Léa Viana Ferreira – « On joue à cache-cache ? » (CotCotCot Editions)

Ce n’est pas si souvent qu’on a la joie de découvrir des albums jeunesse entièrement peints à la main. Avec son premier album publié (?), Léa Viana Ferreira nous gâte. Quelle peinture !  Léa Viana Ferreira est une coloriste, c’est immédiatement ce qui saute au yeux. Elle rend hommage à la nature avec une gourmandise joyeuse. On s’immerge dans ses feuillages luxuriants qui semblent pousser sous nos pieds et nous caresser le dos.

Avec « On joue à cache-cache », l’artiste nous raconte, bien davantage avec la couleur qu’avec des mots, une partie de campagne entre cousins, cousines, frères, soeurs ou amis. Ce qui compte, c’est l’occupation de la journée par le jeu, au milieu de la lumière d’une journée ensoleillée, dans la douceur d’une enfance encombrée d’aucun souci, aucune contrainte. Une journée qui se transformera en beau souvenir d’enfance. C’était l’époque du « bon temps », et bien évidemment on ne le savait pas. Les mots dans cet album ont peu de place. Peut-être parce que ce qui laisse une forte empreinte dans la mémoire, c’est plutôt les odeurs, les couleurs, les ambiances, les émotions, les sensations ? La mise en mots du souvenir d’enfance et sa cohorte de détails s’active plus tard, à l’âge adulte. Elle surgit quand le besoin d’en rendre compte – au moins à soi-même – se fait sentir.

Chez cette artiste si radicalement coloriste, la touche est aussi vive que subtile. Elle a emprunté à l’impressionnisme le mystère de la lumière, aux fauves celui de la couleur, aux nabis le secret des formes cloisonnées. La création de personnages réalisés comme au pochoir crée un drôle de contraste, comme un hiatus. Comme si elle avait souhaité que les personnages ne se perdent pas dans le paysage, ou que le lecteur ne les perde pas de vue. Mais pourquoi n’auraient-il pas le droit de se perdre dans la nature, de s’y fondre, même ? Pourquoi n’auraient-ils pas le droit d’être peints comme un bouquet de fleurs sauvages, une flaque de lumière sur l’eau, un voile de coton s’envolant au vent ? C’est qu’ici il est ici question d’album illustré pour la jeunesse, on y trouve donc son compte. Même que ces silhouettes en à-plats donnent un beau rythme à l’ensemble des planches. Elles dynamisent le mouvement, rendent compte de l’activité du jeu et de ses déplacements. Le mariage de la manière impressionniste et du contours cloisonné est une surprise, un parti-pris malicieux. Il nous reste à saluer la très inspirée maison d’éditions CotCotCot, qui a vraiment le talent de débusquer des artistes de qualité. (PV)

 

 

Sophie Caironi – « Petite femme » (CotCotCot Editions)

Ce qui fait que je ne résiste pas à prendre ce petit album en main, c’est probablement, pour commencer, l’harmonie colorée de la couverture. Une harmonie si équilibrée que la douceur qui s’en dégage fait du bien tout de suite. Le désir d’entrer dans l’intimité de cette douceur est immédiat, j’ai envie de savoir de quoi elle est faite, et comprendre pourquoi elle fait du bien.

17 x 22,8 cm, c’est sa taille, elle semble parfaite. 248g, c’est son poids, il est idéal. Une demi-livre pour un livre, c’est amusant. C’est la taille et le poids d’une harmonie colorée, d’une douceur, d’une intimité singulière.

J’ouvre l’album cartonné, délicatement soyeux, magnifiquement imprimé, et là je comprends : le petit livre doux est l’écrin d’une femme. Une femme qui a perdu quelque chose, qui cherche, questionne, rêve, s’entête. Le bleu cohabite avec le rouge, c’est presque une gageure. C’est la ponctuation du blanc, en même temps que les déclinaisons chromatiques du rouge et du bleu, qui permettent l’équilibre.

