The Fitzcarraldo sessions – We hear voices

La musique de Jack the Ripper avait atteint une belle plénitude sur leur dernier album en date, Ladies First, un disque qui donnait l’impression que les musiciens du groupe (au nombre de 7 plus Arnaud, le chanteur parolier) touchaient là de près leur fantasme initial : cette pop orchestrée gavée de cordes et jamais plombée, cette musique se partageant entre quelques effluves de la République de Weimar et le Fog londonien peut-être (anglais quoiqu’il en soit).
 
Une magnifique réussite.
 
C’est dire combien l’attente d’un nouvel album était fébrile et que la nouvelle d’un projet de ce type, aussi excitant soit-il, sonnait comme une douche froide tant l’alliage développé sur les trois albums précédents était attachant. Le projet ? En panne (momentanée ?) de chanteur le groupe s’associe à 12 chanteurs/chanteuses pour mettre en voix leurs mélodies. Une sorte de work in progress matinee d’United Nations of Pop.
 
La crainte bien sur de voir la singularité du groupe se diluer dans un trop plein de tout, de respect incapacitant, de versatilité, d’ambitions démesurées j’en passe encore. Les projets de ce type se rapprochent en effet pour beaucoup des films à sketches coté cinéma, il est rare que tous les segments soient d’égale valeur sans parler de l’aspect hétéroclite possible de l’objet.
 
Réel soulagement donc à l’écoute de ces 11 titres qui forment un solide ensemble et s’écoute de bout en bout sans aucun déplaisir nonobstant quelques pics qualitatifs et deux à trois morceaux en guise de simple transition.
 
Le meilleur ce sont les trois titres du début par exemple, « Alice & Lewis » avec Moriarty qui rappelle fort justement la musique de ce groupe franco-américain, une amorce épurée et un emballement efficace, une très belle entrée en matière. C’est aussi « Les Méfiants » chanté par Stuart Staples et qui réussit à sonner à la fois comme du JTR et du Tindersticks. C’est encore « The gambler » avec Phoebe Killdeer et cette pop de cabaret glauque tendance Entertainment menaçant, un superbe moment.

Mais c’est également « Lips of Oblivion » avec Blaine Reiniger (vocaliste de Tuxedomoon) et son ambiance 100% certifiée Jack The Ripper en forme de western crépusculaire, cette chevauchée des Scott Walkeries.

 
C’est encore le clair-obscur à tiroirs d’ « As you slip away » chanté par Joey Burns de Calexico ou bien celui plus sombre encore de Paul Carter (Flotation Toy Warning) sur "I, Ignorist" ou bien encore lumineux de « Drawing down the water » avec feu 21 Love Hôtel.

C’est enfin le groove superbe d’ « Animosity » rythmé par Craig Walker (ex Archive) sans oublier la tristesse poisseuse finale, celle de « All the mirrors are coverred by snow » gémit par El Hijo (Migala).

 
Faisons les comptes 1, 2,3…8, 9. Le compte est presque bon et les pistes restantes bien qu’en-deçà de celles ici décrites restent tout de même largement écoutables et appréciables (nos excuses à Syd Matters et à Dominique A).
 
Voilà donc au final un projet presque entièrement réussi et la confirmation que les musiciens de Jack The Ripper comptent parmi les plus précieux d’une improbable scène pop française.
 
 

 

A propos de Bruno Piszorowicz

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