En considérant que la réédition, l’année dernière, des EPs sortis de 1988 à 1991 rassemblés en deux CD ne constituait pas une nouvelle production discographique, il aura fallu attendre vingt-et-un ans et neuf mois entre "Loveless" (novembre 1991) et "MBV" (février 2013). Pourtant ce n’est pas un record puisque vingt-cinq ans séparent par exemple "Burning From The Inside" (1983) et "Go Away White" (2008) de Bauhaus, les pionniers du Gothic Rock1. Il y en a sans doute d’autres.
 
Attendre aussi longtemps la galette qui succède au mythique "Loveless", à propos duquel il s’est écrit livres et mémoires2, ne peut être que source d’exaltation et d’impatience trépignante pour les fans du siècle dernier (dont une grande majorité a doublé son âge entre-temps). On présume que Kevin Shields et consorts ont mis à disposition avant tout à leur intention depuis le 2 février 2013 les titres de ce nouvel album en téléchargement payant sur le site officiel du groupe (http://www.mybloodyvalentine.org3), avant la sortie des copies CDs et vinyles prévue pour la dernière semaine de ce même mois de février.
 
Cet article n’est pas une critique (comprendre examen) de l’album, c’est un condensé d’impressions à chaud, impressions issues de nombreuses années d’attente et de deux pleines écoutes et avec le parti-pris de ne parler que de la musique, sans prendre en compte les paroles et leurs significations.

Avant même l’écoute, on remarque que les pistes sont assez longues, puisque 9 titres correspondent à 46 min 29 sec. Le morceau qui ouvre l’album, "She found now", consiste principalement en un mur de guitares fuzzées avec la voix de Kevin Shields en retrait, tenant plus du choeur que du chant mélodique, agrémentés d’accords de guitare au son clair. Si l’on ajoute l’utilisation du tremolo dont Kevin Shields est devenu un maître nous avons là un morceau presque caricatural du style My Bloody Valentine, très "loveless-ien". Comme si les artistes avait voulu faire une piqûre de rappel du chapitre précédent. Il en est presque de même pour les deux titres suivants, "Only tomorrow" et "Who sees you", qui cependant bénéficient de grandes richesses harmoniques dans les nombreux accords utilisés; c’est relativement nouveau dans l’oeuvre de My Bloody Valentine. Il est à parier que les prestations live seront délicates sans l’aide de partitions car se souvenir d’enchainements d’accords aussi complexes risque d’être problématique.

La surprise de taille arrive avec "Is this and yes", où l’orchestration se limite à un seul clavier aux sons d’orgue et aux harmonies étranges. La voix de Belinda Butcher y apparait par syllabes inintelligibles et ethérées qui rappellent celles de Liz Fraser dans un certain nombre des premiers Cocteau Twins. Belinda chante également dans le morceau suivant "If i am", calme et recherché dans la composition, avec un effet wah-wah inhabituel sur la guitare.
 
"New you" semble être le morceau qui sera édité en single. Plus facile d’accès pour l’écouteur moyen, il bénéficie tout de même d’un gros travail de production. Pas de saturation dans les guitares cette fois-ci ; elles sont claires mais agrémentées d’un effet vibrato continuel. Seule la basse binaire bien rythmique est fuzzée. "In another way" est plus agité que ses prédécesseurs, surtout par la ligne de batterie aux nombreuses notes qui évoque le travail de Simone Pace sur "23" de Blonde Redhead4. Un synthé en nappes y est aussi notablement présent.
"Nothing is" est une ritournelle shoegazienne surprenante par sa répétitivité jamais démentie sur les 3 min 33 sec que dure le morceau, morceau qu’on sera tenté d’étiqueter de "transe" rock. "Wonder 2" clôture l’album de ses harmonies bizarres que l’on dirait empruntées au free jazz, dans un concert de feedbacks de guitares maîtrisés et une débauche d’effets sur tout les instruments, en particulier le flanger sur la batterie donnant des sons proches de ceux d’un avion de ligne en vol. En supposant que le volume sonore restera assourdissant pour leurs concerts, car telle est leur habitude (earplugs fortement conseillés), les spectateurs pourront se demander s’il n’y a pas un Airbus dans la salle.
 
"M b v" est-il donc le digne successeur de "Loveless" ? Pour l’un comme pour l’autre (même si cela était moins évident pour le dernier nommé) une écoute en mode aléatoire est déconseillé de par une relative gradation dans le style "My Bloody Valentine" ancien et nouveau au fur et à mesure que les titres se suivent. On retiendra que Kevin Shields a probablement beaucoup travaillé sur ses compositions aux harmonies déroutantes et échevelées. Quant à l’orchestration, les différences sont moins notables, mais la production et le mixage particulièrement soignés la transcende.
 
Références :
1- Page Wikipedia de Bauhaus : http://fr.wikipedia.org/wiki/Bauhaus_(groupe)
2- Page Wikipedia de My Bloody Valentine : http://fr.wikipedia.org/wiki/My_Bloody_Valentine
3- Site officiel de My Bloody Valentine : http://www.mybloodyvalentine.org
4- Page Wikipedia de Blonde Redhead : http://fr.wikipedia.org/wiki/Blonde_redhead

 

 
 

A propos de Enrique SEKNADJE

Laisser un commentaire