Je me dis « tiens, une ambiance poétique à la Anne Herbauts, du temps de « De temps en temps » ou bien de « Cardiogramme » ? Non, non, pas vraiment, l’écriture n’y est pas. Alors plutôt un climat entre Mélanie Rutten et Kitty Crowther, baigné de nature ? Un peu davantage, peut-être. Je cherche des points de repères pour mieux exprimer mon ressenti. Mais il n’empêche que Sophie Caironi est Sophie Caironi, et qu’elle a trouvé son identité à elle. Oui, elle est belge elle aussi. Ce n’est pas si surprenant, car évidemment que la tonalité d’une démarche artistique peut avoir un air de famille d’un artiste à un autre, né dans un même pays, ayant étudié dans une même école. Evidemment qu’une époque a elle aussi son identité particulière, parfois très reconnaissable.

Aujourd’hui, l’illustration au crayon de couleur mâtinée de gouache ou d’aquarelle est une signature en soi. Elle est politique (c’est mon avis tout personnel – qui n’est donc pas une vérité absolue) ; je la ressens comme une forme de résistance d’artiste, une insistance à continuer à dessiner avec la main directement sur le papier, plutôt qu’utiliser le numérique. Une résistance peut-être inconsciente. Une résistance d’artiste engagé, désireux de transmettre son savoir et ses émotions. Le métier d’illustrateur est un artisanat. Il rejoint parfois le travail du peintre. Le métier d’illustrateur est un art, quand il est habité.

Cet album est le premier de Sophie Caironi. Je lui souhaite une longue et belle route. (PV)

 

 

Eli Hovdenak / Aude Pasquier (trad.) –  » La chose  » (La joie de lire)

Un matin comme un autre Bertil et Bettina, deux drôles de canard à casquette, trouvent une chose. Enfin, une chose : un truc, rond, au fond d’un bois, un objet, un machin dont on ne sait pas trop ce que ça peut être mais qui suscite immédiatement chez eux fascination. Si Bertil le rêveur imagine immédiatement qu’il s’agit d’une mini planète et veut la ramener chez eux, Bettina, plus craintive, se met à s’inquiéter : et si la chose venait à être une bombe et à exploser en détruisant tout être vivant ?

Disons le tout de go : c’est à un petit bijou de rêverie que nous invite l’excellent éditeur La Joie de Lire, grâce au travail d’Eli Hovdenak, artiste norvégienne. Car si dans un premier temps, à travers les aquarelles tendres et baveuses semble se profiler une belle balade en absurdie (les deux canards jouant de précaution pour voir comment se débarrasser de la chose, l’interrogeant, y jouant à papa-maman, etc.), très vite, sans se départir de sa bizarrerie douce, le récit semble se creuser : et si la chose n’était que la métaphore du soin ? de la responsabilité ?

Mais de la responsabilité de quoi : d’un enfant, d’une planète, du vivant ? Et quelle forme de responsabilité, quand elle suscite autant passion (il faut les voir si heureux avec leur landau ou préparant l’emmaillotage de la boule) que crainte profonde et quasi divine (Bettina, dont la peur finit par contaminer les actes du récit) ?

Une arche de Noé passe au fond, un oiseau gigantesque vole en haut de la page, des anglais à casquette adorent jeter des choses, la mer hésite entre tombeau et poubelle, la chose entre œuf et monde, le récit entre conte et fable…

La force de cette traversée, c’est de justement ne jamais totalement répondre à ses propres pistes, creusant page à page un univers doux d’une profondeur impressionnante, préférant au didactisme le soin de laisser à chacun, petit ou grand, d’y observer l’allégorie qu’il voudra, célébrant tout simplement le Vivant. Chapeau. (JNS)

 

 

Robert Graves et Maurice Sendak – « Le grand livre vert » (MeMo)

Memo poursuit sa réédition des œuvres de Maurice Sendak avec Le Grand livre vert, collaboration avec le poète et romancier Robert Graves (1895-1995). Comme toujours dans l’univers de Sendak, dans la douceur du trait sommeille l’impertinence, avec des enfants espiègles – parfois capricieux, au regard moqueur, dont les adultes devraient tirer des leçons plutôt que d’être tentés de les punir. Ils se refusent à se soumettre, à se voir mener à la baguette, laissant des tuteurs un peu désemparés avec leur regard un peu vide, mis un peu face avec leur conformisme.

