Mickey 3D – La grande évasion

 
« La grande évasion » est le 5è album studio de Mickey 3D, il fait suite au disque solo de Mickaël Furnon, le chanteur/compositeur du groupe sorti en 2007 sous le nom de Mick est tout seul. Nouvel album pour une mouture différente du groupe, celui-ci prenant aujourd’hui la forme d’un auteur/compositeur/interprète accompagné sur disque comme sur scène d’une ribambelle de musiciens. Mickey 3D c’est déjà 13 ans de carrière et mine de rien un nom qui compte au sein de cette « nouvelle scène française ».
 
Un nom qui compte déjà de par les titres forts émaillant ces 13 années d’activité, de "Respire "à J"ohnny Rep" en passant par "Tu dis mais ne sais pas" ou encore "La France a peur," un nom qui compte aussi par le « J’ai demandé à la lune » offert à Indochine pour en faire la chanson de l’année 2002 (enfin il parait) et remettre le groupe de Nicolas Sirkis sur les hautes sphères populaires.
 
Nouvel album pour un nouveau départ alors ? Peut-être pas, l’idée générale ici est de se faire plaisir et de développer ses idées en bonne compagnie. Ainsi l’auditeur habitué au son du groupe sera ici en terrain connu (la voix et la manière de composer des ritournelles hyper basiques de Mickael y sont pour beaucoup) même s’il y a tant côté musiques que textes de petits pics d’évolution.
 
L’amour de Furnon pour le son venu tout droit du début des années 80 transparait ici à travers quelques titres, ceux qui sont parmi les plus réussis du disque. Ainsi cette basse très New Wave (à l’échelle bricolée du groupe bien sur) qui solidifie  pas mal de titres (les meilleurs ? « Je m’appelle Joseph » ou encore « La fille du cannibale » et sa trompette estivale), ailleurs et dans une même mouvance c’est un synthé vintage qu’on entendu sur le titre « Méfie-toi l’escargot » (premier single, rotation lourde en radio). Un son globalement plus pop donc voire électro-pop sur le single prénommé. Un sentiment renforcé par l’apport de voix féminines sur nombre de titres, le jeu des voix collant parfaitement au phrasé de Mickael et donnant ainsi à écouter de vraies réussites comme « Je m’appelle Joseph » en premier lieu.
 
Du côté des textes Mickey 3D c’est pour beaucoup et avant tout la dénonciation, et le militantisme. L’écologie bien sur avec « Respire » et puis tant d’autres. Sur ce disque le propos est toujours de temps à autre gentiment militant (« L’arbre du petit chemin » par exemple) mais opère surtout une large ouverture des thèmes et des histoires narrées.  Si l’on retrouve quelques thèmes déjà usités chez lui (et chez beaucoup d’autres) comme la mort, le rapport homme/femme et d’autres, nombre de chansons se révèlent de petites fictions, imaginées à partir d’un point de départ quelconque (la lecture d’un roman ici, la vue à une fenêtre de l’autre, un terrain de foot encore etc.).

L’album s’avère aussi plus positif que les précédents, moins axé sur la critique. A cela peut-être un sentiment d’impuissance quand on joue depuis 10 ans « La France a peur tous les soirs à 20h » en ayant l’impression de chanter dans un violon, à cela sans doute l’idée de refuser le cynisme voire l’aigreur l’âge venant.

 
L’âge, voilà un thème dominant dans le propos de Mickey 3D. L’enfance tout d’abord qui semble obséder Mickael, on le voit déjà devant les pochettes de ses albums, le dernier en premier lieu. L’enfance vue d’un angle nostalgique (ici par exemple sur « 1988 ») mais avant tout perçue comme un fil temporel, celui qu’il semble important de garder précieusement histoire que l’adulte d’aujourd’hui ne renie pas l’enfant d’hier en quelque sorte et tant pis si cela passe sous l’angle de la revanche à prendre (cf. « Playmobil », texte parlant d’un petit bonhomme que personne n’aime et qui devient président puis décide de se venger en faisant dérouiller tout le monde).
 
L’enfance ou la nostalgie c’est aussi la mémoire, un thème important chez Mickey 3D, toujours cette idée d’un fil qui nous relie, soit les uns avec les autres (la mémoire collective ? "Jean Moulin" ou "Mimoun le harki" sur les précédents albums) soit avec soi-même ("Ma grand-mère" sur le premier album et ce fameux « Playmobil » ici). L’enfance enfin jusque les dernières minutes de cet album qui s’achève sur l’écho d’une lointaine chorale enfantine, celle prise par Mickael de son domicile en enregistrant à sa fenêtre les enfants de l’école d’à-côté. Le texte de ce « Les vivants » parle « des morts avec les morts, des vivants avec les vivants et des enfants avec leurs mères », un bien joli résumé de sa vision des choses et du statut qu’il donne à cette enfance.
 
Tout ceci donne une belle épaisseur quoiqu’il en soit aux chansons du groupe et ce n’est pas le diptyque géographique avec « Paris t’es belle » où plusieurs années après la critique acerbe de « 2/3 jours à Paris », Mickael déclare sa flamme à notre capitale (et au PSG ?) puis « Montluçon » déprimant au possible (à quand le procès ?) qui viendra contrecarrer ce joli dessein.
 
« La grande évasion » saura plaire au public qui a plébiscité dans le passé les petites ritournelles du groupe de Saint-Etienne, il pourra éventuellement aussi apprivoiser l’oreille de quelques autres, une jolie réussite.
 
 
 
 

A propos de Bruno Piszorowicz

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