En catimini ou presque sort ce mois-ci le nouvel album de Moby, personnage central de la musique électronique depuis pas loin de 2 décennies maintenant. Ses fans aiment la simplicité et l’efficacité de ses mélodies, ses détracteurs l’accusent de picorer à droite à gauche d’avoir eu un immense succès avec un disque bâti en grande partie sur des enregistrements déjà existants (« Play », évidemment) ou encore de débiter au kilomètre une électro-pop insipide ou du downtempo mou du genou.
 
Se situant à l’exacte symétrie des deux opinions, il va sans dire que l’écoute de ce disque s’est tout d’abord fait sans urgence ni froncement de sourcils, juste le simple appât de la nouveauté et la curiosité de découvrir une nouvelle tranche de vie de Moby (après le Moby militant fervent du droit des animaux de « Animal rights », le fervent des BOF (je n’ai pas dit beauf) d’ « I like to score » j’en passe et des (heureusement) meilleurs).
 
Du long de ses 16 plages en majorité instrumentales (mais avec pas mal d’invités au chant, l’artiste se réservant celui de « Mistake ») se dégage une profonde ambiance mélancolique. Voilà le retour du Moby intimiste et spleenesque, l’as du triturage contemplatif de machines. Il faut dire que la pochette déjà en dit long de toute son épure : une ligne noire qui dessine un troll sur fond blanc. Un minimalisme qui va de pair avec la musique de l’album et sa volonté ambianteuse (non il y’a pas de faute) à l’encontre de toute ambition ou grandiloquence.
 
Certes « Mistake » rappelle le Moby dernière période mais comme par défaut, tout en discrétion et en grisaille rentrée. Rien de clinquant ici, un son plutôt agréable de bout en bout, un disque qui peut permettre de redécouvrir un peu Moby s’il est arrivé d’apprécier un morceau ou deux de son cru par le passé tout en étant un tantinet agacé par sa posture de végétarien chauve à vélo toujours en train de s’excuser pour un oui ou pour un non.
 
Un album où lancinance et longs silences s’unissent en qualité (« Pale horses » d’un côté et « Shot in the back of the head » de l’autre par exemple) comme en quantité (même si…. On y reviendra), l’ambiance générale est à l’apaisement, au repos, à la glandouille les yeux fixés sur le plafond (ou même au ciel si l’on écoute ce disque avachi dans l’herbe), une sorte de parenthèse presque enchantée dans nos tumultueuses existences.
 

 
Alors certes il se trouvera sans doute 5 auditeurs sur 10 (en y incluant les Mobyphiles acharnés, ceux-là même qui se sont mis au jus de concombre et au Vélib’ après avoir terminé la lecture du livre « Moby de A à Z » dans la collection des guides « Musicbook ») pour trouver le disque insipide et ennuyeux. On peut en effet regretter le Moby iconoclaste, celui qui s’accoquinait avec des guests de luxe pour ses clips MTVesques, on préférait ce paradoxe du Nerd à la tête de gentil mormon, dont le cœur balance entre le blues le plus smooth et les paillettes les plus clinquantes. Peut être d’ailleurs que la nouvelle amitié avec David Lynch (lui qui a réalisé le clip de « Shot in the back of the head ») explique-t-elle ces ambiances lénifiées et segmentantes (« C’est beau ! Non c’est chiant », il faut dire que la méditation transcendantale aura eu la peau de plus d’un dur à cuire, David en tête. Bref, il est évident que ce disque ne fera nulle unanimité et qu’il cristallisera une fois de plus certaines critiques acerbes envers Moby et sa musique, un disque à prendre ou à laisser sans nulle doute même si de tels enjeux mélodramatiques tranchent avec la modestie du propos (on peut aussi choisir de s’en foutre royalement non ?).
 
 

Il manque Jack Lang entre les deux là quand même

Cependant,
 
« Wait for me » est un bel album.
 
Des pistes dédiés au recueillement et, pourquoi pas, à la lecture comateuse d’un essai de sociologie urbaine, une ambiance molle et cotonneuse pas désagréable du tout, essentiellement d’ailleurs par ce primat du ressenti sur le clinquant ou le relief. Point de pics et de crevasses créatrices ici, juste une plaine de traîne jolie au regard et qui sent bon l’herbe haute. De quoi se lover en son intérieur et faire la sieste sous un platane forcément centenaire. Moby ne doit pas dépasser les 1m65 au garrot, il contribue pourtant ici à nous faire un bien joli coin d’ombre estivale.
 
Si vous n’aimez pas la sieste n’en dégoutez pas les autres !
 
Une bonne surprise donc même si l’album est un peu longuet sur la fin et aurait gagné à être plus concis, le mode « repeat » n’est tout de même pas fait pour les chiens et une grosse douzaine de pistes aurait suffi (a contrario, le dernier morceau de l’album, « Isolate » brille de toute sa noirceur). Réconciliez-vous avec Moby ou avec votre sofa en mode allongé, savourez à plein ces tempos mous et pâteux !

 

 

A propos de Bruno Piszorowicz

Laisser un commentaire