L’argument est simple : Jack est un orphelin dont s’occupent son oncle et sa tante… et qu’il ne semble guère apprécier. Graves, dès l’ouverture, déstabilise quelque peu en observant la perception enfantine, comme si notre maturité de lecteur incitait à s’en méfier un minimum. « L’oncle et la tante n’étaient pas très gentils avec lui. Ce que Jack détestait par-dessus tout, c’était que l’oncle et la tante l’emmènent faire de belles, de longues promenades à travers champ au lieu de le laisser sortir tout seul avec le chien ». En effet, qui pourrait refuser une belle promenade en pleine nature ? Notre réaction spontanée appartient à notre âge, et ce que met en relief le monde de Sendak / Graves c’est, avec un humour fou et doux loin des normes, ce fossé qui sépare le monde de l’enfant et celui des grandes personnes.

La beauté du Grand livre vert tient dans la fuite des règles éducatives traditionnelles au profit de la fantaisie et de l’imagination. On peut supposer qu’à l’époque de Sendak la nécessité de s’adapter aux aspirations enfantines était moins d’actualité, les parents imposant à l’enfant leur emploi du temps sans douter un seul instant du plaisir qu’il pourrait y prendre. Il y a sans doute une certaine irrévérence à représenter ce couple guindé aux allures aristocratiques costume-moustache-chapeau allant faire sa promenade dominicale dans son somptueux domaine. Et un plaisir à enrayer la mécanique éprouvée en envoyant tout valser. La découverte du livre vert dans un grenier permet probablement autant à Graves et Sendak qu’à Jack d’exaucer les souhaits et de casser un protocole également social. Déguisé en vieillard en haillons (le choix d’un habit du pauvre n’est pas anodin), il va les entrainer dans les sortilèges d’un jeu de cartes qui leur fait perdre leur argent, puis leur maison. Bien entendu à l’issue de la fable, Jack redeviendra Jack mais il aura bel et bien redistribué les cartes et redéfini les règles éducatives. On pourrait considérer qu’il a matière à édicter ses caprices, mais Jack n’est pas si bête et utilise ses pouvoirs intelligemment. Il est évident que Graves et Sendak évoquent surtout le pouvoir magique du livre, de la jugeote à faire avancer les choses, à démolir les habitudes archaïques et les préjugés. Le dessin est évidemment à la fois désopilant et attendrissant, entre satire et poésie. On jubile à observer les métamorphoses de Jack, à regarder les têtes ébahies et perdues de son oncle et tante ou encore cet énorme chien grand chasseur de lapins qui en un tour de magie se retrouve terrorisé et poursuivi par ceux dont le destin originel était de finir en civet.

Encore un petit joyau de la collection « Les trésors de Sendak ». On attend la suite. (OR)

 

 

Crockett Johnson  – « Harold et le crayon violet » (MeMo)

Suivez le trait ! Cultes depuis 1955, les aventures d’Harold n’ont cessé de faire des émules jusqu’à avoir influencé Les Simpson. Véritables classiques des albums jeunesse, elles continuent d’être lues et admirées, pour leur simplicité narrative et graphique qui reprend au fil des albums le même principe de la page vierge qu’Harold vient remplir avec son crayon. Il en publiera six autres jusqu’en 1963. Ce gamin rêveur qui construit son monde par ses rêves dessinés qui pourrait autant rappeler les petits garçons de Sendak que le Nemo de McCay, est né sous la plume de Crokett Johnson, illustrateur d’origine irlandaise qui émigra rapidement aux Etats-Unis. S’il est extrêmement proche de Maurice Sendak, c’est qu’il épousa Ruth Krauss, l’une des plus fidèles collaboratrices de Maurice Sendak.

