Hellfest 2009 – Report 1 (vendredi 19 juin)

 La 4ème édition du Hellfest débuta par une question et une seule :
 
Que diable peut-on bien foutre,
 
Dans un champ,
 
À 30 km de Nantes,
 
Un vendredi midi,
 
À écouter le groupe Girlschool ?
 
Hein ? 
 
Question existentielle vous en conviendrez, question qui apportera un bref sourire quant à sa réponse.
 
Car Girlschool ce fut pour deux rédacteurs courageux (un dilettante-esthète buveur de bières et un spécialiste-pogotteur buveur de pastis) le premier contact avec le Hellfest et ses trois jours dédiés au hard/trash/death/power/heavy/sludge/black/grind/punk/stoner rock.
 
Une 4ème édition de ce festival qui fut une magnifique réussite, rivalisant avec la plupart des autres gros festivals européens, avec une scène supplémentaire (4 au total), l’apparition d’un écran géant entre les deux main stage, un extrême market dense et surtout une organisation sans faille mais bon enfant. Citons juste le chanteur de Koritni pour résumer à merveille ce week-end en terre nantaise : « Sunshine, beer & rock’n’roll. »
 
Compte-rendu de ces trois jours de jolis bruits et de soleil chafouin, retour sur cette parenthèse enchantée.
 
 
Vendredi : Sunshine, Beer & Rock’n’Roll !
 
Le Hellfest c’est d’abord une affiche dense, très dense… Une centaine de groupes répartis sur trois jours : présentons donc nos excuses à tous ceux qui n’ont pas été vus, qui n’ont été écoutés que d’une oreille distraite en dégustant un accra aux crevettes arrosé d’un muscadet ou qui ne seront pas cités ici : la tâche était immense et les rédacteurs sont imparfaits (2 gars, un accès VIP, une seule possibilité). On tentera juste de synthétiser l’événement, mais que de regrets et d’oublis sans doute !
 
 

 
 
Commençons par le début et donc GIRLSCHOOL, un parfait petit chips féminin et souriant à grignoter en sirotant une bière avant le lourd repas qui nous attend. GIRLSCHOOL c’est au choix un Motorhead au féminin ou une version Punk’n’roll des Runaways : 25 ans de carrière, toutes leurs dents (sauf la batteuse, un mix entre Animal Phil Taylor et un éléphant de mer) et un public ravi de cette dose de rock’n’roll couillu.
 
Enchaînons avec un bien agréable GOD FORBID comme hors d’œuvre bien gras du festin qui va suivre : il est des riffs dont la lourdeur ne pèse pas sur l’estomac, il est un métalcore habité et enragé (le premier « Motherfucker » entendu sur une scène, loin d’être le dernier cela dit), il est une musique lourde mais horizontale, oui c’est le début de la journée et seulement la première bière alors on peut encore théoriser et discerner les groupes verticaux (le mur du son, l’énergie en avant et pas de prisonniers) des horizontaux (ceux à la musicalité plus forte, plus ample, un son plus étoffé et dilué). Après on ne répond plus de rien.
 
Mais déjà la peur de rater LE concert planqué dans la tente du fond se fait sentir, alors on commence à visiter et à déambuler à travers les différents lieux. Petit détour donc par la Rockhard Tent pour assister à la prestation des norvégiens de TAAKE. Noirceur délicieusement malsaine, maquillages, headbanging, blast beats, le black metal dans toute son historique expression, tout y est et c’est excellent.
 
Et ici une première parenthèse : un accès VIP ca permet de faire certaines découvertes. D’abord un bar VIP payant (si on entend par VIP les roadies, groupies ou autres rédacteurs d’autres webzines, il ne faut pas s’imaginer croiser Ronnie James Dio non plus) !!!
 
Ensuite, et c’est sans doute plus intéressant, que le chanteur de TAAKE dégage la même impression de malaise lorsqu’il fait découvrir aux plantes de ce bel espace de détente les relents du pastis et de bière ingurgités. En même temps voir un chanteur de True black métal s’initier aux joies d’une boisson si méridionale que le pastis ca valait déjà le déplacement !
 

