"V.", m.e.s de Claude Guerre à la Maison de la Poésie

À ceux qui pensent que la poésie est un art ennuyeux, Claude Guerre parfait son art de la transmission sans fausse note, lançant une ouverture vers le mot. Sa mise en scène sauvage du poème V. hisse cette pièce à la hauteur des meilleures performances rock de l’année, dans une commémoration facétieuse et outrageuse.

« Pourquoi les mots sont là ? »

Toni Harrison, poète punk des années thatchériennes, embrun élégant de Bukowski et Joyce réunis, gueule sa colère contre le « United kingdom », dans un texte léché, éclatant les carcans d’une structure poétique manichéenne sous une pluie de mots orduriers… Un texte scandale, qui l’érigea au statut d’auteur maudit dans un pays ironiquement pudibond.

Écrits SKIN(zo)phréniques et jeux syllabiques :EN-CUL-V, CON et PISSE.

Prolétaire poétique,Toni Harrison devient autodidacte du verbe, de ceux que l’on considère comme géniaux car leurs écrits s’accrochent à nous pour longtemps. Une colère contre les skins qui couvrent de leurs mots sales les noms des êtres disparus… Et qui cache une mémoire qu’on bafoue avec des mascarades, celles des politiques principalement.

Reprenant la tradition anglaise initiée par Thomas Gray en 1751, il déclame ses méditations dans un cimetière, lieu propice à l’exaltation poétique. Et le mot vient, courant même, dépassant son initiale définition pour remplir les espaces d’expérimentation à conquérir… Composé tout en alexandrins, le texte raconte l’histoire d’un père, minier, et d’une nation au prise à l’incompréhension, sur fond de chômage galopant, d’ouvriers dépassés et d’immigrés rejetés…


« UNITED » = chronique d’un saccage ordinaire.

Guillaume Durieux scande les mots et les moleste pour en soutirer le sens. Il crie les phrases, jetant les verbes avec une violence tempêtée. Dandy de noir, il envahit l’espace, devenant chien rugissant ou puit d’interrogations, tentant de comprendre le mystère de ce V., à la fois versus et victoire. Un graffiti de rupture – désunion des nazis des terrains de foot et union des cadavres dans la tombe – rupture des filiations… Histoire d’un pays qui va mal, où les "PINEs" de galles gouvernent et où les bocks de bière remplacent les fleurs sur les tombes.

Jean-Phil Dary, deuxième personnage de cette composition scénique, musicien aux notes métissées, crisse sur le flow de Guillaume « Harrison » en un crescendo rock extatique… Une complémentarité qui fait vibrer les mots d’un Guillaume déplaçant les murs de sons, se métamorphosant avant de disparaître, laissant planer l’empreinte du souvenir des mo(r)ts.

« My father still reads the dictionary every day.  
He says your life depends on your power to master words. »
Arthur Scargill – Sunday Times, 10 January 1982
 
 

Maison de la poésie
Passage Molière
157 rue Saint Martin, Paris 3e

A propos de Marion Oddon

Laisser un commentaire