Le titre de l’immense tube pour lequel Fontella Bass passera à la postérité ne manque pas d’ironie. Rescue Me. Cette chanson fut loin de la sauver mais aura au contraire fortement contribuer à la dégoûter de l’industrie musicale. Pourtant, au milieu des années 60, le single se vendra à plus d’un million d’exemplaires et offrira à son label, le légendaire Chess Records, son premier véritable hit dans les charts pop depuis Chuck Berry, dix ans auparavant. Seulement voilà, coauteur de la chanson, Fontella Bass ne verra pratiquement jamais rien de la petite fortune qu’elle aurait dû lui rapporter… Loin de baisser la tête comme tant d’autres artistes de l’époque le firent, elle affronta Chess bille en tête et y gagna une belle réputation d’"emmerdeuse" dans le music business. Elle se montrera à nouveau tout aussi combative au début des années 90 en découvrant que sa chanson illustrait une publicité pour American Express, évidemment sans son accord.
Rescue Me est parfois décrit comme la "plus grande chanson qu’Aretha Franklin n’a jamais chantée" et c’est une définition assez juste. Elle partage en tout cas les mêmes racines gospel que les plus grandes réussites de la Soul Sister. Et pour cause : la mère de Fontella, Martha Bass, était une grande chanteuse de gospel et elle-même a d’abord débuté dans les chorales d’église avant de se tourner vers la soul (et de travailler notamment un temps à ses débuts avec Ike & Tina Turner). Rescue Me devance d’ailleurs de deux ans les premiers vrais tubes d’Aretha Franklin et bénéficie de quelques musiciens de studio qui feront bientôt parler d’eux (Minnie Riperton aux chœurs et Maurice "Earth, Wind & Fire" White à la batterie).

Fontella Bass

En fuyant l’industrie discographique américaine à la fin des années 1960 pour Paris, Fontella Bass prend aussi une direction musicale assez radicalement différente aux côtés de son mari, le trompettiste Lester Bowie, cofondateur de la formation de jazz avant-gardiste, Art Ensemble of Chicago. Elle enregistre un premier album avec le groupe (Art Ensemble of Chicago with Fontella Bass) puis la musique du second long-métrage du réalisateur franco-israélien Moshe Mizrahi, Les Stances à Sophie, adapté du roman du même titre de Christiane Rochefort, avec Bernadette Lafont et Bulle Ogier, en 1971.
L’année suivante, elle retrouve le producteur qui l’avait découverte, Oliver Sain, pour l’album Free sur un petit label (P-Vine Records), hélas sans grand succès. Elle enregistrera encore quelques albums, un peu plus à partir des années 90, où elle est redécouverte, mais consacrera la majeure partie de sa vie à ses enfants.
Elle est décédée le 26 décembre 2012, des suites d’une crise cardiaque, à St. Louis, la ville où elle était née 72 ans auparavant.

A propos de Cyril COSSARDEAUX

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