Le rock,  a comme tout autre style artistique,  ses héros, ses icônes. Si certains se sont construits facilement et sans blessures,  certains autres ont connu le chemin de croix(prison, maison de correction, hôpital psy). C’est un peu le cas de Sonny Vincent qui reste peut-être l’un des derniers grands héros du rock  à l’américaine. Son actualité est riche. Un album bien enlevé avec des grandes gloires du punk-rock anglais et une tournée européenne qui vient de se terminer, un peu de repos et à nouveau une autre qui recommence. Le retour au calme s’est effectué récemment  pour cette icône dans la peinture et bien-sûr l’enregistrement de nouveaux morceaux. Nous avons décidé de nous pencher sur Sonny et un peu plus particulièrement sur l’histoire de son groupe fil rouge les Testors juste pour nous rappeler qu’avec le rock souvent se mêlent la blessure, la rage, la sueue et les rencontres.

Le scénario est tout prêt. Nous sommes en 1976. Vous avez trouvé votre fauteuil dans votre cinéma de quartier. L’ouvreuse vient de vous vendre votre paquet de pop-corn. La salle s’éteint. L’écran s’allume, crépite. Générique !  Le film commence « L’Histoire de Sonny Vincent  1ère partie The Testors »….

Il était une fois Sonny Vincent….

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C’est le 7 juillet  1952 que commence l’histoire terrienne de Sonny… Il naît à New-York. Sonny ne sait pas encore qu’il sera un homme de scène, mais  c’est un enfant de la rue, du quartier et c’est là son lieu de vie, sa scène à lui  pendant son enfance et son adolescence. Il commence à fréquenter les clubs. A 14 ans après avoir dormi en toute illégalité dans un dortoir pour filles sur le campus de l’université de la grosse pomme il fait son premier concert au Village. On s’attendrait à une ascension fulgurante telle les grands du rock. Et bien non la justice en décide autrement. A 15 ans il fait un séjour en maison de redressement. La jeunesse de Sonny est ainsi faîte, enchevêtrée d’un rapport étroit avec la justice. Il ira aussi faire deux ans de prison pour un simple joint(vive le rêve américain). Mais malgré ses déboires Sonny, en implacable musicien, compose, joue sur sa Gibson 1969. Ses influences il en parle bien et notamment de ses premiers débuts :  « je viens du blues aussi, Mais vraiment au début j’ai commencé par Robert Johnson, Howlin wolf, Muddy Waters, les Yardbirds, Hendrix, les premiers trucs de Fleetwood Mac…Cream, Doors le basique son des sixties tu sais » Tout se passe ainsi de petits groupes en petits groupes nous sommes entre 1975 et  1976, une période clé pour  Sonny….

C’est sans doute à partir de cette année-là que l’histoire se met en marche. Une histoire non-pas basée sur des légendes ou des rumeurs de comptoirs de clubs mais une vraie histoire avec un grand « H ». Il deviendra icône plus tard. Mais déjà Sonny, semble être  le personnage central d’un road movie à la Tarentino.  1976 il forme les Testors, son groupe, comment dire son groupe fétiche avec lequel il va incendier la belle Amérique de cette époque-là. Le groupe est un trio hargneux, criant. Le line-up comprend deux guitares, une batterie tribale et vous attendez le fameux « bassiste » et bien non il n’y en a pas ! Bien avant les Cramps avec qui il partagera l’affiche Sonny a choisi la carte du minimalisme. Sa première équipe est donc basique on retrouve Sonny à la guitare et au chant,  Gene Sinigalliano à la deuxième guitare et   Gregory R (Gregory Lapina) à la batterie.

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 En 1977, année clé du punk rock anglais et américain, les Testors sans rien demander à personne pilonnent de leurs concerts la grosse pomme(New-York). Ils joueront à plusieurs reprises au fameux GBGB’s et au Max Kansas City. Ils partageront l’affiche avec des formations naissantes et importantes comme Mink De Ville, Teenage Jesus and The Jerks, The Cramps, les Dead Boys et beaucoup d’autres. En même temps que  la musique des Testors commence à plaire à toute la jeunesse révoltée new-yorkaise, le groupe commence à faire sacrément parler de lui par de hauts faits. Sonny écopera ainsi de 6 mois de prison cette année-là au sein d’une maison de correction pour mineur et il se fait cataloguer par le tribunal comme « personne ayant besoin d’être encadrée ». Il est condamné pour effraction, destruction de bien public et possession de drogue. Celui qui a les visages angéliques d’Elvis et Johnny Cash superposés(vision totalement subjective) a pris un coup dans l’aile ? Non les Testors ne s’arrêteront pas en si bonne route. Les mois passent et on arrive doucement à l’année 1979.

