Tomaso Albinoni – "Concertos pour Hautbois" – Paul Dombrecht (Fuga Libera)

Les parutions de l’ensemble belge Il Fondamento ponctuent depuis les vingt ans de sa création le paysage discographique de la musique ancienne. Fondé par l’un des cinq ou six meilleurs hautboïstes baroques, Paul Dombrecht, il explore avec une régularité singulière le répertoire instrumental du XVIIIème siècle, en particulier dans ses versants les moins fréquentés a priori (Fasch, Zelenka, Heinichen), ou du moins ceux que l’on croit connaître (Telemann, voire Haendel ou Bach)1.

Ces concertos d’Albinoni s’intègrent parfaitement au projet de l’ensemble et de son soliste : des œuvres assez peu illustrées depuis la vague italienne, pionnière mais un peu ringarde, des années 60 (les I Musici et autres I Solisti Veneti, qui redécouvrirent notamment Vivaldi) ; un compositeur souvent classé dans les petits maîtres, surtout connu pour une œuvre qu’il n’a pas composée, le célébrissime Adagio, popularisé par Karajan, la bande-son du Procès d’Orson Welles, et les compilations économiques d’hypermarché. Ce qui caractérise ces concertos de 1715 et 1722, c’est leur charme discret. On est assez loin des expérimentations harmoniques et virtuoses, parfois plus radicales et outrées, des concertos pour violon vivaldiens, dans la mesure où les œuvres ici jouées s’adressaient souvent à une pratique plus amatrice, ou pédagogique, que professionnelle. Et ce qui domine dans l’interprétation de Dombrecht, c’est la ligne claire. Pas d’excès, pas de précipitation ni de pathos, mais une forme d’élégance sereine, à peine teintée de tristesse dans les mouvements lents. Une harmonieuse mécanique est mise en marche par le soliste et l’ensemble tout au long des huit œuvres que le disque illustre, parmi lesquelles on trouvera le concerto opus 9 n° 2, jusqu’ici le plus pratiqué. C’est agréable sans être absolument captivant, attachant plutôt qu’indispensable.

Les auditeurs allergiques au côté monotone des disques de concertos italiens ne devraient pas s’attarder ici. Les musiciens de l’ensemble ne sont pourtant pas à mettre en cause, tant ils font preuve de souplesse, de sens du discours, relevant ici ou là le continuo d’une touche de guitare ou d’orgue. Mais ce n’est tout simplement pas une musique qui tolère la démesure ou la passion. Pas de sensations fortes, donc, mais une certaine sagesse, qu’Il Fondamento transmet avec grâce et intelligence, en évitant la lourdeur comme l’apathie. Peut-être l’Academy of Ancient Music de Christopher Hogwood, avec un effectif plus fourni et le hautbois plus appuyé de Frank de Bruine, montrait-elle parfois plus de vivacité et de coulant dans son intégrale de l’opus 9 chez Decca. Mais cela n’enlève en rien le mérite de Dombrecht, hauboïste subtil, animé d’une conception auguste et cohérente de ce répertoire.

1 Et depuis quelques années, l’ensemble s’aventure avec intérêt dans les pages discrètes du classicisme et du préromantisme.

Tomaso Albinoni (1671-1751) – Concertos pour Hautbois (extraits des opus 7 et 9) – Paul Dombrecht, Il Fondamento . Edité par Fuga Libera

 
 

A propos de Jean-François Meira

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