The Heavy "The house that dirt built" (avant-première)

 
Dans une veine finalement pas très éloignée des excellents Mando Diao c’est-à-dire une musique moderne et racée mais teintée de quelques réminiscences sixties donnant de suite une autre épaisseur à un rock poppisant par ailleurs fortement balisé, le groupe The Heavy signe là avec « The house that dirt built » un très grand album de cette année 2009.
 
Ca commence d’ailleurs sur les chapeaux de roue avec le titre éponyme et sa guitare enrouée qu’une trompette tente de soigner avec semble-t-il quelques difficultés, une excellente première impression qu’aucun morceau par la suite ne viendra atténuer. 11 titres et 40 minutes de rock inspiré et de pop gracieuse.
 
Les légères ambiances sixties c’est par exemple le sample de « I put a spell on you (oui je sais le morceau date des années 50 mais je me comprends) sur « Sixteen », c’est là encore l’ambiance Morriconienne des premières minutes de « Short change hero » mais aussi le reste du morceau et ses faux airs de ballade pour motards gainés de cuir, ces deux titres concourant au titre de meilleure chanson du disque avec l’une et l’autre de grandes chances de victoire (c’est d’ailleurs la seconde nommée qui gagne finalement).
 
Mais au-delà de ce côté pop lustrée et carénée il y a aussi un penchant plus fuzz et groovy avec un « No time » qui voit un riff sexy tourner en boucle autour du pied de micro du chanteur, le tout rappelant les ambiances les plus opiacées et psyché du rock de la toute fin de la golden decade (et toujours cette judicieuse trompette en guise de raccord), on imagine bien Mars Volta proposer pareille musique si l’envie leur venait un beau jour de passer en prime-time à la télé (pareille riff Sabbathien joué en mode groovesque sur « What you want me to do ? »).
 
Le Rhythm & Blues originel ou le rock de jam, voilà deux légères colorations données à ce patchwork musical et qui au final donnent au groupe et à sa musique une valeur différentielle (ajoutons également toutefois quelques accents plus colorés à la « Cause for alarm » ou « Love like that »). Certes cet album de The Heavy valide en partie avec beaucoup d’autres de ses semblables l’adage voulant que rien ne peut plus être inventé désormais en matière de pop et de rock (au sens le plus large des termes), cette musique n’a en effet rien d’original nonobstant sa qualité certaine.
 
Au-delà de ce léger grief saluons tout de même le plaisir d’écoute, un argument toujours imparable et définitif après tout. Saluons aussi une voix chaude et puissante, aussi à l’aise dans le chaloupé que dans le lourd, une voix qui rappelle celle d’Angelo Moore de Fishbone mais en beaucoup plus appliquée. Saluons encore évidemment les quelques milliers (on en souhaite plus) d’auditeurs plus ou moins profanes qui écouteront avec plaisir ce disque et qui iront alors pour partie d’entre eux creuser un peu plus dans l’offre foisonnante des musiques d’hier et d’aujourd’hui auxquelles la musique de The Heavy se réfère. Une filiation féconde et un « Sésame ouvre-toi » pour les jeunes générations afin qu’elles découvrent à leur tour les délices d’une musique éternelle, voilà un joli dessein pour le devenir de cet excellent album de The Heavy.

 

Sortie de l’album "The house that dirt built" le 5 octobre 2009

A propos de Bruno Piszorowicz

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