Photo : Nicolas Patault (http://www.lehiboo.com)
 
Revenons aux concerts et aux Main stages pour enchaînera des prestations bien différentes :
 
BACKYARD BABIES d’abord, et leur excellent punk-rock’n’hard joué avec énergie et louable attitude. Un superbe moment tout en refrains entraînants et simplicité, une découverte majeure du week-end pour les néophytes. Le chanteur a des faux-airs de Chester, chanteur de Linkin’ Park et le guitariste d’à-côté ressemble à un improbable mix entre Keith Richards et Usain Bolt. Excellent concert.
 
EYEHATEGOD ensuite l’heure du bon gros sludge (un mix de hardcore et de doom, de la colère tout en lenteur pour les profanes). De Black Sabbath le groupe a tout retenu, y compris la tête d’Ozzy Osbourne du chanteur. Si certains reprocheront au groupe d’avoir un peu trop intégré toutes les interprétations du mot « lourdeur », ce métal moderne en aura tout de même séduit bien d’autres.
 
Pour suivre, les NASHVILLE PUSSY, sans surprise, mettront l’ambiance avec leur sex-rythm’n’boogie blues cradingue proche de Motorhead et de Rose Tatoo, le tout à la sauce graisseuse du Texas. Rendons hommage aux deux donzelles du groupe : la bassiste tatouée beaucoup plus charismatique sur une scène l’après-midi que vautrée le **bip** à l’air dans l’herbe une coupe de champagne à la main le soir et la guitariste enragée tout en rondeurs arrogantes et jeu virevoltant de guitare. Un bien bon moment là encore.
 
 

 

Ouvrons ici une seconde parenthèse pour relever un fait incongru qui se déroulera le lendemain et qui verra le chanteur du groupe, sorte de Lemmy rondouillard et chauve, déguster une petite bière de bon matin tout en lisant le numéro du jour de Ouest France !! Rock’n’Roll !!!
 
Profitons sinon de cette interruption pour vous parler ici des différents lieux et animations qui constituent l’enceinte du Hellfest. .
 
L’extrême market d’abord, ou l’on peut en toute décontraction faire l’acquisition des vinyles de Morgoth ou du dernier t-Shirt « KickBack » à la mode. Un endroit étonnant ou le stand de piercing côtoie la prévention contre l’alcoolisme (sic, et pourquoi pas un club de scouts cathos qui recruteraient sous le nez des Gorgoroth ?).
 
Un tente animation, ensuite, ou l’on put assister à des spectacles de Strip tease (plutôt majorettes que sex symbol, au grand dam de certains festivaliers), de catch (grotesque chez les hommes mais virevoltant au féminin) et même un show fétichiste relativement incongru à 6h du soir devant quelques ados étonnés de découvrir le bondage glauque en attendant Marylin Manson.
 
Egalement des bars (bières, bières spéciales, vins locaux), bien sûr, et des stands de nourriture plutôt bon marché même si relativement gras dans l’ensemble. Une pensée d’ailleurs pour la brave bretonne cinquantenaire forcée de préparer ses crêpes à 2 mètres de la Terrorizer tent, y a des jours où c’est pas facile mon bon monsieur.
 
Revenons à nos moutons. Passons sur le concert anecdotique des BUCKCHERRY qui aura du mal à convaincre le staff de Culturopoing avec son Heavy rock US moderne alors que de l’avis du plus grand nombre ce fut là l’un des moments forts du festival comme quoi hein ! Notons que le chanteur était un mélange parfait entre Steven Tyler d’Aerosmith et la Tapisserie de Bayeux.
 

 

Attardons nous sur le groupe culte VOIVOD dont la musique raffinée sous l’agressivité et l’attitude anti-prise de tête (que de sourires et de saillies verbales entre les morceaux) rencontra un gros succès. Groupe attachant s’il en est et un « Ravenous medecine » en cerise sur le gâteau des amateurs.
 
PAPA ROACH ensuite réussit à emporter l’adhésion du plus grand nombre même si certains restèrent dubitatifs sur les poses calculées du chanteur, une prestation ultra-énergique néanmoins et un groupe au top de sa forme.
 
Concernant W.A.S.P. les avis furent partagés : pour certains le groupe historique remplit à merveille sa mission, alignant les classiques entrecoupés des grimaces et autres cabotineries de cette vieille fripouille de Blackie. Du rock grand guignol il ne manquait rien, ni les poses à la Hulk Hogan de Blackie, ni sa perruque, ni surtout une set-list offrant la part belle aux classiques du groupe, sacré palmarès de « hits » quand même pour un groupe culte certes mais souvent décrié.
 
