Graham Coxon – "The Spinning Top"

Il s’en faut de peu pour que ce septième album solo studio de Graham Coxon soit l’une des plus éblouissantes pépites pop (disons ici plutôt majoritairement d’obédience pop-folk) de ces dernières années.
Le seul problème, c’est la voix. Embêtant pour un album de chansons pop, certes.
Mais Graham Coxon est un songwriter, pas un chanteur. Pas de mal à ça, ça arrive à des gens très bien. Prenez Burt Bacharach, l’un des plus grands de tous, mais chanteur souffreteux. Prenez aussi Ray Davies, génial auteur de chansons, mais interprète juste passable. Justement, on pense ici plus d’une fois au leader des Kinks, ce qui ne surprendra aucunement l’amateur de longue de date de Blur, tant ce dernier groupe a longtemps perpétué (à ses débuts discographiques) l’héritage tout britannique de ses glorieux aînés 60’s. Avec Davies, Coxon partage une voix nasale (d’aucun diront parfois nasillarde, et ils n’auront pas tort), ainsi qu’une tessiture limitée, qui rend la montée dans les aigus ou la descente dans les graves quelquefois disgracieuses.

Graham Coxon

Mais bon, la pop et le rock sont remplis de grands "mauvais" chanteurs, à qui l’on doit des centaines d’albums inoubliables. The Spinning Top se range à l’aise dans la liste, tant le songwriting de Coxon est ici à son meilleur, n’évoquant pas seulement Davies (déjà, ce serait énorme), mais bien d’autres grands noms du folk et de la pop britanniques. Il a beaucoup été question de Nick Drake à propos de cet album et le fait est que sur Look into the Light (morceau introductif), mais aussi In the Morning (écho au From the Morning de Drake ?) ou Feel Alright, les influences sont patentes et parfaitement digérées. Ailleurs, on pense tout autant à Paul Weller dans sa meilleure veine solo (Sorrow’s Army) aussi bien qu’à Stephen Duffy et son Lilac Time (lui-même éminemment drakien), voire au Lennon de Sexy Sadie (qu’If You Want Me cite assez explicitement). Seul le plus mordant (et très réussi) Dead Bees pourrait figurer dans le tracklisting d’un bon vieux Blur.
De Nick Drake, Graham Coxon n’a pas seulement emprunté quelques volutes de guitare mais aussi le son de la basse. Et pour cause, il s’agit de celle du grand Danny Thompson, l’un des fondateurs de Pentangle (LE grand groupe folk britannique avec Fairport Convention), mais aussi bassiste sur Five Leaves Left.
Sur cet album (ainsi que sur le suivant de Nick Drake, Bryter Layter) figurait également un homonyme du bassiste (sans aucun lien de parenté), l’immense guitariste Richard Thompson (en provenance, lui, de Fairport Convention), et, au total, ce Spinning Top évoque assez l’œuvre solo de ce dernier, mais en atteignant un niveau d’évidence pop que Thompson (clairement plus folk) n’a fait qu’approcher.

Ne pas craindre pour autant un "disque de guitariste", perdu dans la virtuosité instrumentale de son auteur. A vrai dire, il n’y a guère que le splendide Tripping over à se hasarder dans le solo, particulièrement expressif et inspiré.
Ceux qui ont jusqu’ici suivi avec attention la carrière solo de Coxon risquent fort d’être assez désappointés par la facture assez classique, presque "conservatrice", de cet album, qui peut nous faire douter que Coxon fut, dans les premières années de Blur, celui qui déniaisa les autres membres du groupe (et particulièrement Albarn, qui a retenu la leçon, c’est le moins qu’on puisse dire), en leur ouvrant la porte de nouveaux horizons musicaux, plus ou moins avant-gardistes. The Spinning Top peut même s’envisager comme un disque de repli, assez conceptuel (puisqu’il s’agit aussi de l’évocation d’une vie entière d’homme en un seul album), mais, des replis comme ça, on en redemande !

Et puis histoire d’assurer un peu plus la filiation, une petite cover de Free Ride en concert (en accompagnement de Robyn Hitchcock, qui joue également sur The Spinning Top), le 16 mai dernier, à Birmingham, lors d’un hommage à Nick Drake auquel participaient également Martha Wainwright, Beth Orton ou Stuart Murdoch (on peut toujours rêver de voir ce type de concert en France…)  :

A propos de Cyril COSSARDEAUX

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