La hype musicale, c’est comme la foudre ; elle s’abat généralement là où on ne l’attend pas. De tous les nouveaux groupes ayant affolé les adeptes des "cahiers de tendance musicale" ces derniers mois, les très jeunes Anglais de The XX sont certainement parmi les plus improbables. Un nom au potentiel certes furieusement graphique mais imprononçable (comment on dit : Ex-Ex ? Deubeul-Ex ? Exssssssss ?…), le glamour de pasteurs séminaristes et puis, surtout, leur musique, à mille lieux des recettes de la séduction facile.

C’est peut-être ça, au fond, qui séduit autant, même si The XX semble avoir mis un point d’honneur à enregistrer un disque "déceptif". Déceptif au sens où, sauf rarissimes exceptions, leurs chansons fuient le climax ou même simplement la montée en puissance. The XX est un album tout en retenue et ce n’est pas un mince exploit de réussir à envoûter autant avec si peu.
Evidemment, on a déjà rencontré cette écriture et ces arrangements ultra dépouillés. C’était il y a presque trente ans, quand les parents des membres du groupe ne s’étaient vraisemblablement même pas encore rencontrés. La pochette de cet album était aussi noire que celle de celui-ci. Ce disque, c’était le Colossal Youth des Gallois Young Marble Giants, sommet insurpassable de minimalisme pop.

The XX

Comme tant d’autres, les post-ados de The XX ont donc les pieds bien campés dans les années 80, mais pas tout à fait les mêmes que celles de tout le monde. Si quelques sonorités des premiers Cure ou New Order résonnent parfois ici, certains arpèges de guitare, au bord de l’évanescence, évoquent davantage le souvenir du Durutti Column de Vini Reilly.
Si ce n’était que son seul atout (et c’est loin d’être le cas), cet album aurait donc au moins celui d’obliger le chroniqueur à chercher des références moins usitées et, qui sait, à susciter de belles découvertes tardives chez les déjà nombreux mordus de The XX.
Il a aussi celui de bénéficier d’une voix féminine très intéressante, celle de Romy Madley Croft (sacré patronyme, en plus), dont la langueur trouble davantage que celle de son acolyte Oliver Sim, même si elle n’égale pas la sensualité d’une Hope Sandoval ou d’une Jennifer Charles.

Après, un tel disque souffre aussi un peu du défaut de ses qualités. On aimerait parfois moins de retenue pour briser une relative monotonie. On sent, sur certains morceaux (Night Time, Crystalized), les meilleurs de l’album, un tempérament plus pop, plus rythmé, qui gagnerait à être affirmé à l’avenir. C’est une évolution possible puisque The XX revendique son amour (plutôt surprenant) pour le r’n’b, d’ailleurs prouvé par une version toute personnelle de l’excellent Hot like Fire de la regrettée Aaliyah en bonus.

A propos de Cyril COSSARDEAUX

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