Le petit Harold devrait probablement aller dormir mais il a tellement envie d’aller se promener au clair de lune. Dans un gigantesque espace vide, se tient ce petit bambin à peine en âge de marcher (il a un peu la taille du Baby Hermann de Roger Rabbit), en grenouillère, d’où émerge sa petite tête sans cheveux. Pas de lune pour sa balade noctambule. Qu’à cela ne tienne, Harold a un crayon pour la dessiner et poursuivre la promenade au gré de ses désirs, c’est-à-dire de ses dessins, construisant par le trait tous les lieux dans lesquels il aurait aimé déambuler, les éléments qu’il aimerait voir. Existent-ils ou non ? Qu’importe, ils existeront ! Comme Harold, Crockett Johnson ne lâche pas la ligne, la tire de page en page, élaborant le monde voulu par son petit héros au fil de l’inspiration. L’imaginaire d’Harold se déploie donc sous ses yeux et les nôtres, improvisant les décors stylisés et géométriques… ceux d’un petit gars de trois ans. Le dessin imite ouvertement le trait naïf des premiers dessins, comme si la fertilité du rêve commençait toujours par un merveilleux gribouillis, à l’image de cet embrouillamini qui ouvre l’œuvre, telle une pelote de laine emmêlée. Bateau en moins de 10 traits (une barque et une voile), arbres touffus, animaux rigolos, ou immeubles en grands rectangles, avec de petits carrés percés d’une croix en guise de fenêtre : Harold et le crayon violet est d’une simplicité où l’épure traduit une forme de radicalisme graphique d’une poésie folle. On soupçonne Harold de n’être jamais sorti de sa chambre, et même d’avoir conçu cette promenade sur les murs de sa chambre badigeonnés de craie ; ses parents seront sans doute moins satisfaits du résultat que le lecteur ravi.

A moins qu’il ait tout rêvé. D’ailleurs, parfois, lorsqu’Harold ne retrouve plus son chemin, pris au jeu de sa propre créativité, qu’il monte un peu trop haut sur son trait et chute dans le vide, Harold et le crayon violet laisse sourdre une angoisse, pas celle d’un monstrueux cauchemar, mais la blancheur envahissante de la page a quelque chose d’un peu oppressant. Il lui suffira alors de dessiner une fenêtre de l’intérieur, une fenêtre réconfortante de laquelle on aperçoit la lune pour qu’il se retrouve dans son lit douillet, après l’avoir à nouveau esquissé de l’épaisseur de son crayon violet. Avec Crockett Johnson, tout est possible car tout peut être dessiné. (OR)

 

 

Espen Dekko / Mari Kanstad Johnsen / Jean-Baptiste Coursaud (traduction) – « Edouard et Patoune » (Albin Michel Jeunesse)

Patoune est un grand et vieux chien qui a eu la chance de vivre sa vie auprès du jeune Edouard. Une vie heureuse et remplie de petits événements quotidiens réjouissants. Aujourd’hui, ces événements sont devenus pour lui des souvenirs. Patoune n’a plus l’énergie de sa jeunesse, alors il passe désormais son temps à se les rappeler.

« Il rêve de lapins.
Autrefois, il courait après eux.
Aujourd’hui, il rêve d’eux. »

 

A mesure qu’on tourne les pages, on découvre comment l’âge de Patoune change sa vie, et comment il « fait avec ». On découvre aussi comment Edouard est un compagnon attentif et plein de bonne volonté, mais pas toujours conscient du grand âge de Patoune, ou plus exactement pas toujours conscient de ce que son grand âge a pour conséquence sur le corps et les activités du chien. On s’aperçoit que c’est plutôt l’animal qui prend soin de l’enfant. Comme un grand-parent prend soin de son petit-fils, avec toute l’expérience acquise par son âge.

Le temps qui passe, le soin à l’autre, c’est ce que l’album norvégien, au dessin libre et décomplexé, tente de transmettre au jeune lecteur, petit à petit, tout doucement. La vie de chaque jour est celle des petits, des grands et des anciens, ensemble. C’est ainsi que va le monde. Il est donc important que l’apprentissage du temps qui passe sur les corps, l’apprentissage du soin, l’apprentissage de la mort, de la perte, de l’absence, se fasse.

Ici, on espère que le suggéré et la métaphore suffisent pour transmettre l’apprentissage . On espère que cela opère tout seul. En effet, dans l’album, les mots « vieillesse », « mort », « chagrin » n’existent pas. Ils ne sont pas écrits.

