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«Pour faire une bonne photo, il faut partir de bonne humeur le matin à l’aventure, en marin qui hisse sa voile. Errer, regarder, dessiner sur un bloc. Regarder encore jusqu’à ce que l’on sorte du monde connu pour entrer dans ce que l’on n’a jamais vu. C’est alors que les images apparaissent.» Sergio Larrain (1)

 

 

 

Un tempérament qui prend son temps

Bertrand Meunier est une de ces forces de la nature à qui on ne la fait pas. Choix de sa première activité, l’escalade. La porte d’entrée dans la seconde, la photographie, ce sera le cinéma. C’est bien simple, Bertrand lui voue une véritable passion au septième art. Ses réalisateurs préférés font dans le cinéma d’auteur : Tarkovsky, Bergman. « Il y a quelque chose qui m’a toujours fasciné dans les cadrages, dans l’image (…) comment on peut raconter quelque chose sans dialogue, avec des plans. » Il s’y plonge et se découvre un intérêt pour le genre documentaire. Quand on évoque l’aspect photo journalistique d’un pan de son travail (sa série sur le Pakistan), il reconnaît que certaines de ses photos relèvent du photojournalisme : « c’était des travaux de commande pour Newsweek. » Mais on ne l’y reprendra pas. En cause : ni la crise sans précédent que traverse le photojournalisme, ni les facteurs qui l’expliquent cette crise (enveloppes des budgets photos qui fondent comme neige au soleil dans les rédactions, Internet qui banalise la diffusion d’images de photographes amateurs). Ce traitement de l’information, ce n’est juste pas ce qu’il recherche. Peut-être pense-t-il, à l’instar du grand photographe chilien Sergio Larrain dans cette lettre écrite à Henri Cartier-Bresson en 1965, « (…) que la pression du monde journalistique – être prêt à sauter sur n’importe quelle histoire, tout le temps – détruit (son) amour et (sa) concentration » (2). Son approche doit, par contre, beaucoup à la photo documentaire. « Souvent dans mes photos l’information est peu dans l’image mais plutôt dans son ensemble, ou elle est en dehors de l’image. C’est l’ensemble qui donne à penser ; et c’est cette subjectivité qui m’intéresse, moins que l’information brute. Je revendique de faire du documentaire mais un documentaire subjectif en associant des images parce qu’on ne dit pas les choses directement, on les suggère. » Des impératifs de travail, il en a d’autres. A commencer par le temps. Plutôt gonflé de nos jours de s’en accorder, du temps, si l’on en croit la tendance dominante. La tendance ? Meunier n’en a cure. Il s’écoute. Le temps est un besoin et c’est non négociable. « Construire des séries demande du temps. […] ça me donne un temps de réflexion, j’ai besoin de ça « pour faire » une photographie qui n’est pas sur un temps présent mais sur un temps long. » Ce qui tombe bien car Bertrand « travaille lentement » sur des thématiques à l’écart du feu de l’actualité pour saisir l’être humain dans ses fractures, ses errances, ses interrogations, ses réalités face aux bouleversements économiques et sociaux. C’est le fil conducteur de ses séries, qui, avec le temps, suscitent l’attention.

