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Jon Spencer Blues Explosion en concert à La Gaité Lyrique (le 4 Novembre 2015)

Drôle de chapelle pour messe grasse : La Gaité Lyrique, temple de la boboitude propre sur elle et chemises The Kooples à foison, écrin magnifique pour les rassemblements électro mais un poil plus improbable pour un groupe fleurant le cuir. Frayeur assez vide validée par les applaudissements polis et l’expression lympathique d’une bonne partie de la salle tout au long du soir, là où on aurait rêvé pouvoir sentir la sueur, le cheveu gras et le sol collant de l’Heineken coupée plutôt que le dernier Serge Lutens.

Qu’importe : voici le Blues Explosion, de retour à Paris pour sa tournée rituelle et ritournelle, accompagné par une première partie assez classique et dispensable sans être désagréable, Gemma Ray (à prononcer très vite pour plus de plaisir).

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21h10 (on l’annonce désormais poliment), la recette est connue : le gras, c’est la vie. Le son, avant tout, la colère et le rythme, brassant dans un même geste le garage rock,punk, blues, funk, rythm’n’blues, racines diaboliques et endiablées du rock dans son expression la plus primaire et primale. Voyage Fiévreux de Detroit à New York, des Stooges aux Beastie Boys, auxquels ils rendront hommage avec le superbe « She’s on it ».

On passera très vite ici sur la tentation facile d’égrener une absurde setlist, principalement composée de l’intégralité de leur cru 2015, « Freedom Tower : No Wave dance party 2015 », et de morceaux historiques de leur prolifique discographie d’un quart de siècle, tant les variations du soir semblent en fait une même et unique perpétuelle mutation, un riff en appelant un autre, un break glissant vers l’autre, dans un immense medley sans respiration.

« On joue, on balance des riffs, des beats, des idées et des mots qu’on envoie rebondir contre les murs. » (Jon Spencer, Sud Ouest, 28/10) : difficile de donner meilleure définition de leur manière de composer et de kidnapper un live.

Remplir l’espace, avant tout. Car ce n’est pas le morceau qui compte, globalement (attention, blasphème à venir) à peu près tous interchangeables en live, tant le mix ne cesse de friser le seuil de la douleur. Ce qui reste, c’est le flux, l’horizon, le train lancé à pleine balle dans deux parties impeccables de plus d’une heure, grand messe d’un Jon Spencer prêcheur hurlant démoniaque, Elvis meets Iggy, organisant d’une main de maitre les passages de relais, les instants de calme (relatif, ne poussons pas), les solos ahurissants de Russell Simins.

C’est que le Blues se révèle un hallucinant orchestre de bal, dans le sens le plus noble du terme : refuser le silence, l’exfiltrer par toute les pores de la salle et des acouphènes, se refusaer même à la putasserie d’applaudissements trop polis, hurler son blaze à tout va comme un mantra dément et une nouvelle rythmique, tenir une note ou faire hurler une guitare pendant 2 minutes plutôt que frôler de loin un silence : the blues must go on. Ne jamais baisser les bras tant que la touche PLAY est enfoncée.

Si le Jon Spencer Blues Explosion ne restera sans doute pas, pas assez géniaux, pas assez révolutionnaires, sublimes laissés pour compte de l’histoire majeure de la musique, ils n’en restent pas moins les gardiens d’une frange magnifique du rock, celle des perpétuateurs de sa préhistoire : un bloc d’énergie, livré pour vous et pour la multitude en live et en infrabasse, pour la rémission des péchés.

Alors oui, les gars ont un peu vieilli, oui, leurs gimmicks poussés « Blues is nummberrr onneee » et leur capacité à répéter toutes les deux minutes « blues explosion ! » fleurent bon les Nineties tant ils ont été usés jusqu’à la corde par la moitié des groupes de la planète (l’autre moitié étant les publicitaires ayant violé le bestiaire cuir et santiag).

Et oui, on aimerait ici gloser sur des pensées métaphoriques et vous offrir des analyses mélodiques dodécaphoniques. Cela serait leur faire le pire des outrages.

Vous venez de lire un report vide, et c’est sans doute le plus bel hommage qu’on pouvait leur rendre : tant qu’ils continueront à nous parler aux couilles et au ventre, rendez-vous sera pris.

« I want you to think about what you saw tonight. Think about what you heard … tell your mother, your father, your neighbours what you heard tonight: the Blues Explosion! »

A propos de Jean-Nicolas Schoeser

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