Tante Hortense – Plus cher

Le problème de la chanson d’expression française (ou francophone) aujourd’hui c’est avant tout sa suractivité. La production musicale en la matière n’ayant pour égal finalement que les grands flux migratoires dés les premiers jours de l’été, ces axes routiers bouchés, ces klaxons intempestifs, ces marées colorées roulant sur le même tempo.
 
Carte postale estivale bien connue, avec sa ribambelle de clichés, de la galerie portant vélo tout terrain « pour aller chercher la baguette le matin » (la guitare acoustique et les moulinets de la main du guitariste), ses tee-shirts « J’M Viry-Châtillon » coincés sur la vitre arrière gauche en guise de pare-soleil (ces « délicieuses » petites vignettes de vie en guise de parole) ou encore le pare-choc arrière se rapprochant dangereusement du sol par la surcharge pondérale des bagages et de l’affluence (ce discours proto-libertaire d’un chanteur à catogan sur sandales d’un côté et, de l’autre, ces revendications proto-féministes d’une petite frappe à franges qui dit bonjour quand elle se brûle).

N’en jetez plus.

 
Ici, j’entends par là sur l’album "Plus cher" de Tante Hortense,  tout y est ou presque de l’acoustique dominant aux bulles narratives à hauteur d’homme en guise de textes chantés. On y ajoute quelques tics de Katerine dans la manière de chanter (époque L’homme à 3 mains) ou encore d’Ignatus sans occulter un petit côté paresseux/cool dans le phrasé comme dans les mélodies pour au final obtenir un album de qualité, de celle qu’on prête à la langueur et au farniente mélodiques.

Oui de qualité,

Après tout il n’y a pas que des berlines climatisées qui arpentent le bitume franchouillard.

 
« Plus cher » est le second album de Tante Hortense, on y croise au gré des pérégrinations pédestres ou de faible allure (c’est qu’on y flâne sur cet album on n’y détale pas le souffle coupé par l’effort et l’esprit grisé par la vitesse) nombre d’amis musiciens de notre chanteur musicien, des guitaristes, des batteurs, des cuivres, un ukéléliste, un bassiste, Frank Monnet, une fanfare également. Tous contribuent à napper les mélodies et le chant de notre bonhomme de quelques minces filets d’étoffe, jamais superflus, toujours dans une modestie qui sied oh combien au propos, ce disque est comme une bouffée de fraîcheur à l’image de la photo du livre où Tante Hortense pose en slip de bain, barbe de 15 jours et masque de plongée les pieds dans une eau saline et claire.
 
Un disque décontracté de la glande pinéale pour un artiste bien sympathique (dans le sens premier du terme, délesté de l’ironie sa voisine), voilà de quoi faire honneur à une certaine frange de la chanson française qui délaisse volontiers paillettes et esbroufe pour privilégier la contiguïté fraternelle et la connivence tacite. Merci bien Tata Hortense !
 

A propos de Bruno Piszorowicz

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