Mando Diao – Give me fire !

 
Si vous êtes en quête d’un album pour vous accompagner le long des chaudes nuits d’été qui s’annoncent, si vous cherchez la bande-son des doux moments de torpeur, de moiteur, de sensualité et de sexualité tout autant que d’enthousiasme, sans oublier le caractère ludique qui vont avec, alors voici pour vous le dernier album en date des suédois de Mando Diao.
 
Un disque épatant (presque) de bout en bout, un disque où la ferveur des musiciens et la fièvre qui les anime (fièvre des tempos, fièvre de l’interprétation) emporte l’adhésion dés le premier refrain (sinon le second). Si la musique du combo suédois s’adoucit avec le temps et les albums il n’en reste pas moins qu’elle n’a pas perdu toute notion d’énergie et de gnac, bien au contraire. Simplement, elle couvre aujourd’hui un plus large spectre musical, toujours avec talent et inspiration. Et puis il y a toujours cette voix, ces voix (deux chanteurs) ces voix immuables ou presque année après année, ces voix qui savent radicaliser la teneur de la moindre virgule de texte, l’enveloppant de toute leur élégante hargne (une plus posée que l’autre toutefois, la plus cool faisant penser à celle des Stéréophonics en moins enrouée).
 
Le dernier album du groupe lorgnait vers le meilleur de la Britpop, après plusieurs albums moulinant dans le rock d’influence garage. Le groupe y développait bien plus que d’habitude la ligne mélodie et les refrains gonflés par des lignes de cordes qui étoffaient le son de toute leur classe. C’est cette fois un kaléidoscope qui s’offre à nous : de la danse, de la fièvre, du groove, des percées mélodiques et lumineuses sous le crachin tellurique, de l’émotion, des fragrances reconnaissables (on y reviendra, citons tout de même U2, les Cure des 80’s, la soul orchestrée) mais concassées et déliées dans le propre son du groupe, un groupe pas né de la dernière pluie, fusse-t-elle acide.
 
Car c’est là un disque qui sent la sueur certes mais la belle étoffe également, la suée sous le cachemire, un disque qui peut plaire autant aux rockers en baskets trouées qu’aux dandys portant écharpes de lin par 40° sous le soleil.
 
 

 
Ca démarre de la plus belle des manières avec un « Blue lining white Trenchcoat » qui synthétise les velléités de l’album : mélanger (ou pas) un rock à la Ghinzu (rythmique en avant, peu de fioritures et d’arabesques, chansons ramassées autour de trois notes) et une ambition musicale wide open, cette envie d’en découvre avec les arrangements, les chœurs, la matrice pop telle qu’elle fut gravée dans le marbre fin lors de la décennie dorée des sixties.
 
L’extraordinaire créativité qu’est « ‘Dance with somebody », premier single de l’album, carte de visite plaquée or pour qui voudrait découvrir la musique de Mando Diao : une longue envolée dansante et énergique sur laquelle la voix de Björn Dixgård se taille la part du lion. « Gloria » prend la suite, toujours dans la même veine de soul blanche burnée ou de rock ondulant et sexy, à vous de choisir. « High Heels » ralentit un peu la cadence avec ses faux-airs du « Chat », oui oui la daube chantée par Corine Marienneau sur le « Dure limite » de Téléphone. !! On y ajoute de la sensualité, du chaloupé et deux à trois gimmicks et on obtient au final un des sommets de l’album (comme quoi hein !).
 
Et ensuite paf !
 
Ca repart sur les chapeaux de roue avec un hypnotique « Mean Street » lorgnant sur le légendaire son Motown passée à la moulinette suédoise, une merveille là encore.  Toujours le même tonneau (mais pas la même ivresse) avec un « Maybe just sad » qu’on aurait envie d’adorer de par son titre (qui nous rappellent dans la posture yéyé ou son contexte le « So sad about us » des Who ou encore le typique « So why so sad » des Manic Street Preachers) mais qui est juste « sympa ». « Give me fire » (et le « Decent life » qui précède, en fait une simple mise en bouche instrumentale) recogne dru sur cette affiche jamais jaunie d’un rock garage où la fièvre et la danse s’entremêlent sous le néon blafard d’un night-club évidement américain.
 
« Crystal» sonne comme une  ballade au début puis ensuite comme du U2 (mon dieu !) qui paierait son dû à la golden decade pop. 6 minutes de relative douceur qui malaxent agréablement les oreilles. « Come on come on » entame la dernière ligne droite de l’album de sa structure classique (couplet midtempo débonnaire, refrain dansant enragé) et finalement guère mémorable. «Go out tonight » revisite le son sixties à la manière des Last Shadow Puppets, un son rêvé et fantasmé, des arabesques de guitare qui tournent autour d’une rythmique besogneuse mais métronome, la bride qui se lâche sur le refrain où la voix se fait mouvante et insaisissable. « You got nothing on me », une incantation sentant bon la chemise léopard et le costume noire sur cheveux gominés, une excellente transe vaudou de papier (revisitée en quelque sorte) à laquelle on adhère sans retenue. Tout comme « The shining » qui clôture l’album à fond la caisse
 
13 morceaux en 60 minutes environ (encore une saloperie de Ghost Track à la fin), de l’ambition à revendre pour cette rock/pop souvent abrasive et jamais tarie d’inspiration et de talent !!!Un des disques de cet été, pour commencer.

 

 
 

A propos de Bruno Piszorowicz

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