Collectionneurs privés et musées (le Fond national d’art contemporain, la Bibliothèque nationale de France et le musée de la photographie de Chalons-sur-Saône) enrichissent leurs collections avec quelques-uns de ses clichés. Avant ça, Meunier bourlingue. Premier point de chute, tout trouvé parce que c’est une passion : la Chine. Vous remarquerez que Bertrand fonctionne beaucoup à ça, la passion. Ca lui réussit plutôt bien. «La Chine me fascine et m’effraie au même temps. Si je dois chercher une référence, je dirais que comme Robert Frank a fait «les Américains», moi j’aimerais faire les Chinois», explique-t-il. Une décennie à multiplier les allers retours vers ce pays « fabuleux« . A arpenter autant que faire se peut l’Empire du Milieu. Le temps de s’immerger, d’apprendre la langue, de découvrir les réalités muettes, ignorées, ou étouffées d’un pays aux disparités criantes ; d’aller à la rencontre des gens. S’immerger et photographier, voilà l’affaire. Sur le papier, Bertrand fixe trois séries (Le sang de la Chine, Erased, Paysans ordinaires), et un documentaire multimédia avec Michaël Sztanke, Les hommes grenier. Erased sur les laissés-pour-compte de la désindustrialisation étatique chinoise plaît. Il reçoit en 2001 le prix Oskar-Barnak pour cette série, et en 2007 le prix Nicéphore Nièpce pour la totalité de son travail en Chine.

Erased / Bertrand Meunier from Tendance Floue on Vimeo.

Depuis quelques années, ce nivernais d’origine ralentit les voyages et fait des résidences pour parler de ce qui se passe dans une zone du monde plus proche ; ici, en France, qu’il désire explorer et mettre en lumière. Une de ses thématiques : les banlieues. Soulignons parmi ses travaux celui qu’il a mené dans la zone prioritaire du quartier St-Jacques à Clermont-Ferrand sur invitation du centre photographique de l’Hôtel Fontfreyde. C’est une autre réalité des banlieues qu’il aborde dans sa dernière série.

Le patrimoine mondial à l’épreuve des mutations urbaines

Les mutations urbaines posent partout dans le monde la question du renouvellement de politiques urbanistiques adaptées tant aux spécificités topographiques, historiques qu’à de nouvelles contraintes et usages, qu’ils soient d’ordre démographique, économique, écologique, sanitaire nécessitant la mise en place de stratégies différenciées d’aménagement et de valorisation du territoire. Une prise en considération du sur-mesure dans une segmentation de plus en plus marquée des espaces urbains et une redéfinition du schéma des villes : centre (historique/ville) / périphérie.
Cette pluralité d’enjeux entraîne une hétérogénéité des modes d’habitat, l’émergence de zones de hiatus et de rupture dans le paysage urbain. D’autant plus frappantes ces ruptures quand les enjeux touchent à la résidence et à la villégiature, domaines fonciers pilotés par la spéculation immobilière. Complexes, ces disparités deviennent un véritable casse-tête lorsqu’il s’agit de penser le futur de villes séculaires à forte attraction touristique ; mythiques même pour certaines d’entre elles. Hautement chargées en marquages émotionnels et affectifs. Où l’on modérera cette alerte, principe de précaution, en précisant qu’observatoires, veilles et organismes internationaux – l’Unesco – travaillent au respect, à la préservation et à la régulation des sites classés au patrimoine de l’humanité (Cf: le travail de Sébastien Jacquot (2003)). Valparaiso, ville chilienne, n’y coupe pas et vit, comme le reste du monde, au rythme de profondes mutations territoriales qui refondent son plan, remodèlent ses paysages urbains. Pour accompagner ses mutations sans nuire à ses acquis patrimoniaux, Valparaiso n’a pas manqué d’assurer ses atouts. En 2003 elle entre au patrimoine de l’humanité. Fait important, cette classification, l’Unesco l’a moins entériné sur des critères paysagers que pour ce que la ville témoigne des vagues d’immigrations européennes au Chili au XIX.

