Yma Sumac : la voix des Incas s’éteint

C’est le 1er novembre (beau jour pour mourir ?) qu’Yma Sumac nous a quittés, à 86 ans, à Los Angeles, assez loin de son Pérou natal, dont elle constituait à peu près le seul produit d’exportation culturelle depuis le début des années 50.
En dehors de ses disques, Yma Sumac était surtout connue comme étant la descendante du dernier empereur inca, Atahualpa, assassiné par les conquistadors espagnols en… 1533 ! Mais en plus de cette particularité biographique peu banale, lui conférant à elle seule un statut de demi-déesse au Pérou, c’est évidemment sa voix qui restera dans les mémoires.
Avec beaucoup de lucidité, à la fin des années 70, Françoise Hardy chantait, dans la chanson Occupé :
« Je sais, je sais bien, j’ai pas la voix d’Yma Sumac,
Celle qui m’appartient me fait des gags et fait des couacs »
.

Mouais, bon, pas évident les rimes en « ac » avant l’invention de la Star’ac, le pauvre Michel Jonasz a fait au mieux…
En tout cas, on ne peut pas lui donner tort. Effectivement, entre notre princesse inca et une certaine tendance de la chanteuse française (ou francophone… Carla, si tu nous lis…), c’est vocalement le jour et la nuit.
On a lu et entendu les chiffres les plus fous sur le nombre d’octaves qu’Yma Sumac pouvait couvrir, parfois jusqu’à huit, ce qui est probablement physiologiquement impossible. La vérité était plus probablement autour de cinq, ce qui est déjà considérable et lui permettait de passer sans peine, dans la même chanson, d’une voix de baryton presque masculine à celle d’une pure soprano.

Cette voix incroyable fut d’abord mise au service de compositions assez étranges, évidemment perçues comme furieusement exotiques à une époque où Jean-François Bizot était loin d’avoir inventé le concept de « sono mondiale ». Toujours est-il qu’en dépit de chansons absolument pas formatées pour les ondes de l’époque (ni celles d’aujourd’hui, d’ailleurs), Voices of the Xtabay (pas son premier album mais le premier à sortir vraiment des frontières de son pays) fit sensation en 1950 et la fit repérer à Hollywood.
Après deux autres albums sensiblement du même style, elle fait même ses débuts à l’écran, en 1954, dans, comme il se doit, Secret of the Incas, aux côtés de Charlton Heston. Prestation peu suivie d’effets puisqu’on ne la reverra guère que dans un autre film exotique, le Omar Khayyam de William Dieterle, en 1957, où elle doit se contenter d’un second rôle féminin derrière la star exotique incontestée de l’époque, Debra Paget.

Mais 1954 voit surtout l’enregistrement d’un album la faisant habilement surfer (comme Robert Mitchum, Perry Como ou notre Dario Moreno national sensiblement au même moment) sur la vague triomphante du mambo, popularisé par le Cubain Perez Prado. L’album s’intitule tout simplement Mambo et fait le délice, depuis plus de 50 ans, des sampleurs et des sound designers de pubs ou de bandes originales de films. C’est surtout un excellent album, d’une efficacité redoutable dans ses compositions et atmosphères.
Son succès international fut tel qu’il lui vaudra, privilège rare, de se produire en Union Soviétique !

Assez logiquement, Yma Sumac enregistra aussi sous la houlette de Les Baxter, grand spécialiste de la « tiki music » hollywoodienne : en gros, du lounge sophistiqué et suffisamment exotique pour illustrer à la fois des films se déroulant en Amérique latine… ou dans les îles polynésiennes. Malheureusement, ce Miracles de 1972 fait partie de la catégorie des albums maudits, car très vite retiré de la vente. Il est vrai que sa période de gloire était alors déjà derrière elle…

Un peu oubliée, elle fut « redécouverte » dans les années 90 par le biais des nombreuses BO utilisant ses chansons. On se souvient par exemple d’Ataypura dans The Big Lebowski, dont la musique rendait d’ailleurs largement hommage à la vague exotico-latino du Hollywood des années 50 (cf. aussi le Lujon d’Henry Mancini).

Evidemment pas de clip (ni même de scopitone) pour écouter Bo mambo :

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