Salim Nourallah – "Constellation"

Comme le titraient il y a un peu plus d’un quart de siècle ces princes de la power pop qu’étaient les Plimsouls (et qui en connaissaient aussi un rayon sur le sujet), l’histoire de Salim Nourallah, "it’s the oldest story in the world". Celle (que l’on vous a déjà servi à propos d’Eric Matthews et qu’on ne manquera pas de réactualiser chaque fois que nécessaire, et les occasions ne manquent malheureusement pas) du type scandaleusement bourré de talent mais tout aussi scandaleusement condamné (?) à l’ombre de la gloire, à cette destinée de "unsung hero", certes idolâtré par ses fans irréductibles, mais ça n’est pas ça qui fait bouillir la marmite tous les jours.

Sur ce si bien nommé nouvel album Constellation (on ne compte en effet plus les étoiles que son écoute répétée allume en nous), Salim demande (sur The Wrong Road) "n’as-tu jamais eu la sensation de prendre la mauvaise route ?", celle qui a conditionné chaque seconde passée depuis ce funeste jour. N’allez pas vous imaginer qu’il chante ça  des sanglots (auto)apitoyés dans la voix, hein. Pas le genre de la maison, trop de classe pour ça.
A son propos, on ne voit pas bien de quelle mauvaise route il pourrait bien s’agir, expliquant par exemple que son "succès" soit tel que ses albums ne soient chez nous (difficilement) disponibles qu’en import et qu’on n’ait probablement aucun espoir de le voir un jour sur une scène en chair et en os (bon, cela dit, tout n’est peut-être pas perdu, un songwriter de la trempe de Cass McCombs étant en passe d’être aussi reconnu en France). Oui, quelle mauvaise décision a-t-il prise ? Celle de se séparer artistiquement de son frère Faris et de dissoudre ainsi les Nourallah Brothers ? Si les deux frangins, aussi doués l’un que l’autre (merci aux parents) ne triomphent pas en solo, il en allait de même en "groupe", de toute façon.
Celle (parfaitement involontaire, père syrien oblige) de s’appeler Salim Nourallah et de ne pas avoir choisi un nom de scène un peu plus "indiepopement" compatible ? Outre le fait qu’un tel patronyme n’a pas dû être facile à porter tous les jours dans l’Amérique post-11 septembre (surtout quand vous vivez au Texas), les préjugés musicaux ont la peau aussi dure que les autres. Quand vous vous appelez Salim Nourallah, il est certainement plus facile de susciter les louanges de la presse branchée en étant un virtuose du oud ou du chant soufi plutôt qu’en alignant les orfèvreries pop…

Salim Nourallah

Ce Constellation démarre pourtant sous des auspices un rien maussades, avec un Endless Dream Days un poil geignard, qu’on imaginerait davantage chez Tom McRae, vous savez, la sensation folk-pop de saison d’il y a une demi-douzaine d’années. Mais les douze autres chansons ne sont pas loin de la perfection, de cette évidence d’écriture qui fera toujours la beauté de la pop et sa supériorité ontologique sur tous les autres genres musicaux (dussé-je ici me brouiller à mort avec des cohortes de mes contemporains).
Si des chœurs d’intro ici (Love is all around) peuvent évoquer un Swell beaucoup plus solaire que l’original, si un banjo là (Saint Georges) rappelle les High Llamas des débuts (avant les effets d’une trop longue proximité avec Stereolab…), on pense surtout à d’autres frères, tout aussi monstrueusement doués que les Nourallah : les Pernice Brothers.
Qui a le bonheur d’être familier avec l’œuvre de Joe Pernice et ses presque innombrables incarnations discographiques (Scud Mountain Boys, Chappaquiddick Skyline…) aura compris à quelle hauteur d’écriture on se trouve ici.

The world won’t listen (comme disaient les Quatre de Manchester) ? Le monde est con, ma bonne dame…

Que ce soit via son site officiel (on vous recommande en particulier la galerie photos) ou via cette mini bio vidéo, Salim Nourallah apparaît tout aussi sympathique que ses chansons, mais le contraire nous aurait fort surpris… :

A propos de Cyril COSSARDEAUX

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