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Angelfish Decay – « Hypnotised Tourist » (2017)

Angelfish Decay, formation franco-anglaise électro-rock avec quatuor à cordes, emprunte son nom au morceau de Michael Nyman qui ouvrait la BO de Zoo, film de Peter Greenaway. Le jeu rythmique intriqué des cordes demeure, mais la musique et le chant évoquent autant le post-punk que la new-wave frénétique, entre les hymnes robotiques de Devo et la fougue des premiers XTC. Pas de post-modernisme appuyé ici, un rock qui serait ennobli par des cordes classiques, mais plutôt les entrelacs ludiques d’une musique tonique et sautillante. Les compositions du EP, joue de ce collage improbable, la facture classique du quatuor dialoguant avec le tapage des beats, avec une permutabilité permanente des rôles. Le chant de Pat Griffiths, ex 23 Skidoo et Baroque Bordello, rebondit dans cet entre-deux, souvent doublé par celui d’Olivier Deparis (percussionniste et programmateur du groupe). Les morceaux sont remarquablement inventifs, animés par d’incessantes variations, ponts et mini-breaks.

L’excellent Go Somewhere qui ouvre le EP, est une sorte de petit manifeste assez épique, avec son mot d’ordre clamé We got to go somewhere, qui pose le son et la palette instrumentale du groupe. Le morceau évoque une course folle, celle de l’hyperactivité contemporaine, comme un jogger fou qui se cognerait contre les murs d’un espace exigu. Beats et percussions s’emballent dans la surchauffe rythmique finale et le morceau finit suspendu sur un coup d’archer. Smartphone, autre clin d’œil malicieux au consumérisme contemporain, est construit sur un motif de contrebasse frappé. Le morceau s’échafaude très progressivement entre pincés de cordes, motifs de sonnerie, beats sourds ou résonnants, pour former une mille-feuille sonore, gracieusement étiré. L’ouverture de Today, morceau quasi-instrumental, avec sa rythmique syncopée et ses battements de cymbales, est rempli de réminiscence 80’s. L’emballement disco côtoie toujours une forme de folie douce – cowbell et petites dissonances à l’appui. Le doux Pylons s’ouvre quasiment comme une comptine échappée d’un album de Moondog. Le mélange organique des voix et des cordes s’électrise au contact des beats kraftwerkiens pour une sorte d’Autobahn suspendu dans les airs.

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Difficile de résister à la formule que déploie la formation sur son premier EP mini-album, d’autant qu’Angelfish Decay se démarque par un véritable talent mélodique. On y entend autant le soin du produit studio que l’énergie d’un groupe taillé pour la scène. La musique d’Hypnotised Tourist intrigue et séduit, singulière et immédiate. Surtout, il est notable de constater, quelles que soient les filiations auxquelles on cherche à les rattacher, qu’Angelfish Decay a construit une alchimie musicale qui lui est propre. Certains groupes des années 90 — on pense à Soul Coughing, Morphine, Tom Cora avec The Ex – avaient tenté et réussi de semblables croisements, sans calcul ni volonté de mode. Le EP quant à lui, se boucle sur City Noise, un morceau soutenu, qui récapitule les ingrédients musicaux précédents et nous renvoie à Go Somewhere, le « tube » d’ouverture, pour une nouvelle traversée roborative du disque. Hâte donc de découvrir le groupe sur scène et d’entendre la suite de son aventure discographique…

Hypnotized Tourist d’ Angelfish Decay (Autoproduction) – sortie le 10 février 2017, vinyle et numérique
Infos et dates : angelfishdecay.fr

A propos de Robert Loiseux

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