Ici, on « s’endort juste tout à fait ».

Décidément, on n’ose plus rien nommer par son nom. Pourquoi… parce que cela ferait peur ? Pourtant, à force de ne plus rien nommer, on peut finir par s’y perdre et ne plus rien reconnaître. La confusion peut surgir à la moindre occasion, et faire peur pour de bon. Les non-dits sont un manque et une souffrance. On sait pourtant bien que ce qui n’est pas mis en mots n’existe pas. Cet album ne déroge pas à la récente règle sociale des mots tus sur l’essentiel – des mots tus aux enfants.

Il revient donc à l’enfant de deviner la réalité, ou de la contourner, ou encore de la fantasmer. Ce qui s’avère être le plus gros des problèmes. (PV)

 

 

Claire Lecoeuvre / Marta Orzel – « Etonnants êtres vivants » (Amaterra)

Comment se nourrir, survivre, se reproduire, communiquer, apprendre…

Dans ce très élégant album documentaire cartonné de 70 pages, on apprend la vie, et les mots de la vie.

« Aujourd’hui, on dit qu’un être est vivant s’il naît, se nourrit, grandit, interagit avec son environnement, se reproduit puis meurt. »

 

On apprend qui étaient les premiers êtres vivants, quand ils ont vécu. On apprend surtout l’extraordinaire diversité de la vie, son inventivité, de la plante-gourde de Raffles, mangeuse d’insectes, au poisson qui ressemble comme deux gouttes d’eau aux rochers, en passant par le poulpe mimétique pouvant imiter plus de quinze espèces différentes, et le maïs qui émet des appels au secours, etc.

Les chapitres donneront une idée du contenu du précieux album documentaire :

1) Comment se nourrir

2) Comment sauver sa peau

3) Comment séduire et avoir des petits

4) Comment communiquer

5) Comment apprendre

On apprend en peu de temps une quantité de choses extraordinaires en lisant les textes courts et précis. On apprend encore plus en observant les dessins très expressifs. A la fin, le monde dans lequel nous vivons paraît encore plus merveilleux. Ce qui conduit le lecteur à désirer en prendre soin davantage, et l’aimer mieux. Un album documentaire indispensable à la maison comme à l’école. (PV)

 

 

Zoey Abbott / Maëlle Goldstain (traduction) – « Cochon, cheval et le truc qui fait peur » (Albin Michel Jeunesse)

C’est l’histoire d’un cochon qui a un truc « qui fait peur » dans la tête. Alors il va voir son copain Cheval pour lui en parler. Celui-ci lui propose une promenade, pour promener en même temps le Cochon et le « truc dans la tête ». Mais comme ça ne marche pas, et que le « truc qui fait peur » est toujours là, dans la tête, Cheval propose d’autres sorties et d’autres activités. Pour finalement avoir recours à un subterfuge plus subtil, une sorte d’invitation du « mal » à un goûter, en recréant un cadre propice susceptible de le faire apparaître au grand jour.

La souffrance psychique abordée de manière décalée dans un album jeunesse est souvent créative. Ici, la métaphore est très compréhensible. On sait d’emblée que Cheval est le psychiatre ou le psychothérapeute de Cochon. On comprend aussi que la méthode, c’est l’expression (la mise en mots), la formulation (la manière de dire), la circonscription, et l’affrontement. Un affrontement par les mots, exclusivement. Il n’en existe pas d’autres formes d’affrontement qui soigne. Il faut tâcher de définir et de nommer ce qu’est le « truc ». Comme on fait en psychanalyse pour débusquer le problème inconscient qui se manifeste par un symptôme.

On suit les aventures des deux personnages avec une certaine curiosité. Les dessins sont réalisés au crayon de couleur et à la gouache, ils sont simples, dans un style bd très scolaire, peu soucieux d’être virtuoses ou beaux. Ils sont juste au service de l’efficacité du déroulement et de la compréhension de l’histoire.