C’est cette problématique, proche de celles traitées par Lewis Baltz, qu’indirectement – et en partie seulement – Bertrand Meunier aborde avec sa dernière série photographique, Suburbia. Son point de vue s’ancre dans une acception phénoménologique et affective de l’espace. Pour une raison simple, sur lequel les avis divergent, le paysage signifie en ce que l’humain interagit avec son environnement proche. C’est ce qui amène certains urbanistes à prendre en compte la dimension affective du paysage (Benoit Feildel). Cet environnement qui impacte notre relation au monde et à l’Autre ; avec lequel nous évoluons. Il nous conditionne, ce qui explique pourquoi nous visons à l’améliorer. Ils sont ces paysages culturels qui façonnent une mappemonde d’imaginaires collectifs. A lui sont liés des souvenirs, des émotions, des ressentis. Selon leur nature et leurs contextes, les images s’imprègnent plus ou moins durablement dans notre mémoire. C’est ce même type d’expérience mentale que nous opérons lorsque nous visitons des lieux touristiques, centres d’attraction enregistrés dans notre inconscient collectif. Guides à la main nous les visitons. Nous passons d’un pôle d’attraction à un autre ; dans le respect ou non des parcours recommandés.

Autant dire que Valparaiso, pour un globe-trotter, c’est le nirvana. A son évocation, pléthore de mots, de textes, d’images nous viennent spontanément à l’esprit. Pittoresque, poétique, colorée, diversifiée, bohème. On pense à son port ; à ses cerros (collines) ; à son street-art du quartier cerro polanco ; à ses funiculaires, les ascensores, qui filent le long des cerros escarpés ; aux mosaïques chatoyantes de ses façades ; à ses constructions vernaculaires. Valparaiso, ce point de passage obligé durant des siècles, soudainement floué par l’ouverture du canal de Panama. Cette terre de transit chantée par les marins, célébrée par les écrivains. Valparaiso, escale phare des commerçants et des voyageurs au long cours. Cosmopolite, anarchique Valparaiso qui se dresse aux confins de l’Amérique latine. Carrefour de cultures et de métissages. Valparaiso, sa chance et sa malchance, c’est qu’elle est mythique. Sa concentration en humanité aimante les humanistes. Dur alors de la voir évoluer, de constater son évolution, d’observer son adaptation à la mondialisation. Valparaiso continue à vivre comme n’importe quelle zone habitée du globe, selon une loi connue depuis l’Antiquité. Toute forme de civilisation n’aspire qu’à une chose : survivre, donc s’adapter. Ardu d’être à la hauteur de son mythe.

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– @ Bertrand Meunier –

Le lancement d’une politique de modernisation urbaine n’est donc pas nouveau à Valparaiso. Une des premières zones de remodelage urbain fut l’emblématique El Plan, plaine du littoral avec le projet de la muelle Barón, complexe urbain ultramoderne. Un tout en un qui concentre résidences pour classes aisées, pôle technologique, centre commercial, campus universitaire, et complexe de loisirs. Un changement radical pour Valparaiso qui s’occidentalise pour ressembler à n’importe quelle autre ville portuaire mondialisée. Les spéculations foncières démontrent quant à elle depuis une dizaine d’années la permutation de l’offre et de la demande avec des mouvements de population conséquents qui redéfinissent le centre. « Les vieilles maison de Valparaiso (avec vue sur la mer) sont rachetées par des promoteurs étrangers qui les transforment en duplex et triplex pour les touristes » pendant que les classes moyennes déménagent dans des pavillons cernés par des murs en brique avec vue sur le mur des voisins.

Standardisation à l’infini

En novembre 2013, Valparaiso invite Meunier pour un workshop. Pour lui, impossible de fouler les pas de Sergio Larrain, qui, deux décennies plus tôt, capta la beauté de Valparaiso dans un livre-référence sur des textes du plus grand poète chilien du siècle dernier, Pablo Neruda. « Il me semblait difficile en étant invité en résidence à Valparaiso d’aller copier, tenter d’imiter laborieusement Sergio Larrain. » Que de respect dans la voix de Bertrand quand il évoque l’art de ce photographe à part qui considérait la photographie comme un exercice de yoga (3) ; que d’admiration pour son aîné, fervent utilisateur, comme lui, d’un appareil non moins mythique : le Leïca.

