Mort du comédien et metteur en scène Jean-Paul Roussillon, à 78 ans

Jean-Paul Roussillon mari de Catherine Deneuve. Même en 2008, dans le magnifique Un conte de Noël, ce couple apparaissait sur le papier plutôt saugrenu, pour s’avérer à l’écran bouleversant d’amour et d’humanité. Mais dix, vingt, trente ou quarante ans plus tôt, cette union était absolument inimaginable. Autant parce que Roussillon n’a jamais eu ce que l’on pourrait appeler un physique de "séducteur" que parce qu’il a consacré l’essentiel de sa vie et de son art à sa vraie maison, le théâtre.

Il était pourtant de la génération des Belmondo, Marielle, Noiret, Rochefort… tous nés au début des années 30 (1931, en ce qui le concerne), qui, pour certains, firent comme lui leurs classes au Conservatoire. Jean-Paul Roussillon en ressortit brillant élève (1er prix de comédie classique en 1950) et intégra dans la foulée le saint des saints, la Comédie Française, dont il devint sociétaire en 1960. Comme beaucoup de ses condisciples, il y développa une double et solide carrière : comme comédien mais aussi comme metteur en scène. Ainsi, en 1972, il ne fut pas pour rien dans la révélation d’une jeune actrice au talent prometteur dans L’Ecole des femmes. Son nom : Isabelle Adjani.
Il restera fidèle au théâtre sa vie durant, y connaissant une reconnaissance plus grand public assez tardive, couronnée de pas moins de trois Molières : en 1991 et 1996, celui du meilleur second rôle pour respectivement Zone libre (de Jean-Claude Grumberg, rôle qu’il reprendra au cinéma en 2007, dans l’adaptation signée Christophe Malavoy) et Colombe (de Jean Anouilh), puis enfin celui du meilleur comédien en 2002, pour Le Jardin des apparences (de Véronique Olmi).

Aux côtés d'Alain Feydeau, dans "Le Legs", de Marivaux
Aux côtés d’Alain Feydeau, dans "Le Legs", de Marivaux

Avec le cinéma, et malgré quelques rôles espacés dans les années 50 et 60 (dont un assez important dans Voici le temps des assassins, de Duvivier, en 56), il connut une relation longtemps très distante. Au point même de n’avoir tourné dans aucun film pendant la bagatelle de dix-sept ans, entre  Week-end à Zuydcoote d’Henri Verneuil en 1964 et Une affaire d’hommes de Nicolas Ribowski en 1981, où il faisait un retour très remarqué dans un rôle important, en compagnie d’une autre grande figure théâtrale, Patrice Kerbrat.
Mais, en tant qu’art de l’enregistrement entre tous du métier de comédien, c’est probablement grâce au cinéma que la silhouette bonhomme et la voix si caractéristique de Jean-Paul Roussillon resteront dans bien des mémoires. Pour quelques jolis seconds rôles chez Alain Resnais (On connaît la chanson) ou Bertrand Tavernier (le rôle d’un Planchet vieillissant dans La Fille de d’Artagnan) mais surtout pour le peu folichon Une hirondelle a fait le printemps (première nomination au César du meilleur second rôle en 2002) et le plus intéressant Mischka, dans le rôle titre du patriarche grabataire et mutique d’une tribu Stévenin au quasi grand complet. Mais c’est évidemment Arnaud Desplechin qui restera comme le cinéaste qui sût le mieux regarder ce merveilleux comédien, d’abord dans son univers théâtral familier (Léo en jouant "Dans la compagnie des hommes", adapté d’Edward Bond) puis dans le diptyque Rois et reines et donc Un conte de Noël, évoqué plus haut, qui restera comme le plus beau de ses testaments cinématographiques possibles et lui valut un César du meilleur second rôle à la fois amplement mérité et totalement inapproprié, car le premier rôle masculin du film, c’était bien lui.

Poussé par Jean-François Stévenin dans "Mischka"
Poussé par Jean-François Stévenin dans "Mischka"

Jean-Paul Roussillon est mort ce 31 juillet, à Auxerre, après un ultime et magnifique tour de piste dans La Cerisaie, de Tchekhov, la saison dernière, au Théâtre de la Colline.

Dans Un conte de Noël :

A propos de Cyril COSSARDEAUX

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