Brahms – « Sonates pour violoncelle » par Martin Helmchen et Marie-Elizabeth Hecker

Duos de Brahms

Placé sous le signe du paradoxe, le duo formé par les première et dernière sonates pour violoncelle et piano offre une perspective inédite sur l’oeuvre de Brahms.

Riche de trouvailles musicales aussi surprenantes que géniales, la Sonate en mi mineur se présente comme un hommage rendu à l’influence qu’ont exercé ses prédécesseurs sur Brahms.  Si les deux premiers mouvements se caractérisent par l’écho à Haydn et Mozart, le dernier emprunte plus visiblement encore à L’Art de la fugue.

D’une citation liminaire, le compositeur extrait la matière d’une résurrection toute brahmsienne du treizième contrapunctus. Mêlant fugue et forme sonate, elle superpose deux modalités d’un temps musical contrarié. Des oppositions ponctuent d’ailleurs l’ensemble de l’oeuvre, décrivant un spleen dans l’idéal passé. Soutenue par le recours accru à l’intervalle de sixte mineure, l’expression de la mélancolie se transmet par le timbre chaud du violoncelle qui s’impose à côté du piano auquel est d’abord destinée la Sonate.

La Sonate en fa majeur de l’opus 99 déroule un tout autre paysage. Tardive, elle ne laisse pas d’étonner par son esthétique novatrice, qui atténue l’image d’un Brahms aux antipodes des intuitions wagnériennes de la « musique du futur. » Jonglant avec des rythmes binaires et ternaires, elle déstabilise par son ingéniosité rythmique, qui se conjugue merveilleusement avec la richesse des mélodies, en particulier dans l’Adagio affettuoso.

En duo en musique et à la ville, Martin Helmchen et Marie-Elizabeth Hecker tirent ici de Brahms ce qu’il a de meilleur. S’il est fréquent de distinguer trois périodes dans la vie de Brahms, on peut dire qu’ils la saisissent tout entière au travers de ses multiples dimensions.

Brahms, Sonates pour violoncelle – Marie-Elisabeth Hecker, violoncelle / Martin Helmchen, piano – Cd édité par Alpha

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