La Valparaiso sur laquelle Meunier arrête son choix est méconnue. Il s’agit de Curauma, zone urbaine située entre Valparaiso et Santiago du Chili. En pleine expansion cette zone résidentielle qui ne cesse de s’étendre à une dizaine de kms au-dessus du centre-historique de Valparaiso dans la Cordillera de la Costa. A l’origine, Curauma était une zone forestière constituée de deux domaines transformés en zone d’exploitation forestière. Son expansion depuis le début des années 2000 est sans précédent. Elle résulte d’une action concertée de con-urbanisation des villes de Valparaiso et de Viña del Mar. Les entrepreneurs immobiliers ne ménagent pas leurs efforts pour l’étendre ce nouveau quartier prisé des classes moyennes (1166 maisons individuelles en 2004) qui s’étend, présentement, sur près de 45kms. On s’affaire pour les sortir de terre ces maisons maquettes selon des plans maquettes, hors de toute préconisation réglementaire écologique et environnementale, alors que ce souci d’interpénétration des espaces verts et urbains pour une qualité de vie meilleure, à bien des égards, est une chouette idée. Pour des raisons d’ordre spéculatif, cette chouette considération échappe aux contraintes des cahiers de charges des promoteurs hermétiques de bout en bout aux préoccupations – pourtant pragmatiques, pérennes et rentables à long terme (c’est là le hic) – des urbanistes. Un rêve de cubes grandeur nature, Curauma city, avec ces maisons pavillonnaires uniformes aux options standardisées. Unique en son genre ? Un phénomène mondial cette uniformisation des habitats, ces Little Boxes chantées par Malvina Reynolds. Générique abrasif qui colle pile-poil à la série Weeds.

Ces zones pavillonnaires qui répondent au nom technique d’étalement urbain des zones périurbaines. Celles là même qui gagnent du terrain sur les paysages ruraux, les menacent peu à peu avec le développement du mitage. Ces zones pavillonnaires que le cinéma et les séries égratignent avec férocité dans un traitement souvent humoristique sur des scénari trash. Bertrand, lui, c’est la révolte qui gronde dans sa voix. Médusé devant cette face émergente de Valparaiso. Curauma l’a sidéré. « Il y a quelque chose que je trouve complètement effrayant ; y a plus d’âme, y a plus de sensibilité ; y a plus de poésie alors que Valparaiso est une ville d’une poésie extraordinaire. » Valparaiso, il la porte dans son cœur, dans les vibrations émues de sa voix. Cet amour, il le partage avec beaucoup ; où l’on retrouve dans le cercle des afficionados Sergio, bien sûr, et Pablo (Neruda). Le veinard y avait là-bas une maison : La Sebastiana, qui surplombe la baie. Près de deux ans après ce voyage, ses impressions restent à vif. Interdit qu’il est devant ce phénomène qu’il pensait ne pas pouvoir être appliqué dans la vallée du paradis. Sa révolte, il la condense dans un titre volontairement ironique, Suburbia.

Le droit au paysage, nouveau défi urbain à échelle mondiale

Suburbia n’est pas une série dédiée uniquement à la future ville de Curauma, même si, à l’écoute de ses propos, nous ressentons bien un attachement particulier à cette partie-là de son travail. Elle s’inscrit dans un travail plus global entamé en 2010 en Asie, dans les mégalopoles chinoises, sur la déshumanisation de l’urbanisme avec le documentaire Les Hommes Grenier, ou la honte des micro-appartements de Hong Kong. Pas de zones périurbaines dans son objectif à Shanghaï, mais de grands projets urbains, des gratte-ciels et des ensembles à expansion verticale, où le béton sature le ciel jusqu’à en faire disparaitre l’horizon.
Son argument, Meunier le peaufine dans l’épure et l’attitude frontale pour une série en noir et blanc, comme souvent chez ce membre du collectif Tendance Floue. « Il y a une neutralité dans le noir et blanc que je ne retrouve pas dans la couleur. » Autre caractéristique de sa photographie : l’argentique. Pour des tas de raisons, il y tient. Vous aurez pu le noter au passage. Bertrand Meunier tient à beaucoup de choses. Ce qui la rend là encore mythique cette technique … plein de choses : son caractère manuel, ses étapes de développement, ses processus de tirage. « Il y a un temps de latence que j’apprécie beaucoup. C’est comme si elles mûrissaient. Cette attente me plaît énormément […] chaque tirage est unique. » Puis les rituels de l’argentique, ça en jette. La chambre noire, la lumière rouge, les bacs, les produits révélateurs, les bons à tirer, la planche-contact. L’argentique, c’est aussi un incomparable rendu. La latitude sur le grain, le jeu des possibles sur les contrastes ; le choix du papier, du film.

