Riz Ortolani – "Cannibal Holocaust" (soundtrack)

A première vue il serait difficile de trouver un point commun entre la musique du groupe versaillais Air et « Cannibal Holocaust », le film réalisé par Ruggero Deodato en 1980. Une bluette mettant en scène (littéralement, un Blair Witch avant l’heure) une soit-disant expédition en terre amazonienne mise à mal lorsqu’elle rencontre quelques aimables membres d’une tribue cannibale. S’en suit alors des plans d’animaux dépecés, des dégustations d’organes divers et deux ou trois mises à l’air de viscères en plan-séquences pour au final un archétype même de Cannibalploitation tel qu’il en fleurira énormément dans les années 70 et 80. C’est d’ailleurs là le film le plus censuré de toute l’histoire du cinéma et aussi un film qui rapportera énormément d’argent.

La musique de ce film est l’œuvre du compositeur italien Riz Ortolani qui débuta d’ailleurs sa carrière de compositeur pour le cinéma avec un autre film doux et tendre « Mondo Cane » en 1962 dont la chanson-titre « More » lui valu un Grammy award et une nomination tout de même aux Oscars. S’ensuivit une longue carrière riche de dizaines de musiques originales dans des genres les plus bis du cinématographe comme les westerns spaghetti ou bien allemand (comme son illustre collègue Bobby Trafalgar) et bien d’autres genres (à peu près tous en fait) pour nous amener donc à cette année 1980 et à cette partition pour un film mettant en scène des rites cannibales. C’est un compositeur comme beaucoup d’autres (Piero Piccioni par exemple ou encore Gianfranco Plenizio) qui font le bonheur des superbes compilations « Easy tempo » de par l’ambiance révolue d’une époque jetée avec l’eau du bain et propice à une ambiance lounge de bon aloi entre trompettes jazzy, easy-listening avant l’heure, rythmiques paresseuses et élégance à tous les étages.

Une pochette au hasard d’une des innombrables compilations Easy Tempo

Riz Ortolani et sa partition pour Cannibal Holocaust donc. Et bien croyez-moi ou non mais le décalage est saisissant entre le film et sa musique puisque celle-ci baigne le plus souvent dans une mélancolie élégante et un presque romantisme qui étonne pour le moins mais surtout séduit pour le plus.

On y trouve des plages synthétiques minimaliste comme sur « Adulteress’ punishment » ou encore sur l’incongru Cameraman’s Recreation qu’on jurerait sorti du générique d’un film de Pierre Richard, oui vous savez lorsque celui-ci déambule avec nonchalance dans un champs de blé (mode La carapate) ou tâte de la sieste au bord d’une rivière une tige de blé à la bouche (mode Les malheurs d’Alfred).

On y trouve aussi une petite et savoureuse ambiance jazzy en mode easy-listening/groovy (guitare fuzz et tout et tout même si elles sont en sourdine) comme sur le « Drinking coco ».

On y trouve surtout des pures merveilles acoustiques en particulier le thème principal repris par trois fois(le « Main theme » du début puis dans une version plus angoissante avec « Love with fun » pour finir sur le « End title »). La même ambiance encore qui mêle arpèges acoustiques et violons enneigés sur « Crucified woman » (un poème!) qui raisonne en nous avec surprise (ce n’est jamais que la musique d’un film de cannibales tout de même) comme un lourd sentiment de fatalité. Du très bel ouvrage et au final une bande-originale subtile et attachante.

Vous l’aurez compris en lisant ces dernières lignes et en découvrant ces « arpèges acoustiques et violons enneigés » combien la partition de Riz Ortolani a pu influencer Nicolas Godin et Jean-Benoit Dunckel, lui comme bien d’autres. On se dit d’ailleurs en écoutant le thème principal de ce film que le groupe Air court après un tel morceau depuis le début de sa carrière même s’ils s’en sont bien souvent délicieusement approchés. Un petit sommet de pop orchestrée instrumentale que cette musique de film, modeste et discret, d’autant qu’on était loin de s’attendre à trouver pareil trésor mélodique sous le gros caillou du film de genre bien gras et bien indigeste :

Une véritable et belle musique d’ascenseur pour le chauffe-eau.


Découvrez Riz Ortolani!

Une version alternative du thème principal du film par l’autre cinglé de Buckethead.

A propos de Bruno Piszorowicz

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