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E-Grand « Here they come » et Polaroid3 « Rivers » (2017)

Les albums de deux groupes français sortent quasi-conjointement : celui de E-Grand, dans la tradition d’un power-rock indé 90s, et celui de Polaroid3, qui renoue avec les ambiances soul hivernale du Trip-Hop. Petite traversée de ces deux opus appréciables…

Avec Here they come, le lyonnais Didier Frahier avec son groupe E-Grand, signe une déclaration d’amour à son ADN musical, suspendu entre les harmonies vocales des Byrds ou de Big Star, l’électricité rugueuse de Neil Young et Crazy Horse, et la pop noisy des années 90. Here they Come, le morceau inaugural qui donne son titre à l’album, est un hommage manifeste à Neil Young avec ses gros riffs dépouillés et angulaires, mais ne s’y réduit pas. S’instillent également un goût des hymnes non dépourvu d’emphase, et une rondeur mélodique, ouvertement pop. L’album oscille entre des morceaux très rock, et des titres aux tempos plus posés laissant un peu plus d’espace à la voix, aux chœurs et aux harmoniques. She lives on ou Safari s’inscrivent davantage dans l’axe mélodique des écossais du Teenage Fanclub, byrdiens et stellaires dans les inflexions vocales. E-Grand parvient à construire des parfaites pop-songs – les 3 minutes 20 du « canonique » Memories – comme des titres au long cours – le tonitruant Call of Life avec ses « hou-hou » tapageurs, ou le très bon The Keys to your life, en clôture d’album. Le registre du disque – une pop optimiste et battante – est parfois un peu trop homogène sur la longueur, mais E-Grand signe une poignée de compositions tout à fait mémorables…

L’album Rivers du trio alsacien Polaroid3 (Christine Clément, Christophe Imbs et Francesco Rees), semble à première écoute un objet un peu anachronique, renouant avec les charmes glacés de Massive Attack, une synthèse d’électronique, d’ambiances pesantes ou éthérées, et bien-sûr de voix Soul. Ici, c’est celle très malléable de Christine Clément qui se prête à toutes les mutations atmosphériques et musicales. Des textures de cordes jouent en contrepoint avec les programmations électroniques pour composer les tonalités plus ou moins inquiètes des morceaux comme dans le prenant Moonghost. L’album compte quelques classiques du genre, mi-électro et mi-cordes classiques : les titres Rivers évidemment et You must go on, qui forment tous deux un excellent diptyque, pics et crescendo hypnotique de l’album. La qualité des textures musicales et le soin apporté à la construction cinétique des chansons compensent le caractère a priori balisé du « revival » Trip-Hop. Le disque des Polaroid3 dépasse, grâce à ses finesse et densité d’écriture, l’exercice de style. Il se révèle et s’opacifie au fil des écoutes successives. Les mélodies de Rivers s’apprécient immédiatement mais leurs charmes et mystères redoublent dans la durée.

Here they come de E-Grand (Revellata Records) – sortie depuis le 27 janvier 2017 – e-grand
Rivers de Polaroid3 (Oh! – Bloody Mary Records) – sortie le 17 février 2017 – www.polaroid3.com

A propos de Robert Loiseux

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