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– @ Bertrand Meunier –

Ce n’est pas tant la vue stricto sensu de ces ensembles résidentiels qui heurtent le regard, mais ce qu’ils impliquent de déshumanisation de l’espace habité, d’anonymat, de banalité et de conformité grégaire à des standards. C’est cette fracture, ce sont ces dissonances urbanistiques qui interpellent et invitent à la réflexion. Cette standardisation massive phagocyte les possibilités de lecture et d’appréciation esthétique dans des zones où l’appropriation et la personnalisation sont quasi impossibles. D’autant que ces zones sont des chantiers permanents aménagés au minima. Il s’en dégage une absence de spécificités, d’identités culturelles plurielles difficilement lisibles dans ce type d’architecture fonctionnelle ; ce qui confère, à l’ensemble et au particulier, une vacuité qui infuse une aseptisation du paysage, dangereuse peut-être à long terme pour le psychisme.

Or – ou et quel qu’il soit – le paysage, urbain, rural, rurbain, naturel ou artificiel – agit, influe et signifie. Ceux photographiés par Meunier n’échappent pas à la règle, mais quels effets produisent-ils dans ce perpétuel réaménagement, cette perpétuelle extension non-contrôlée ? Ce paysage, baromètre des écosystèmes. La question, les spécialistes se la posent depuis longtemps. Un des contre-arguments pourrait être le suivant : peut-on aller à l’encontre d’une demande accrue de confort de la part de l’habitant depuis 40 ans ? En jugeant ces zones, en stigmatisons-nous les habitants ? Non. C’est tout l’inverse que sous-tend le travail de Meunier. Il s’agirait de remettre l’humain au cœur de l’habitat et de l’espace urbain. Quoi faire ? Proposer des alternatives ? Les architectes sont nombreux à préconiser la mise en place de transversalité, le problème ne résidant pas tant dans l’expansion urbaine que dans l’absence d’urbanismes de projets pour des raisons spéculatives.
Existe-t-il pour conclure une troisième voie ? Clairement oui, à condition – sans surprise, c’est le nerf de la guerre – de s’en et d’en donner les moyens. Une question qui pose une fois de plus celle du rapport de l’éthique au politique ; du rapport entre intérêts publics et privés.

Pour mieux comprendre ce phénomène d’étalement urbain sur lequel nous fait réfléchir la série Suburbia, retrouvez, dans le catalogue de l’exposition, le texte de Jérôme Baschet sur  » […] les formes d’urbanisation atopique c’est-à-dire les formes d’homogénéisation de nos habitats. Un texte important, un texte engagé, qui mérite d’être lu. » CQFD.

– L’exposition Suburbia est visible jusqu’au 12 juin prochain au Leïca Store, Paris 8e.
-> Les citations de Bertrand Meunier proviennent d’un entretien du 8 avril 2015.

(1), in article sur Sergio Larrain, Esprits Nomades, Gil Pressnitzer, juillet 2013.
(2), in article sur Sergio Larrain, Esprits Nomades, Gil Pressnitzer, juillet 2013.
(3), in article sur Sergio Larrain, Esprits Nomades, Gil Pressnitzer, juillet 2013.

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