Avec William Forsythe, Lucinda Childs ou le doyen Merce Cunningham, Pina Bausch était l’une des stars de la danse contemporaine mondiale. "Contemporaine" plus encore que "moderne" car, assez tôt dans sa carrière de chorégraphe, elle a pris ses distances avec les codes de la danse classique et son souci d’esthétisme, à la différence d’un Béjart, par exemple, pour citer une autre référence internationalement célébrée.
Elle a d’ailleurs forgé le concept de "danse-théâtre", au point de baptiser sa scène le Tanztheater, considérant davantage ses danseurs comme des interprètes à part entière, avec qui elle écrivait le plus souvent ses chorégraphies, que comme des modèles.
Le Tanztheater qui porte son nom depuis les années 70 a d’ailleurs permis à bien des gens (avec le Alice dans les villes de Wenders) de pouvoir situer la ville de Wuppertal sur la carte de l’Allemagne.

Sa pièce emblématique, la plus autobiographique (ses parents étaient gérants d’un hôtel dans le nord de la Rhénanie, où elle est née), restera probablement Café Müller, créé en 1978, dont l’influence débordera largement des tréteaux. En 1983, Fellini lui confia un rôle de princesse aveugle y faisant directement référence dans Et vogue le navire, avant que, en 2002, Almodóvar ne fasse débuter Parle avec elle par un extrait d’une représentation de Café Müller.
Pina Bausch elle-même s’était essayée à la réalisation cinématographique avec La Plainte de l’Impératrice en 1989, prolongement sous forme d’essai de ses travaux chorégraphiques.

Pina Bausch

De la cinquantaine d’œuvres qu’elle a signées en 35 ans d’une carrière très dense (sans mauvais jeu de mots…), citons également sa série de pièces consacrées à de grandes métropoles de tous les continents, de Palerme (Palermo, Palermo) à Hong Kong (Le Laveur de vitres) en passant par Austin (Nur du). Mais aussi Kontakthof, créé une première fois en 1978, puis "recréé" en 2000, cette fois pour des danseuses et danseurs de plus de 65 ans, privilégiant ainsi encore plus clairement l’émotion à la performance.

Disparue à 68 ans d’un cancer visiblement foudroyant (il venait à peine d’être décelé), Pina Bausch aura incontestablement grandement contribué à réinventer l’art de la danse, nous léguant notamment quelques figures de style familières, comme la "ronde" ou les grands mouvements de bras de ses danseurs ou d’elle-même, puisque, bien entendu, avant d’être une immense chorégraphe, elle était d’abord une magnifique danseuse. On n’oubliera pas non plus que l’une des figures les plus singulières de la danse contemporaine, Raimund Hoghe, est issue du Tanztheater de Wuppertal, dont il fut le dramaturge pendant de nombreuses années.

Un extrait de Masurca fogo (créé en 1998), ici joué au Teatro a Mil de Santiago du Chili en janvier 2007 :

A propos de Cyril COSSARDEAUX

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