Adieu jacques

Hommage à Jacques Noël et à un Regard Moderne

Halloween pour nos amis anglo-saxons, la Toussaint en VF sont censés célébrer les morts. Alors, ici à Culturopoing, on a voulu rendre hommage à un grand initiateur, Jacques Noel, disparu il y a pile un mois. Bien d’autres raisons de penser à lui que ces deux-là…

Mot pr le secret-min

Depuis le 1er octobre et que Jacques Noël s’est éteint, -mais… pas la flamme-, jamais la rue Git-le-Coeur n’aura autant mérité son nom. La flamme de nous tous, ses héritiers, réchauffés que nous avons été par cette librairie incandescente : Un Regard Moderne s’est fermé, plutôt une page. A nous lecteurs, curieux, chercheurs, poètes, dessinateurs, rêveurs, utopistes,cinéphiles,  écrivains, réalisateurs, musiciens, bibliophages, dilettantes éclairés, empêcheurs de tourner en rond… de la poursuivre…P1080138

Entre caverne d’Ali baba, terrier d’Alice aux Pays des Merveilles, franchir la porte (de perception) d’un Regard Moderne, égalait à traverser le miroir, du moins, générer une autre réflexion. Se faufiler comme un serpent dans le tortueux antre de Jacques, s’aventurer au hasard, lui poser une question et repartir avec un autre livre, voire comme il est arrivé à certains de mes amis, que Noël anticipe votre désir en vous soumettant un ouvrage dans un sourire silencieux.
J’ai eu la chance de découvrir vers 1991 ou 1992, cette oasis discrètement cachée.
Et la joie et la fierté d’y amener flyers et affiches de la première édition de l’Etrange Festival en 1993- pour lequel j’étais bénévole, payée en projections. J’étais heureuse d’avoir une raison « officielle » pour aborder davantage le taiseux Jacques.

Jacques enseveli
Puis, chaque fois, que je passais par cette rue si marquée et en même temps dont la seule rémanence de la grande époque était Un Regard Moderne, je m’y arrêtais. Le Temps aussi. C’était comme un repère dans ce Pari(s) provisoirement gagné et plus ou moins perdu. Une boussole. Un lieu – comme dirait Poe :Out of Space, Out of Time que j’avais perdu de vue jusqu’à ce qu’un clément hasard nous réunisse à nouveau- géographiquement, mais pas seulement…
La proximité de la salle du cinéma le Saint André des Arts, m’a permis de revoir Jacques Noel à une cadence plus soutenue. Mon premier long-métrage documentaire y était projeté mars-avril 2016. Je suis passée voir Jacques comme un parent et il a eu la générosité de mettre l’affiche d’ Ex-TAZ  sur son mur palimpseste, mieux : de se faire prendre en photo, preuve à l’appui.Jacques devant %22Ex-TAZ%22-min

J’étais fière comme pas possible. Euphorique n’est pas un trop grand mot. Mon film parlant de l’underground parisien 1987-1994, des zones d’autonomie temporaire et des premières raves, Jacques eut la gentillesse et la curiosité de le visionner rapidement et le trouva intéressant, même si je sais que ce n’était pas du tout sa came musicalement. C’était généreux de sa part. Comme chaque projection était suivie d’un débat, souvent j’évoquais aux quelques spectateurs la proximité d’Un Regard et parfois, mes invités s’y rendaient, avant ou après. Que ca soit Manu Casana, organisateur des premières raves dans notre aimable capitale, qui y colla un sticker de son colelctif P.U.R.E (soit, Pure Underground Rave Energy) – qui est encore sur la façade ou Patrick Vidal, qui connaissait Jacques Noël depuis l’époque Marie et les Garçons, je crois.

P.UR.E. Fleurs-min

P.UR.E   Quand j’étais démoralisée à l’idée du peu de public qui se trouverait (ou plutôt, ne se trouverait pas) dans la salle, je faisais une brève escale chez Jacques et il me remontait avec son doux sourire de sphinx ou une phrase sibylline : « Le monde est étrange ». Et je repartais, regonflée.
La dernière fois que je passai devant sa boutique mercredi 28 septembre, en me voyant, il détala comme un chaton sauvage, bavarde que je suis, réservé qu’il était. Le fou rire l’emporta sur la vexation. Je l’avais vu une semaine auparavant et, cherchant un cadeau pour ma moitié, j’avais trouvé un exemplaire de la revue anglaise The Idler. Je me suis rendue compte du message caché qu’elle contenait, en la regardant à nouveau le 1er octobre.

Welcome to Paradise-min

Comme dirait l’autre (Rimbaud):  ca ne veut pas rien dire ?

Une librairie comme une pharmacie, rappelle intelligemment ce reportage unique sur Jacques et son Regard:  https://vimeo.com/40229622

Page FB : https://www.facebook.com/UnRegardModerne/?fref=ts

A propos de Xanaé BOVE

Laisser un commentaire