 

Photo : Nicolas Patault (http://www.lehiboo.com)

 

DOWN pour suivre fut obligé des commencer son show pour couper le sifflet aux voisins de Wasp.
Ce all star band, mené par ce pitbull vexé de Phil Anselmo (pour qui insulter le public est un art de vivre) contenta son audience à grand coup de métal contemporain.
 

ANTHRAX apparut alors pour donner une performance agréable et efficace mais sentant quand même le pilotage automatique, surtout pour un Charlie Benante autiste derrière sa batterie et malgré une paire Bello/Ian déchaînée. Les deux nouveaux sont un peu en retrait mais le chanteur assure de sa belle et solide voix (un peu passe-partout, si bien qu’elle passe aussi bien sur les classiques de l’époque Belladona que sur ceux de l’ère Bush, John Bush). A noter une reprise d’Antisocial qui fera bien évidemment son petit effet dans ce festival hexagonal.

 
Grand moment ensuite : avec HEAVEN AND HELL c’est la toute grande classe qui a parlé. Le Black Sabbath « quasi original » (Ozzy en moins, Ronnie Dio en plus), donna, à l’âge ou d’autres prendraient leur retraite, une leçon de puissance et de musicalité à pal mal petits jeunes. La voix, restée phénoménale, de Ronnie James Dio et la guitare de Tommi Iommi créent le premier moment magique du festival. Puis, c’est quand même sympa de recevoir un « merci » plutôt qu’une insulte entre les morceaux, « Thank you », « Gentlemen », « nice audience », autre chose que « Sick motherfucker yeah !! »
 
Par charité chrétienne (ce qui est plutôt paradoxal vu les références des métalleux), nous ne nous attarderons pas sur le concert de SAINT VITUS et son doom métal joué à deux l’heure (oui je sais, pléonasme mais là vraiment….). Pénible dans tous les sens du terme. D’autant plus pénible que l’heure approchait à grand pas et qu’il fallait jouer des coudes pour s’approcher du devant de la scène d’’à-côté, celle où Motley Crue allait débarquer juste après.
 
Fièvre, fièvre,
 
Attente, attente,
 
St Vitus lent, lent,
 
St Vitus chiant, chiant.
 
Vint ensuite le moment le plus attendu de la journée : le retour de MOTLEY CRUE après 20 ans d’absence sur une scène française. Le groupe proposa un set ramassé (1h15 montre en main) avec ses avantages (Mick Mars s’en porte pas plus mal) et ses inconvénients (c’est court quand même). Groupe, forme et setlist imparables néanmoins et qui remplirent leur mission à la perfection.

On eut évidemment droit au « Motley Crue Circus », avec petits intermèdes tous les deux-trois morceaux (mention spéciale aux clowneries de Tommy Lee) mais le côté compact du concert renforça son efficacité. Un plaisir évident à jouer, même si le pilotage automatique rode toujours quelque peu (hein Nikki ?), énorme réaction du public, folie aux premiers rangs (oser le slam topless c’est courageux ET téméraire quand même).

A noter en rappel une version un peu ratée de « Home sweet Home » avec tout le groupe autour du piano et clip nostalgique sur l’écran géant. Toutefois, il suffisait de regarder autour de soi et d’y voir les pleurs de bonheur sur de nombreuses joues( j’en ai compté au moins 6, dont une fille topless) pour se dire que cela avait tout de même du bon.

Les grimaces et le désormais incontournable "When I say Motley you say Crue, Motley Crue, Motley Crue" de Tommy Lee sonnèrent la fin de cette première journée du Hellfest, l’heure était alors  à suivre la plèbe (dans le silence respectueux des riverains, chapeau bas) jusque nos voitures ou les tentes du camping mitoyen, l’heure pour les braves de rejoindre un espace dédié aux plaisirs de la beuverie et du rock situé non loin de l’entrée et ouvert fort à propos toute la nuit. 

Demain serait là encore une longue journée, premier concert à 11h et dernier débutant à 1h du matin.

Allez rideau.

 


 

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