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Le line-up du groupe  change cette année-là. Sonny incluera enfin un bassiste et changera de batteur mais les Testors resteront les Testors un trio de punk-rock de référence. En 1979 il embauchera un nouveau bassiste en la personne de Kenneth Brighton et aussi un nouveau batteur nommé Jeff West. Le groupe répète ses nouveaux morceaux qui iront au moins à deux couplets. Sonny s’efforce à ce travail mais aussi à celui d’aligner quelques phrases mélodiques.  Ils partent peu de temps après en tournée avec les effrayants Dead Boys de Stiv Bators. La tournée tourne au cauchemar. Les techniciens de la sono s’échappent et les patrons d’hôtels commencent à trembler et vérifient leur police d’assurance. C’est cependant l’une des tournées dont Sonny aime à se rappeler. Elle évoque les mauvais mais aussi les bons souvenirs. Tourner avec Stiv Bators des Dead Boys n’est pas de tout repos. Mais cette même année le leader des Testors prend la liberté d’enregistrer un album solo avec les musiciens des Chain Gang. Cette première production solo ouvrira une longue liste de participations incroyables tout au long de sa carrière.

En 1980, Les Testors sortent un single : « Time Is Mine/Together » sur le label Drive-in. Les concerts continuent. Le groupe s’offre de partager l’affiche avec les géniaux Cramps, Iggy Pop, Steel pips. Le rythme est infernal et le groupe ne fait pas que dans la grand musique. La tournée est ponctuée par toutes sortes de péripéties : baston avec Lenny Kaye(Patti Smith Group) , incendie volontaire de la scène, du matériel et du public. Sonny n’échappe pas au séjour en hôpital psychiatrique à New-York. Il y restera trois mois. Puis c’est la sortie et le split. Sonny au bout de cette difficile période se met au cinéma et s’active dans un do it yourself comme artiste multimedia sur  New-York.

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En 1981, il déménage à Mineapolis. Les affaires reprennent. Il commence des participations à des projets multiples et incroyables. A chaque fois Sonny créé, compose, joue, enregistre et sort un album en ce qui concerne la musique. Il monte la formation Sonny Vincent and the Extreme.

1995 il sort un film « Mannequin World ». Il sera projeté à Mineapolis à la télé et dans beaucoup d’institutions artistiques et musées des U.S.A Il est un artiste complet.

 En 1986 son single solo « Lesson In Life » sera no 1 à Milwaukee, et no 8 à Minneapolis. 1987 il forme Model prisonner.

 En 1989 il fonde l’excellent Shotgun Rationale il invitera en 1990 sur ce projet le guitariste Cheetah Chrome des Dead Boys qu’il connaît bien.

En 1991 il enregistre un album avec Moe Tukker puis il jouera avec the Dons en 1992 et 1993. Non Sonny ne s’arrête pas. Chaque période est aussi l’occasion de ressortir des morceaux des Testors et de ses groupes antérieurs.

 En 1998 il est à Berlin et enregistre Parallax in Wonderland avec comme invité Wayne Kramer du Mc5 le tout est produit par Ron Ashton.

 En 2000 il sort « Hell’s Kitchen ». 2003 il enregistre « the good, the bad and the ugly » .

 Cette même année il sort un double cd et double vinyl regroupant une edition complète des enregistrements avec les Testors. Il part en tournée avec Rocket From The Crypt.  Il ne s’arrêtera plus d’enregistrer ainsi, de créer(recyclage de vieilles pochettes de vinyles) et de jouer sur scène.

 De 2004 à 2008 il enregistre et sort 5 albums dont le fameux « Pin’s » En 2008 il  continue à tourner.

 En 2014 il retrouve les chemins des studios et des participations punk old-school. Il sort l’album « Spiteful » sous le nom Sonny Vincent and Spite. L’album est salué par la presse française comme le magazine “rock’n folk” et on y voit et entend les participations de Rat Scabies des Damned, Glen Matlock des Sex Pistols et Steve Mac Kay. La tournée qui suit se passe très bien et reçoit un très bon accueil.

 2015 l’animal est de retour sur scène pour envoyer son rock’n roll et nous rappeler que le rêve américain il se l’est construit lui-même, un peu tout seul,  à grands coups de cris, de pleurs, de douleurs, de souffrance,  d’heures de labeur, d’endroits pas toujours clean, de rencontres merveilleuses mais aussi foireuses voire dangereuses. Alors qu’on parle souvent des Ramones comme les grands héros du punk-rock made in U.S.A il ne faudrait pas oublier que Mr Vincent a largement contribué à sa diffusion, sa réputation et que son nom définit sans doute le mieux ce mot de quatre lettres que nous affectionnons tous. Respect Mr Vincent.

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Vidéos

 

Sources

Mr Sonny Vincent

Interviews, discussions avec Mr Sonny Vincent (réalisées en mai 2015)

Wikipedia de Sonny Vincent

Page facebook de Sonny Vincent

Le site de l’association Loboto’s

Sonny Vincent website

A propos de Phil Sargeni

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