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Todd Solondz – « Le Teckel »

Septième film de Todd Solondz, Le Teckel est plus cynique ( l’étymologie-même du mot ) qu’il n’a du chien. Pour le meilleur et pour le pire. Ca commence mal et ça finit très bien. Rassurez-vous : pas dans son propos, désabusé au possible (Solondz n’a pas troqué son mordant contre des bons sentiments) mais dans le contenu qui prend de plus en plus d’ampleur et de profondeur. De brio, même.

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Solondz fait une sorte de pont entre ses réjouissants deux premiers films, les inoubliables Bienvenue dans l’Age ingrat et Happiness et la suite, beaucoup plus conceptuelle comme Palindrome par exemple où le même personnage était incarné par une foultitude d’acteurs, nonobstant le sexe, la race ou Life during Wartime qui était censée être une suite de Happiness, mais aucun des acteurs du casting initial n’était au rendez-vous, ni le ton mi-figue, mi-raisin qui faisait le charme fou de son second film. D’ailleurs, le personnage de Dawn Wiener, la jeune héroïne de Bienvenue dans l’Age ingrat est repris ici… mais par une autre actrice que dans le film d’origine : Greta Gerwig. Cette filiation sophistiquée en dit long sur le charme et les limites du Teckel : l’auteur de ces lignes, pourtant très friande des deux premiers opus Solondziens, ne s’apercevra seulement à la lecture du générique, que la Dawn adolescente de Bienvenue retrouve son camarade de collège, ici, dans Le Teckel. Est-ce un clin d’oeil tordu à Dawn Wiener que d’appeler le film Wiener Dog ( le titre en anglais) ? De quoi gloser après vision, mais pas un os à ronger pendant le film.
Le teckel du titre sert de relai à une galerie de personnages, dont le point commun est d’être successivement ses propriétaires. Des tranches de vie de personnes, forcément inadaptées, comme les aime Solondz, mais-et c’est là que le bât blesse- d’un amour plus contempteur que vache. Le cinéaste semble prendre de haut son petit univers, hormis les deux dernières tranches d’âge. Car le chien va nous faire traverser quatre zones de vie : de l’enfance à la vieillesse.

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Or, c’est quand il traite de sa classe d’âge : la cinquantaine que Solondz prend enfin au sérieux son sujet et nous propose une incarnation et non des concepts. Est-ce parce qu’il est contemporain de ses personnages-là ? Parce qu’il a usé les artifices de déconstruction de narration et revient enfin à ses premières amours : un humour noir insolent et tonique? Mystère.
Au bout de quasiment une heure, quand Solondz s’attache à suivre Schmerz, le bien-nommé (douleur en allemand), inutile de parler la langue de Goethe ou d’extrapoler de façon universitaire pour le suivre : il y a enfin un personnage qui se dégage du récit. Universitaire d’ailleurs, Schmerz l’est : Dany de Vito est l’interprète ad hoc de ce professeur de cinéma, à la ramasse et sur la sellette. On sort des dialogues trop explicatifs et didactiques du début, de l’entracte du milieu qu’on peut trouver inventif ou paresseux, c’est selon. On retrouve la verve de Solondz et une teinte d’empathie pour ses personnages, trop longtemps traités comme des  pantins tout justes bons à servir ses dialogues sophistiqués et cyniques, que des protagonistes à part entière. La mèche prend à nouveau (dans tous les sens du terme). Et rire (jaune) et émotion vraie affleurent quand arrive enfin le tour de la doyenne, Ellen Burstyn.

Teckel 1
De quoi s’enthousiasmer ? Non ; tout d’abord ca serait faire outrage au réalisateur malicieusement pessimiste et également occulter le laborieux démarrage (entre autres le dialogue sur le chien violeur où Solondz en fait trop sur le « non politically correct »). Juste, de quoi regagner espoir en un réalisateur qui semblait avoir abandonné toute confiance en la fiction, parti dans un mur conceptuel kamikaze. C’est peu et c’est beaucoup en même temps. Retrouver des étincelles du talent absolu du Solondz des prémisses est déjà en soi un petit feu d’artifice, non : de Bengale, les artifices sont plutôt l‘apparat du Todd conceptuel.

A propos de Xanaé BOVE

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