnelle mais pas dénuée d’une certaine élégance. Le propos reste assez convenu dans son opposition “manichéenne mais, au final, pas tant que ça” entre les aspirants artistes idéalistes (petit groupe comprenant aussi le “pédé de service” et une serial fuckeuse) et les jeunes yuppies pas trop scrupuleux (personnifiés par Stiller lui-même, rétrospectivement étonnant en minet toujours propre sur lui).

Ethan Hawke et Winona Ryder dans "Génération 90"

Ethan Hawke et Winona Ryder

Le film devient plus pertinent sur la fin, à la fois quand il met enfin le couple contrarié Ryder / Hawke à l’épreuve du passage à l’acte et surtout quand, l’espace d’une courte scène bien vue, il se paye les grosses ficelles de montage de la “real TV” naissante (l’émission de MTV The Real World, celle par qui tout est arrivé dans ce domaine, était alors à l’antenne depuis à peine un an et demi). Il est néanmoins ironique de constater qu’un film se voulant en façade si “critique” vis-à-vis de  la société de consommation et épousant clairement le point de vue de ses personnages contestataires (soft, la contestation, hein…) soit lui-même autant truffé de marques et de logos (particulièrement Gap, dont le nom fut, il est vrai, inspiré par le fossé des générations, dont le film est à sa façon aussi une illustration).

Au-delà de documenter les débuts d’un comédien-réalisateur qu’on aime particulièrement (la sortie du Greenberg de Noah Baumbach, c’est dans quelques jours, chic !), Génération 90 a comme autre intérêt celui de nous parler d’une époque où Winona Ryder était probablement la plus belle (jeune) femme du monde.
Le film est une telle ode à son charme que l’on soupçonne fort Ben Stiller d’y avoir lui-même succombé (à l’instar de son personnage), ne serait-ce que fantasmatiquement… Winona y est d’ailleurs excellente actrice (comme tous ses partenaires) et nous fait amèrement regretter que sa carrière (sa vie, aussi ?) ait si tristement tourné depuis une dizaine d’années…

A propos de Cyril COSSARDEAUX

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