Un album généreux qui pourra être une aide à qui voudra bien voir par ici une porte ouverte, une main tendue vers le soin. (PV)

 

 

Gilles Baume / Amandine Piu – « Rue de La Peur » (Amaterra)

« Parfois l’enfer mène au Paradis »… On dit souvent que les enfants adorent avoir peur, quand ils se savent en sécurité. Voilà un bel exemple de l’exploration de la peur par petite fille avec son papy original « qui n’a peur de rien ni de personne ».

On commence par regarder ce très bel album cartonné avec surprise, comme on regarde une sculpture  protéiforme. Très vite on s’aperçoit qu’il s’y passe des choses extraordinaires et tout à fait inattendues. On entre dans une rue en relief, et on passe devant des maisons étranges. Chaque façade montre une porte fermée, verrouillée, chacune à sa manière. Le plus souvent, il y a plusieurs ouvertures. Sans grande difficulté, on trouve les encoches par où soulever les découpes en carton, pour ouvrir. Et ô surprise, on découvre un bout du monstre qui se cache « derrière » la porte. Un aperçu très inquiétant ! C’est du pop up mystérieux ! Ca fait un peu peur, mais si la peur est trop forte, on referme les entrées en carton. Au bout de la rue et du spectacle des huit portes, on rejoint le papy qui n’a peur de rien. C’est alors qu’on retourne le livre et là… on découvre avec lui l’envers du décor.

Et c’est drôle et inattendu !

Un album beau et ingénieux, aux illustrations contrastées qui recèle mille et un secrets et surprises. A lire et relire ! Ce livre est comme une maison à emporter dans son lit, il s’ouvre et se ferme grâce à une fermeture magnétique. A chaque lecture, il est évident qu’on devient plus courageux et forcément plus curieux ! (PV)

 

Et aussi…

 

Simon Priem et Henri Meunier – « La chaussette de Josette » (Editions Sarbacane)

Il était une fois en hiver (non, en été), un escargot qui faisait du vélo (non, une poule en trottinette), qui s’appelait Maurice (pas de bol, c’est Josette).

C’est peu dire que la voix off déraille, dans cet amusant ouvrage écrit par Simon Priem et mis en image par Henri Meunier, tout juste sorti chez Sarbacane, qui se joue d’une dialectique et d’un hiatus perpétuel entre la narration et ses personnages, dans un petit théâtre d’absurde lancé à pleine vitesse de trottinette.

Bien sûr, le procédé est connu, et il est de toute manière extrêmement stimulant en venant titiller le rapport au narratif et à la toute-puissance du narrateur, même pour des petits enfants, mais il fonctionne ici à plein, par sa réinvention au mitan d’un récit dont on laissera la surprise finale, qui se met brutalement à troquer le jeu de pouvoir pour un travail de mise en abyme (le réel du récit se révélant finalement fictionnel mais chutttt) aussi surprenant qu’hilarant. (JNS)

 

Smriti Halls et Steve Small – « Super Bande de Potes » (Editions Sarbacane)

C’est l’histoire d’une poule. Non mais une vraie poule cette fois-ci. Elle adore la musique et elle aimerait bien faire partie de la bande de Ours et Ecureuil… qui n’en veulent pas.

Vexée, elle décide de répondre à une petite annonce qui lui ouvrira les portes de l’amitié… des loups affamés. Heureusement que par pur hasard Ours et Ecureuil passaient dans le coin, et décident, il faut pas charrier, que c’est LEUR poule.

Et dans une danse mêlée de chants, tous trois se mettent à accorder leurs violons.

Si cet éloge de l’amitié et de l’union qui fait la force semble un peu cousu de fils blancs et qu’on y regrette l’absence de toute surprise, la forçant à se réserver aux plus petits, elle suscite malgré tout une sympathie tendre par ses dessins tout doux, son rythme amusé et chantant et son ode à la joie. (JNS)

 

 

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A propos de Pierre Vax

A propos de Olivier ROSSIGNOT

A propos de Jean-Nicolas Schoeser

1 comment

  1. Les affiches de Coralie

    Bonjour,
    Merci beaucoup pour cet article qui nous partage de magnifiques livres pour enfants.
    Coralie F.

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