Gojira "The way to all flesh

Gojira c’est un nom qui ne dit sans doute pas grand chose aux mélomanes de passage sur Culturopoing et encore moins sans doute aux internautes égarés sur le webzine tandis qu’ils tapaient « culturopoing » sur google à la place de « fulguropoing ». C’est par contre un nom qui compte sur la scène metal français et même internationale puisque le disque précédent du groupe landais (From mars to Sirius) a réussi la gageure d’être un succès critique et commercial (enfin l’échelle du metal extreme évidemment) et a permis au groupe de sillonner l’Europe et même les Etats-Unis (en support-act) à plusieurs reprises.

Ce nouvel album était donc très attendu et se devait de frapper fort et juste. Produit par l’âme du groupe Jo Duplantier (guitare et voix (la claire et l’enrouée) et mixé par Logan Mader (ingénieur du son et surtout ex guitariste entre autre des excellents Machine Head), il enfonce le clou d’un death/trash inspiré et puissant, aux sonorités coupantes comme l’acier (presque voisines d’une version modernisée et groovy du groupe suisse Coroner), un techno-trash qui pulserait en un mot et qui combine agressivité et technique.

On notera là-aussi et encore une fois un gros travail sur le son très efficace mais aussi sur les compos qu’il est nécessaire d’écouter plusieurs fois afin d’en savourer pleinement l’efficacité. L’album dégage une très forte impression d’énergie noire ou de puissance sombre, peut-être plus encore que le disque précédent finalement plus aéré et ample, là où cet album ressemble bien plus à un implacable rouleau-compresseur lancé à pleine vitesse. Un disque noir vraiment.

Le thème de cet album est la mort et ses différentes approches autour du monde, thème à mettre en perspective avec l’engagement écologiste du groupe de longue durée (le thème principal du disque précédent par exemple qui commençait par des chants de baleines) pour voir en Gojira un sympathique combo profond et intéressant même au-delà du simple plaisir physique de leurs riffs vrillés et de leur imposante rythmique.

Le titre « The art of Dying » se dégage du lot avec ses dix minutes au compteur et ce climat tribal oppressant, une superbe pièce. Le reste de l’album oscille entre deux ou trois petites nouveautés dans le son (des effets sur les voix par exemple) et des morceaux plus classiquement Gojira qui allient furie maîtrisée et efficacité méthodique (mélodique). Il est à ce titre une réussite car le groupe n’a pas cédé à une quelconque pression commerciale pour accentuer l’aspect atmosphérique de leur musique et au contraire rembrayer de plus belle en radicalisant souvent le propos.

Pour les fans de heavy-metal la musique de Gojira mérite vraiment la peine que l’on s’y attarde tant elle peut aisémment servir de passerelle entre les amateurs d’un genre aujourd’hui démocratisé (à l’échelle du monde du hard rock j’entends) comme le trash metal et des sonorités plus segmentantes comme le death/black, d’autant qu’un discours et un comportement attachants viennent se greffer là-dessus. Rarement peut-être un groupe français s’était retrouvé ainsi en position de devenir qui sait et on leur souhaite notre Sepultura à nous.

S’il existe par ailleurs des mélomanes curieux de savoir à quoi ressemble aujourd’hui un groupe de metal novateur dans le domaine de l’extreme et doté d’une spiritualité certaine c’est Gojira et ce disque-ci (ou le précédent) qu’il leur faut. Histoire de voir que le Metal est une musique en constante mutation.

A propos de Bruno Piszorowicz

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